Quand l'Allemagne voit l'Ukraine autrement

Alors que tous les pays occidentaux, leurs médias en avant-garde, tournent à l'unisson au sujet de l'Ukraine, on découvre non sans surprise qu'en Allemagne, des médias ont enquêté, et semblent à même de prouver que la version "officielle" pourrait être différentes de la réalité de ce qu'il s'est passé et se passe encore. Deux articles forts interessants  ci-dessous ...

Une télé allemande conteste la version officielle de la tuerie de Maïdan

Ukraine 24/04/2014

Un sniper, place Maïdan (Capture d’écran d’ARD)

Le réseau de chaînes publiques régionales allemande ARD a enquêté sur le carnage de la place Maïdan, à Kiev, le jeudi 20 février : 30 personnes ont été tuées par balles ce jour-là. Or, selon ARD, des tirs semblaient venir non pas des snipers du pouvoir prorusse, mais de l’hôtel Ukraina où se trouvait le QG de l’opposition.

Sans attendre les résultats de l’enquête sur l’événement, le nouveau procureur général d’Ukraine, Oleg Makhnitski, membre de Svoboda, parti issu du néonazisme qui participe à la coalition gouvernementale, avait affirmé que ce massacre avait été commis par des membres de l’unité spéciale des Berkout, placée sous l’autorité de Viktor Ianoukovitch, qui était alors le Président.

Mais plusieurs éléments soulèvent selon ARD des doutes extrêmement sérieux :

  • le témoignage d’un manifestant, Mikola, qui parle de tirs depuis « le huitième ou le neuvième étage de l’hôtel Ukraina » ;
  • le témoignage d’un enquêteur, qui remet en cause la version officielle ;
  • l’analyse des vidéos qui suggère que des balles sont venues de derrière ;
  • l’analyse des impacts de balles dans les arbres ;
  • les conversations enregistrées entre les snipers de Berkout : on les entend s’émouvoir qu’un tireur vise « des manifestants désarmés ». Ou encore : « Il y a d’autres tireurs. Mais qui sont-ils ? »
  • une vidéo de Russia Today dans laquelle on voit des snipers dans une chambre de l’hôtel en question ;
  • l’absence de transparence manifeste de l’enquête officielle.

Les journalistes allemands ont posé la question à Makhnitski : « Vous savez qu’il y avait des snipers à l’hôtel Ukraina ? » L’autre se contente de répondre : « Nous enquêtons sur ce point. »

Diffusée le 11 avril, la vidéo a été mise en ligne par LesCrises.fr dans une version sous-titrée en français.

 
ARD : Qui est responsable du carnage de Maïdan... par les-crises

La thèse des Russes renforcée

Le site Russia Today suggère depuis le début que les snipers qui ont tiré sur la foule étaient issus du mouvement contestataire... Début mars, il avait diffusé un enregistrement piraté d’une conversation téléphonique entre la responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le ministre des Affaires étrangères de l’Estonie, Urmas Paet, allant dans ce sens.

On entend ce dernier formuler clairement le soupçon d’une opération montée par « quelqu’un de la coalition ». Sur cet enregistrement (vers 8’30), il rapporte les propos d’une femme, « Olga », médecin en charge de la clinique mobile au moment des premiers tirs de snipers :

« Ce qui est très perturbant, c’est que cette même Olga dit que les éléments de preuve montrent que les gens qui ont été tués par les snipers, des deux côtés, parmi les policiers et parmi les gens dans les rues... Que ce sont les même snipers qui tuent des gens des deux côtés. [...] Elle m’a aussi montré des photos, on peut dire que c’est la même signature, c’est le même type de balles.

C’est vraiment troublant que la nouvelle coalition ne veuille pas enquêter sur ce qui s’est passé exactement, de sorte qu’il est de plus en plus évident que derrière les snipers, ce n’était pas Ianoukovitch mais quelqu’un de la nouvelle coalition. »

Le Telegraph de Londres avait par la suite retrouvé « Olga », qui avait démenti avoir dit à Paet que les policiers et les manifestants ont été victimes des mêmes blessures :

« Je n’ai examiné que les manifestants. Je ne sais pas quel type de blessures ont été infligées aux militaires. Je n’avais pas accès à ces personnes. »

Le document diffusé par ARD jette un nouveau soupçon très sérieux sur la manière dont l’enquête est menée par le nouveau pouvoir à Kiev et, au-delà, sur la légitimité de ce pouvoir que soutiennent les gouvernements européens et américain. Seule une enquête menée sérieusement et dans la transparence pourrait dissiper ce soupçon et permettre de retrouver tous les criminels de Maïdan.


Capture d’écran de la vidéo de Russia Today qui montre des snipers dans l’hôtel Ukraina

Source : Pascal Riché | Cofondateur Rue89


  En Ukraine, feu Blackwater fait reparler de ses « mercenaires »

12/05/2014

Blackwater, la société militaire privée américaine connue pour ses bavures pendant la guerre en Irak, fait-elle son retour dans les affaires internationales ?

Le journal allemand Bild am Sonntag affirme ce dimanche que parmi les gros bras ukrainiens qui combattent les miliciens pro-russes se cachent 400 mercenaires d’Academi, le nouveau nom de Blackwater. Ils mèneraient des opérations de guérilla contre des rebelles pro-russes, autour de la ville de Slaviansk (Est).

Le journal s’appuie sur des communications radio entre des centres de commandement de l’armée russe, interceptées par la NSA et transmises à un service de renseignement allemand (le BND, équivalent de la DGSE). Si ces informations se confirment, tout un pan de l’histoire récente américaine est sur le point de ressurgir.

« La compagnie des années Bush »

Cyril Magnon-Pujo, doctorant qui prépare une thèse sur les activités internationales de sécurité privée, rappelle que Blackwater est « la compagnie des années Bush ».

Créée en 1997 par l’ancien Navy Seal Erik Prince, la firme a pris de l’ampleur après 2001 en travaillant en étroite collaboration avec l’administration américaine. Pour le chercheur, Blackwater « a rompu avec les codes du milieu qui s’est mis en place dans les années 1990-2000 ».

A l’époque, les SMP cherchent à se construire une image « low-profile », appellent de leurs vœux une régulation et revendiquent des « codes de conduite », aux antipodes du « stigmate mercenaire des années 70 » :

« D’une part le mercenaire est sans foi ni loi, d’autre part c’est celui qui fait des coups d’Etat et renverse des gouvernements légitimes au nom des intérêts de l’Occident. Les chiens de l’impérialisme, aux yeux des Etats du Sud. »

A contrario de cette tendance, Blackwater « affirme son côté “viril”, assume d’être le bras armé de la puissance américaine, et catalyse les critiques ».

« Les concurrents ont sauté sur l’occasion pour en faire le méchant de l’industrie. C’est la seule compagnie dont le nom ressort régulièrement, pourtant ce n’est pas la plus grosse. »

Deux changements de nom en cinq ans

Les heures de gloire et de honte de Blackwater ont lieu pendant la guerre en Irak. L’entreprise devient célèbre aux yeux du grand public quand elle commet des bavures. L’armée américaine met finalement un terme à son contrat en 2007, après une fusillade sur des civils.

Dans le même temps, le livre du journaliste américain Jeremy Scahill, traduit en français en 2008, jette une lumière crue sur les activités de Blackwater : fondamentalisme religieux de son fondateur, recrutement d’anciens militaires chiliens, privatisation de la guerre.

En changeant de nom une première fois pour devenir « Xe Services » (2009), l’entreprise tente de redorer son image ternie par les procès et la mauvaise publicité. La société est alors mise en vente par morceaux, explique le New York Times en 2010 :

« En mars, Xe Services a vendu sa filiale aéronautique, Presidential Airways, au groupe AAR Corp (basé dans l’Illinois). »

Le fonds USCT Holdings, contrôlé par Manhattan Partners et Forte Capital Advisors, rachète le reste en décembre 2010. Puis Xe Services change encore de nom un an plus tard.

Des vidéos d’hommes armés

L’entreprise s’appelle désormais Academi. Erik Prince s’en est allé. Academi, explique Cyril Magnon-Pujo, « a voulu prendre le contrepied de Blackwater » en termes d’image.

« Ils ont enlevé toutes les images d’armes sur leur site et mis en place un code de conduite interne. Cela ne doit pas leur faire plaisir que leur nom ressorte sur l’Ukraine. »

Depuis le mois de mars, des rumeurs persistantes évoquent la présence de Blackwater dans le pays. Des vidéos reprises entre autres par le Daily Mail montrent des hommes armés à qui la foule crie « Blackwater ! » et « Mercenaires ! ».

 

Dans un communiqué, celle-ci dénonce alors « les rumeurs » relayées par « des blogueurs irresponsables et un journaliste web ».

« Des déclarations aussi infondées, sans éléments factuels ni contexte sur l’entreprise, ne sont rien d’autre que des efforts sensationnalistes pour créer l’hystérie et faire les gros titres en ces temps de véritable crise. »

Des « fuites » qui servent les Russes ?

Cyril Magnon-Pujo préfère rester prudent sur la crédibilité de ces allégations, faute de « contrats publics » ou accessibles et, pour l’instant, de témoignages de première main.

« Ce que font concrètement ces compagnies est souvent invérifiable. Même si les universitaires se doutent qu’elles réalisent des missions pour des services secrets, c’est très difficile à prouver. »

En tout cas, que la propagande russe s’appuie sur une réalité ou surfe sur la rumeur, elle bénéficie de la réputation sulfureuse de feu Blackwater. Cyril Magnon-Pujo estime que « les Russes vont s’en servir », en renouant avec la rhétorique anti-impérialiste pour pointer du doigt les mercenaires :

« Cela conforte l’idée que les Etats-Unis fomentent des révolutions en Europe de l’Est et donnent des formations militaires. »

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déjà affirmé publiquement que l’Ukraine cherche à recruter des combattants étrangers et qu’Academi serait sur les rangs.

De son côté, la Maison Blanche dément ce lundi les informations du Bild.

Source : Camille Polloni | Journaliste Rue89

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Commentaires (1)

troy1
  • 1. troy1 | 05/06/2014
Karl Marx les appelait le lumpen prolétariat, les prolos en guenilles !... Même les Gens de Maison sont meilleurs qu'eux !... Leurs irruptions de plus en plus fréquentes entre deux faillites et changements de nom ... ) peuvent être considérées comme un "progrès" social : elles sont l'indice que le pouvoir US , délégué de la classe dominante planétaire, ne dispose plus d'arguments autres que militaires pour mater les peuples !... Un gouvernement qui voit sa marge de manœuvre se réduire comme une peau de chagrin ne dirige plus rien !... Et quand une politique tend vers zéro, intellectuellement vers l'électroencéphalogramme plat, la Révolution s'invite !...

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Date de dernière mise à jour : 13/05/2014

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