Uruguay, Tupamaros et Sendic : histoire d'une révolution

Raúl Sendic

Raúl Sendic (né le 16 mars 1925 à Chamangá, Flores - mort le 28 avril 1989 à Paris) est le cofondateur et l'un des principaux dirigeants du Mouvement de libération national - Tupamaros (MLN-T), un mouvement de guérilla urbaine des années 1960-70, en Uruguay. Incarcéré durant toute la dictature militaire, il fut l'un des premiers Tupamaros à soutenir la voie légaliste lors de la transition démocratique, qui mena à la création du Mouvement de participation populaire (MPP), intégré à la coalition du Frente Amplio.

Jeunesse et premier militantisme

Il vient d’une famille de moyens propriétaires de l’intérieur (département de Florès). À partir de 1943, il suit ses études à la faculté de droit de Montevideo, mais quitte la fac six mois avant la fin des six ans réglementaires: il reçoit un titre de procurador (avoué), mais pas celui d'avocat. Inscrit au Parti socialiste (PS), il déménage alors pour Paysandú, sur le Río Uruguay.
En 1958, il représente l’Uruguay au Congrès de l’Internationale socialiste et séjourne à Cuba après la Révolution. Avec d'autres camarades du PS qui rejoindront les Tupamaros, Raúl Sendic est alors fortement influencé par le théoricien socialiste Vivian Trías.

L'organisation des cañeros et la pensée politique de Sendic

De retour en Uruguay, il découvre ce qu’il appelle des « îlots de prolétariat rural » et aide à s'organiser les cañeros, des ouvriers agricoles vivant dans des conditions très précaires, au nord de l'Uruguay, et pratiquement inconnus de la population urbaine de Montevideo. Les efforts patients de Sendic en font un cas unique parmi les guérillas des années 1960, à l'exception du Péruvien Hugo Blanco.
Ne bénéficiant d'aucunes des lois de protection sociale obtenues par les ouvriers uruguayens, les cañeros étaient des saisonniers, travaillant dans les plantations de cannes à sucre de Bella Unión, puis de betterave sucrière de Paysandú, avant de ramasser des fruits, d'aller dans les rizières, au Brésil, en mars-avril, avant de devoir souffrir une période de chômage saisonnier avant de reprendre le travail dans les champs de canne à sucre.

De son expérience rurale ainsi que de la Révolution cubaine, Sendic adopta une conception foquiste et guévariste de la Révolution, qui fut cependant rejetée par les Tupamaros. Selon le Tupamaro Kimal Amir, Sendic partageait alors une conception marxiste de la lutte des classes, « même s'il se déclarait indépendant de l'Union soviétique et de Cuba ». Toutefois, selon le camarade tupamaro Jorge Zabalza, Sendic « avait clairement une vision libertaire de l'autogestion, qu'il devait à sa proximité avec Proudhon ».

Devenu « conseiller juridique », il participe notamment à la création du syndicat UTAA (Unión de Trabajadores Azucareros de Artigas) en 1961, qui fut l'une des matrices des Tupamaros. L'UTAA revendique alors la journée de huit heures et l'expropriation des latifundia de Silva y Rosas et Palma de Miranda (30 000 hectares). Sendic devient alors une personnalité respectée, et participe à l'organisation de la première marche des cañeros, en 1962, sur les 600 km séparant Artigas de Montevideo. Au même moment, la gauche était défaite, de très loin, aux élections de 1962, le champ politique étant dominé par les deux partis traditionnels, le Parti blanco et le Parti colorado. Ceci pousse plusieurs militants à décider de s'engager dans l'action directe puis la lutte armée. Quatre autres marches des cañeros eurent lieu, en 1964, 1965, 1968 et 1971.

Sendic devient ensuite l'un des fondateurs du Mouvement de libération national - Tupamaros (MLN-T), qui réunit plusieurs figures radicales du Parti socialiste, des membres de l'UTAA, ainsi que des indépendants et d'autres partis de gauche radicale. Violetta Settelich, première compagne de Sendic, issue du Parti communiste, participe aussi à la fondation des Tupamaros.

Les Tupamaros

Les Tupamaros (officiellement Mouvement de Libération Nationale -Tupamaros, MLN-T) sont un mouvement politique uruguayen, d'extrême-gauche, qui prôna l'action directe et la guérilla urbaine dans les années 1960 et 1970. Il est aujourd'hui légaliste et intégré au Front large, et se rapproche plus d'une gauche classique que de l'extrême-gauche, devenant peu à peu un parti de gouvernement, qui revendique toutefois toujours poursuivre un objectif révolutionnaire, mais désormais par des moyens légaux et progressifs.
Raúl Sendic (1925-1989) en devint l'une des figures les plus connues, allant jusqu'à être qualifié abusivement de dirigeant des Tupamaros, malgré l'existence d'une direction collégiale véritable. C'est l'un des rares mouvements de guérilla à s'être transformé en mouvement politique légaliste, en s'intégrant en 1989 à la coalition de gauche du Frente Amplio (Front large) et, créant, du même coup, le Movimiento de Participación Popular (« Mouvement de participation populaire »), qui participa directement aux élections, pour la première fois, en 1994, au cours desquelles furent élus des dirigeants Tupamaros tels que José Mujica et Eleuterio Fernández Huidobro. Mujica a été choisi en juin 2009 en tant que candidat présidentiel du Front large puis élu président de la République le 29 novembre 2009.

L'origone du nom

Le nom de Tupamaros provient de Túpac Amaru, le chef indien qui conduisit l'une des révoltes les plus importantes contre les Espagnols, en 1780, dans la vice-royauté du Pérou. Après son écartèlement à Cuzco, en 1781, le nom de Tupamaros devint une appellation péjorative pour les rebelles de l'empire colonial espagnol. Il fut aussi utilisé en Uruguay pour désigner les gauchos ayant suivi le Libertador José Artigas dans la lutte pour la réforme agraire, la justice sociale et l'indépendance.
Dans l'Uruguay du XXe siècle, le terme apparaît pour la première fois en 1962 sur un tract étudiants soutenant les luttes paysannes, signé TNT (los Tupamaros no transan: « les Tupamaros ne transigent pas »). Le terme est ensuite repris par le « Coordinateur », une structure créée en 1963 et liant une cinquantaine de jeunes, appartenant à différents groupes révolutionnaires et ancêtre du MLN (Mouvement de libération nationale) (on n'apprendra l'existence de celle-ci qu'en 1987, avec le livre de Fernández Huidobro). L'étoile rouge à cinq branches, avec le T à l'intérieur, fait alors son apparition.
Toutefois, le nom de Tupamaros ne sera utilisé officiellement, à côté du sigle MLN, qu'en décembre 1966, sur une circulaire confidentielle destinée aux partis de gauche et expliquant la décision d'entrer dans la clandestinité suite à la découverte par la police de la plupart des locaux du MLN à Montevideo et à la mort du premier Tupamaro, l'étudiant Carlos Flores, le 22 décembre 1966, suivi de celle de Mario Robaina, le 27 décembre, lors de fusillades avec la police.

Le contexte politique

Le mouvement émergea dans la première moitié des années 1960 sous la double influence de la Révolution cubaine et de l'échec politique de la gauche aux élections de 1962, au cours desquelles le Front de gauche de libération (FIDEL, alliance entre le Parti communiste, le Mouvement révolutionnaire oriental (MRO) d'Ariel Collazo et des dissidents du Parti colorado) n'obtint que 3,49% des voix, tandis que l'Union populaire du Parti socialiste et du dissident blanco Enrique Erro) n'obtint que 2,3% des suffrages. Cela entraîna des scissions (MUSP), mais surtout poussa plusieurs militants à se tourner vers la lutte armée, pensée comme seul moyen de sortir d'une situation politique bloquée par le partage du pouvoir entre les deux partis traditionnels, le Parti national (blanco) et le Parti colorado, tous deux rassemblements hétéroclites de différents courants, difficiles à ranger selon l'opposition gauche-droite.
Cependant, on débat toujours pour savoir si le mouvement armé avait été pensé dès l'origine comme projet révolutionnaire visant à la prise du pouvoir, ou, à plus court terme, comme moyen d'auto-défense contre les groupes antisémites d'extrême-droite qui attaquaient locaux universitaires et permanences des partis (mort du professeur Arbelio Ramírez le 17 août 1961, victime d'une balle destinée à Che Guevara ; enlèvement de la réfugiée paraguayenne Soledad Barret en 1962 - son corps est retrouvé marqué de croix gammées ( sa mémoire est honorée dans un poème de Mario Benedetti)

Les premières actions

Au début, les actions du MLN-T consistaient à s'approvisionner en armes et en argent dans l'idée d'une lutte à une grande échelle. Étant sur le point d'être anéanti par la police en 1966, le MLN-T parvint à renaître et commença une série d'actions qui combinait la recherche de fonds et de matériel, l'assassinat de quelques fonctionnaires de police (accusés de tortures sur des détenus politiques) et la propagande politique.
Le président Jorge Pacheco Areco (décembre 1967-mars 1972) promulgue des mesures d'exception (medidas prontas de seguridad) à partir du 13 juin 1968, alors que les nouvelles de mai 68 contribuent à radicaliser les manifestations étudiantes. Il fait intervenir les militaires dans les usines et réquisitionne de force les ouvriers en grèves, dissout le Parti socialiste, la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) et d'autres partis, et censure la presse, leur interdisant même de mentionner l'existence des Tupamaros, terme lui-même prohibé. Les innombrables, comme les dénommait une certaine presse, commencèrent à être connus en dehors de l'Uruguay, quand ils publièrent des informations financières sur les manipulations et la corruption de certaines entreprises (ainsi de la Monty, qui pratiquait l'évasion fiscale à grande échelle ainsi que des prêts usuraires, et dont les pratiques furent dénoncées dans un tract du 16 février 1969; ou encore le cambriolage, le 4 avril 1970, contre la famille Mailhos, l'un des plus puissants groupes économiques uruguayens, au cours duquel 300 000 dollars de lingots d'or de contrebande furent enlevés: le 6 mai 1970, le MLN-T déposa au domicile du magistrat chargé d'enquêter sur les Mailhos et l'origine illégale de cette fortune des documents contenant leur compatibilité occulte ; et contre la Banque franco-italienne en 1970) ou de certains notables bien en vue. Plusieurs « Commandos de la Faim » furent mis en place: ainsi, ils détournaient des camions chargés de vivres pour les redistribuer dans les quartiers populaires. Ces actions accrurent le prestige du MLN-T hors des frontières et débuta une légende auréolée de romantisme.
En revanche, à l'intérieur du pays, le MLN-T rencontra de fortes résistances de la part du système politique traditionnel. Les hommes politiques des partis blanco et colorado condamnèrent le recours à la lutte armée ; même si plus tard, on eut la preuve que certains d'entre eux avaient engagé des pourparlers secrets avec les Tupamaros.
La gauche parlementaire (surtout le Parti communiste) condamna en termes très violents les Tupamaros, mais en raison du succès que ceux-ci rencontraient tant à Montevideo qu'à l'intérieur du pays, des négociations ont pu s'enclencher à certains moments, en particulier lors des élections de 1971 et de la création du Mouvement du 26 mars.

À partir de 1970, la lutte armée s'amplifia au point que plusieurs fois la police fut impuissante. C'est de cette époque que datent quelques-unes des plus célèbres actions.
Ainsi, dès le 8 octobre 1969, date commémorant l'arrestation du Che en Bolivie, les Tupamaros organisèrent la prise de Pando, à 30 km de Montevideo, au cours de laquelle ils ridiculisèrent les autorités et s'emparèrent de 240 000 dollars. Des erreurs entraînèrent toutefois l'arrestation de 19 des 49 guérilleros, dont celle de Fernández Huidobro, tandis que trois Tupamaros étaient exécutés de sang froid par la police.

Bien que le MLN se soit concentré sur l'action directe et la lutte armée, il n'ignorait pas le travail politique. Ainsi, il créa d'une part la colonne 70, à partir de la colonne 10, en septembre 1970. Dirigée par Mauricio Rosencof, celle-ci, qui comptait 2 500 militants, presque tous dans la légalité, participait essentiellement à des actions directes, telles que l'occupation des cinémas, la distribution de propagande, l'occupation d'entreprises, la distribution de vivres aux classes populaires...

Avec l'arrivée en mars 1972 du président Juan Maria Bordaberry et des militaires dans la répression de la guérilla (qualifiée de« sédition »), la confrontation MLN-T et pouvoir fut sanglante et les Tupamaros furent défaits militairement, l'organisation démantelée. Dès le 30 juillet 1970, l'ancien dirigeant de la colonne 15, Amodio Pérez, fut arrêté ; il commença peut-être dès ce moment à livrer des informations à la police, intégrant par la suite les rangs de cette dernière et l'aidant dans les arrestations ; les Tupamaros ne s'en rendirent compte que trop tard. En avril 1972, une opération dirigée par la CIA fut organisée contre les estancias Amazonas et Pérez Gomar, où se trouvaient des membres du MLN-T15.
Au même moment, tomba entre les mains des militaires le projet de l'organisation qui servait aux contacts politiques pour discuter sur un projet de changements économiques et sociaux. Les contacts brutalement interrompus isolèrent le MLN-T. Selon Alain Labrousse (2009):
« En septembre 1972, un an après avoir pris en main la lutte antisubversive, les Forces conjointes avaient tué trente-cinq Tupamaros au combat ou sous la torture. Ils en avaient capturé mille trois cents, parmi lesquels huit cents dans l'intérieur du pays et cinq cents à Montevideo. Les victimes des Tupamaros, civils, policiers et militaires, s'élevaient à vingt. »
Sûrs de leur triomphe militaire, les commandants des Forces Armées proposèrent de « continuer à combattre la sédition » et orientèrent la répression contre la gauche politique et les syndicats. En février 1973, l'armée menaça de renverser Bordaberry, et le força à signer le Pacte de Boiso Lanza, le soumettant à un Conseil de sécurité nationale essentiellement formé de militaires. Peu après, ceux-ci organisèrent le coup d'État du 27 juin 1973. Montevideo s'engagea rapidement dans l'Opération Condor

Les militaires détinrent les dirigeants tupamaros Raúl Sendic, Eleuterio Fernández Huidobro, Mauricio Rosencof, José Mujica, Adolfo Wasem, Julio Marenales, Henry Engler, Jorge Manera et Jorge Zabalza durant toute la période de la dictature militaire, c'est-à-dire jusqu'en 1985. Ils furent détenus dans des conditions infra-humaines : tortures continuelles, interdiction totale de communiquer, et menacés d'exécution extrajudiciaire si le MLN-T tentait une quelconque action. Outre ces neuf otages hommes, les militaires ont aussi fait dix otages femmes, dont Flávia Schilling, détenus dans les mêmes conditions jusqu'à la grossesse de Jessie Machi, en septembre 1976. Régulièrement transféré d'une caserne militaire à l'autre, ils étaient détenus par groupes de deux ou trois, qui restèrent les mêmes durant toute la dictature. Mujica étant ainsi incarcéré avec Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof.

En exil, les Tupamaros participèrent essentiellement aux différentes campagnes de dénonciation de la dictature militaire. Début 1973, il y avait 1 200 Tupamaros au Chili, gouverné par Salvador Allende, et 200 à Cuba, tandis qu'il ne restait environ plus qu'un millier de Tupamaros libres en Uruguay27. Beaucoup abandonnèrent cependant l'activité militante, la colonne Guacha (orpheline) ne rassemblant que 70 militants au Chili, début 197127, bien qu'une vague importante d'exilés arriva en mai 1972. En août 1973, une partie des Tupamaros, représentés par Luis Efraín Martínez Platero et William Whitelaw (1946-1976), participa à la création de la Junte de coordination révolutionnaire (JCR), avec le MIR chilien et l'ERP argentine.

De nombreux combats agitèrent les dirigeants Tupamaros otages de la dictature sur la conduite à tenir lors de la transition démocratique. Début 1985, Raúl Sendic prit tout le monde de court en faisant lire par son frère une déclaration à la radio proclamant la nécessité d'aller vers une pacification, une démocratisation et la légalisation du mouvement30. L'ensemble de la direction des Tupamaros soutint a posteriori ce choix30. En avril 1985, tous les prisonniers politiques furent libérés, et, sauf exception, amnistiés (pour le reste, les années de détention sous la dictature furent comptées comme trois années de détention, conduisant à leur libération). La Troisième Convention nationale du MLN-T eut lieu en décembre 1985, consacrée à la réorganisation du mouvement.

En 1997, les Tupamaros décidèrent de créer, avec le MPP et d'autres groupes radicaux, le Courant de gauche (Corriente de Izquierda, CI), qui demeurait partie prenante du Front large. Toutefois, suite à certains conflits internes, notamment avec Jorge Zabalza, le MLN-T quitta le Courant de gauche en novembre 1998, choisissant de se recentrer dans une politique d'alliance solide avec le Front de gauche (le Courant de gauche présentant par la suite une liste autonome aux élections, faisant toutefois partie du Front).
Ce processus de ré-orientation du MLN-T, qui équivalait à privilégier la voie d'une alliance large avec l'ensemble des organisations parties prenantes au Front large, plutôt que l'alliance à l'extrême-gauche, a permis au MPP, et, à travers lui, au MLN-T, de devenir la force politique la plus importante du Front large, jusqu'à avoir, en 2009, son candidat, José Mujica, élu lors des primaires pour devenir le candidat présidentiel de la coalition.

En 2004 et après trois années de progression électorale, l'Espace 609 (liste électorale constituée autour du MPP, afin de construire un front plus large encore, et qui devint progressivement un groupe à part entière au sein du Front large, rival notamment du Front Líber Seregni, agglomérant les tendances centristes du Front) devint le secteur le plus dynamique du Frente Amplio. À partir de l’élection présidentielle de 2004, plusieurs membres du mouvement occupèrent des postes au sein du gouvernement : José Mujica et Nora Castro, deux Tupamaros de longue date, sont actuellement présidents des deux chambres du Congrès. José Mujica a été en outre ministre de l'agriculture du gouvernement de Tabaré Vázquez (PS, également membre du Frente Amplio), de 2005 à 2008, remplacé par l'ex-guérillero Ernesto Agazzi; Eduardo Bonomi a été ministre du Travail. Mujica finit par être élu candidat à la présidentielle du Front large en juin 2009, l'emportant au second tour de la présidentielle, en novembre 2009, contre le candidat libéral blanco, Luis Alberto Lacalle.

Et Sendic dans tout ça ?

Finalement, Sendic fut capturé à Montevideo le 1er septembre 1972, après avoir reçu une balle. Alain Labrousse (2009) propose de dater de ce jour la « défaite militaire du MLN ». Les Tupamaros sont alors démantelés, tandis que les militaires s'emparent du pouvoir par un coup d'État en 1973, avec Juan María Bordaberry à la présidence. Les principaux leaders tupamaros, dont Sendic, sont alors retenus en otage pendant douze ans, torturés par la dictature (le CICR rendra public par la suite ces faits), menacés d'être exécutés si les Tupamaros s'aventuraient à de nouvelles actions. En décembre 1973, Sendic est transféré dans une cabane minuscule, appelée « la niche » par les militaires, sa nourriture étant placée dans une écuelle, obligeant Sendic à ramper pour manger. À partir de la défaite des militaires au plébiscite de 1980, la détention s'améliora progressivement, et Sendic écrivit les Reflexiones sobre políticas economicas. Apuntes desde la prisión. En avril 1984, ils furent finalement transférés dans la prison de Libertad (étant auparavant dans des casernes militaires), sans toutefois avoir de contact avec les autres prisonniers.

Lors de la transition démocratique, des débats opposent les dirigeants tupamaros incarcérés sur ce qu'il conviendrait de faire une fois libérés. Sendic et Mauricio Rosencof prônent une voie légaliste, contre Julio Marenales, Jorge Manera, Jorge Zabalza et Fernández Huidobro. Il met alors en avant un programme, qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1989: non-paiement de la dette externe, réforme agraire, nationalisation des banques, et demande aux pays riches de transférer gratuitement aux pays en développement leurs excédents agricoles, plutôt que de les détruire en raison de crises de surproduction. Début 1985, il fait lire par son frère Victoriano, sans en avoir discuté avec les autres prisonniers tupamaros, une déclaration à la radio, qui appuie la pacification, la démocratie et l'insertion du MLN dans la légalité. Les dirigeants tupamaros finirent par l'appuyer a posteriori.
Raúl Sendic fut amnistié en mars 1985, les ex-Tupamaros, suivant Sendic, décidant finalement de rejoindre la voie légaliste, en fondant le Mouvement de participation populaire (MPP), un parti légaliste qui s'intègre au Frente Amplio. Sendic voulait toutefois rejoindre les mouvement sociaux et créer un front plus large que le Frente Amplio, en intégrant certains secteurs des partis traditionnels (colorado et blanco) et les associations de petits et moyens producteurs. Malgré l'option légaliste choisie par Sendic, ce dernier donna toutefois son appui moral à l'attaque de La Tablada de janvier 1989, menée en Argentine par le Movimiento Todos por la Patria d'Enrique Gorriarán Merlo, ex-membre de l'ERP, qui invoquait une menace de putsch des Carapintadas .
Sendic mourra à Paris de la maladie de Charcot, en avril 1989. Son enterrement, à Montevideo, fut suivi par une foule énorme. L'année d'avant, il revenait sur le parcours des Tupamaros, en déclarant:
«  No estábamos solos, sino que un gran sector popular nos dio aliento en aquella década del 60 tan convulsionada… La iniciativa nuestra de dar un paso adelante en las luchas sociales fue después de tipo militar, desde el momento en que los militares atacaron las manifestaciones populares con gran saldo de muertos y después invadieron todas las instituciones (…) Seguimos (1988) sin embargo, con nuestra propuesta política adelante, sabiendo que no somos dueños de la verdad. No nos consideramos vanguardia de nada, sino uno de los elementos que contribuirán a llevar adelante la lucha del pueblo uruguayo. (hablando de la guerrilla) tenemos que contemplar la mentalidad de un pueblo (…) que conserva una serie de tradiciones pacíficas y que nosotros tratamos de contemplar en nuestra etapa anterior, cuando hacíamos aquella famosa guerrilla de guante blanco, buscando la menor violencia posible.»

Source wikipedia

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2012

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