Salvador Allende

                             

               

SALVADOR ALLENDE

Homme d'État chilien (Valparaíso, 1908 — Santiago, 1973). Médecin, il s'inscrivit dès 1933 au Parti socialiste chilien, et fut candidat à plusieurs reprises à la présidence de la République, à laquelle il fut élu en 1970 à la faveur d'une élection triangulaire, avec un peu plus du tiers des suffrages. Il était alors le candidat de l'Unité populaire, alliance regroupant notamment son propre parti, à l'aile modérée duquel il appartenait, le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et le Parti communiste chilien; ce dernier exerçait au sein de la coalition une influence modératrice, visant à diminuer l'ampleur des nationalisations tout en recherchant la neutralité des forces armées et de la puissante Démocratie chrétienne.
Allende mit en œuvre une importante politique de réforme agraire et de nationalisations, notamment des mines de cuivre; cependant, le mécontentement de larges secteurs de la population face aux problèmes économiques (inflation galopante, dévaluations, pénuries, banditisme), l'antiaméricanisme de l'élite intellectuelle chilienne, et enfin la présence, au sein de la coalition progouvernementale, du parti communiste qui, bien que modéré, adhérait à l'idéologie soviétique, firent monter la tension entre le gouvernement et les secteurs conservateurs chiliens et nord-américains.
Le 29 juin 1973, un premier coup d'État militaire échoua; Allende renouvela néanmoins sa confiance à la hiérarchie militaire et au chef d'état-major, le général Pinochet. Le 10 septembre, il décida d'annoncer un référendum sur sa politique, mais le lendemain, les forces armées, qui avaient reçu le soutien actif de la CIA, prirent le pouvoir, assiégeant Allende dans son palais de la Moneda, où il fut peut-être assassiné par Pinochet lui-même.

Allende, qui avait déclaré en 1970 ne pas être le président de tous les Chiliens mais seulement des ouvriers et des paysans, reste en Amérique latine le symbole d'une politique populiste de gauche, mélange de réforme sociale, d'opposition aux oligarchies et d'antiaméricanisme servis par un charisme personnel.

                    

Une expérience démocratique écrasée par l’armée

Le rêve brisé de Salvador Allende

C’est une des dates les plus noires de l’histoire de la gauche au XXe siècle : il y a trente ans, le 11 septembre 1973, le putsch de la junte présidée par le général Augusto Pinochet mettait un terme, dans un bain de sang, à trois années d’une expérience sans précédent. Pour la bourgeoisie chilienne comme pour les dirigeants des Etats-Unis, il fallait briser le rêve de Salvador Allende et de l’Unité populaire - une transition pacifique vers un socialisme démocratique - avant qu’il ne soit trop tard. A tout prix...

Par Tomás Moulian

L’analyse de toute la trajectoire de Salvador Allende, et en particulier de ses positions au cours de la période agitée de l’Unité populaire, permet d’interpréter de manière adéquate le terme de sa vie. Son suicide, le 11 septembre 1973, dans le palais présidentiel de la Moneda, ne fut ni un acte désespéré ni un acte romantique cherchant à forcer une entrée héroïque dans l’Histoire. Ce geste prolonge la vie d’un réaliste, un grand homme politique en réalité.

Au sein d’une gauche chilienne se réclamant depuis longtemps du marxisme et d’un Parti socialiste qui, dans les années 1960, dérivait vers le " maximalisme ", Salvador Allende a représenté un type particulier de révolutionnaire. Il avait mis ses espoirs dans les urnes et croyait à la possibilité d’instaurer le socialisme à l’intérieur même du système politique.

Allende n’a rien d’un tribun révolutionnaire friand de rhétorique. C’est un homme politique forgé dans les luttes quotidiennes. Il vise à conquérir des espaces pour une politique populaire, au sein d’un système démocratique représentatif dans lequel les politiques d’alliance favorisant la gauche sont réalisables. Mais jamais il n’abandonne la critique du capitalisme et le désir de socialisme. C’est la grande différence entre ses positions et celles de l’actuel Parti socialiste chilien, membre de la Concertation démocratique au pouvoir depuis la fin de la dictature. Pour Allende, être réaliste ne signifie pas nier l’avenir en se contentant d’une politique " pragmatique ".

Sa vision se forge dans la période des coalitions de centre gauche (1938-1947), particulièrement dans le gouvernement de Pedro Aguirre Cerda, dont il est le ministre de la santé. Il découvre alors ce qui va devenir, à partir de 1952, le centre de sa stratégie : la recherche de l’unité entre les deux grands partis populaires, le Parti socialiste et le Parti communiste. Les rivalités entre ces deux forces ont jusque-là affaibli la coalition gouvernante et limité ses réformes en favorisant les possibilités de manœuvre de l’allié centriste, le Parti radical, qui fait pencher la balance. Ces gouvernements sont les exécutants d’un programme démocratique bourgeois ou, autrement dit, d’une modernisation capitaliste accompagnée d’une législation sociale et d’un rôle d’arbitre de l’Etat, qu’Allende, contrairement à d’autres dirigeants socialistes, ne remet jamais en cause.

Pour réaliser cette politique d’unité entre socialistes et communistes, Allende se voit obligé en 1952 à un geste paradoxal : briser son propre parti. Son obsession est alors la recherche d’un chemin latino-américain vers la révolution, principalement inspiré par l’idée de " troisième voie " de Victor Raúl Haya de la Torre et des " apristes " (
1), mais dont la matérialisation à ce moment est incarnée par Juan Domingo Perón et le " justicialisme " argentin. Allende s’oppose à cette dérive vers le populisme. Il se retire du Parti socialiste pour organiser le Front de la patrie avec les communistes, encore dans la clandestinité. De là surgit sa première candidature à la présidence, en 1952.

Ce geste en fait le leader de l’unité avec les communistes et le porte-parole du premier embryon, encore imprécis dans sa formulation théorique, de la politique de conquête électorale du gouvernement par une coalition révolutionnaire. Cette stratégie se met en marche avant le 20e congrès du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS), mais il s’agit bien là d’une prolongation des thèses des fronts de libération nationale défendues par les partis communistes dans presque toute l’Amérique latine.

Plaçant Allende tout près de la victoire, les résultats des élections de 1958 le posent en dirigeant des années 1960, une époque durant laquelle la ligne de la transition institutionnelle vers le socialisme, appelée aussi voie pacifique, ou non militaire, s’oppose à la thèse de la prise du pouvoir par la lutte armée, vers la " destruction de l’Etat bourgeois ", qui avait montré son efficacité à Cuba.

Plus proche des communistes que de son propre parti, Salvador Allende ne se laisse pas entraîner dans le virage vers la gauche pris par les socialistes chiliens après l’échec de la campagne présidentielle de 1964. De nombreux hommes politiques de ce parti s’empressent alors de décréter la fin de l’option électorale et annoncent la nécessité d’un changement de stratégie sans se donner la peine d’étudier les spécificités du cas chilien, avec sa complexe structure de classes, son système de partis et sa longue et constante tradition démocratique.

Allende se maintient en marge de ce tourbillon. Sans jamais cesser d’apprécier et de soutenir Cuba, il continue de croire, presque en solitaire parmi les socialistes, qu’il est possible de triompher à l’élection présidentielle et, à partir de là, de promouvoir une transition institutionnelle vers le socialisme. Cette attitude lui vaut d’être la cible de nombreuses critiques.

Tomás Moulian

(le monde diplomatique-septembre 2003)

                                        

 

Son dernier discours : http://lupo.sepe.free.fr/discours.allende.htm

Article de Garcia Marquez : http://www.fluctuat.net/954-Le-11-septembre-1973-Chronique-d-une-tragedie-organisee

Le fim de Patricio Guzman : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=56872.html 

Chanson de Léo Ferré : http://fr.lyrics-copy.com/leo-ferre/allende.htm

                                       

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Commentaires (1)

Salvador Allende dans le monde...
  • 1. Salvador Allende dans le monde... (site web) | 05/06/2010
Inventaire illustré des lieux publics nommés en hommage à Salvador Allende dans le monde entier:

http://www.abacq.org/calle/

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