Rosa Luxemburg

L’assassinat de Rosa Luxemburg le 15 janvier 1919 - Ne pas oublier  !

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l’on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution spartakiste pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d’une guerre impérialiste qu’ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l’exploitation et dont elle s’était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires.

Comme elle, d’autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne.

Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement?

Une chose est sûr cependant, l’assassinat de Rosa Luxemburg n’est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d’une volonté d’éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié : la révolution.


Biographie : Luxemburg, Rosa

Zamosc, près de Lublin, 1870 ou 1871 - Berlin, 1919
© Hachette Multimédia/Hachette Livre


Rosa Luxemburg


Théoricienne et révolutionnaire allemande d'origine polonaise.

 

Rosa Luxemburg est l'une des principales figures révolutionnaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

 

En 1914, elle fut parmi les rares opposants à la Grande Guerre et, dès les premiers mois de la révolution d'Octobre, elle critiqua le centralisme qui s'installait en Russie.

 

Elle prit place parmi les plus éminents théoriciens du mouvement communiste, et développa, dans ses nombreux articles et dans quelques ouvrages, un idéal révolutionnaire en parfaite opposition avec la toute-puissance des bureaucrates.



La militante social-démocrate

Ayant commencé à militer très jeune, Rosa Luxemburg fut obligée de quitter la Pologne russe en 1889. Elle devint polyglotte : outre le polonais, elle maîtrisait parfaitement l'allemand, le russe et le français. Elle étudia l'économie politique à Zurich - sa thèse, en 1897, portait sur le développement industriel de la Pologne - et collabora à la fondation du premier parti marxiste polonais, le SDKPIL (Social-démocratie du royaume de Pologne et de Lituanie). Elle affirma que «pour le camp international de la révolution sociale, il n'y a pas de problème de frontières nationales», et prônait non pas l'indépendance mais l'autonomie dans une Russie devenue démocratique grâce à la révolution sociale, ce qui lui valut aussitôt des difficultés lors des réunions de la IIe Internationale.

Devenue allemande par son mariage blanc avec Gustav Lübeck (1898), Rosa Luxemburg milita dans les rangs de la social-démocratie tant en Allemagne qu'en Russie. Dès 1898, dans ses articles publiés dans la revue de Kautsky, Neue Zeit (Temps Nouveau), elle réfuta la conception révisionniste de Bernstein ; elle publia sur cette question Réforme ou Révolution ? (1898) ainsi que de nombreux articles, parmi lesquels les Lunettes anglaises (1899, dans la Leipziger Volkszeitung), sur les trade-unions britanniques. Elle prit ainsi une large part à la condamnation du révisionnisme prononcée en septembre 1903 lors du congrès social-démocrate de Dresde. Cependant, ses discours lui valurent d'être condamnée à trois mois de prison en janvier 1904.

En décembre 1905, à Varsovie, elle participa à la révolution ; elle fut arrêtée et incarcérée de mars à août 1906 à Varsovie, puis dut retourner en Allemagne ; analysant ces événements, elle en tira des leçons dans Grève de masse, parti et syndicats (1906). Si, en dépit d'une intense activité, elle se trouva alors isolée - après sa rupture avec Kautsky, en 1910, mais aussi par suite de ses désaccords avec Lénine -, elle resta néanmoins membre du parti social-démocrate allemand. Professeur à l'école des cadres du parti, elle composa, à partir de ses cours, une Introduction à l'économie politique, avant de publier, en 1913, l'Accumulation du capital, œuvre fondamentale dans laquelle elle expose une conception de l'impérialisme en désaccord sur de nombreux points avec la pensée de Marx et celle de Lénine.


La lutte contre la guerre

Au congrès de Stuttgart (1907), avec Lénine et Martov, Rosa Luxemburg soutint un amendement sur la conduite de la social-démocratie en cas de guerre, prônant la transformation de la guerre en révolution par la mutinerie. Antimilitariste et internationaliste convaincue, elle s'opposa, en août 1914, au vote des crédits de guerre par les socialistes allemands. D'accord avec Lénine, elle constatait, dans le même temps, la faillite de la IIe Internationale, dont tous les dirigeants avaient d'un coup choisi la voie du nationalisme, et appelait à reconsidérer de fond en comble la question de l'organisation ; en revanche, en 1918, elle marqua son désaccord avec le dirigeant bolchevique sur le processus de création d'une nouvelle Internationale - selon elle, la nouvelle organisation révolutionnaire devait découler de la transformation des divers partis sociaux-démocrates en partis révolutionnaires, et ne pouvait pas résulter d'une décision des seuls bolcheviks russes.

Alors qu'elle était de nouveau incarcérée - de février 1915 à février 1916 pour «incitation à la désobéissance et à la mutinerie en cas de guerre» -, elle participa avec Karl Liebknecht à la rédaction du journal Die Internationale, dont le premier et unique numéro parut le 15 avril 1915. Dans la Crise de la social-démocratie (1916), brochure qu'elle écrivit également alors qu'elle était en prison et qu'elle publia sous le pseudonyme de Junius, elle avança que la guerre n'était pas défensive mais impérialiste. Elle fut de nouveau arrêtée en juillet 1916 et resta cette fois incarcérée jusqu'à la fin des hostilités.



La révolution spartakiste

Pendant son incarcération, elle publia encore, toujours avec Liebknecht, les Lettres politiques, devenues les Spartakusbriefe («lettres de Spartacus»), dont le premier numéro sortit en septembre 1916. Elle exprima sa joie devant la révolution bolchevique, tout en en critiquant certains aspects dans diverses notes initialement peut-être destinées à son seul usage personnel, et réunies dans un ouvrage posthume, la Révolution russe, publié en 1922. Libérée parmi les derniers prisonniers politiques, le 9 novembre 1918, elle participa activement à l'action révolutionnaire à Berlin, et assura la rédaction du journal Die Rote Fahne («le Drapeau rouge»).

Durant la guerre, elle avait organisé, avec Liebknecht, le groupe Spartakusbund ; grâce à divers apports d'autres militants social-démocrates, le Spartakusbund se transforma, lors de son congrès (du 30 décembre 1918 au 1er janvier 1919), en Parti communiste allemand (Spartakus) - KDPS selon le sigle allemand -, dont elle rédigea le programme. Elle prononça devant ce congrès de fondation un discours dans lequel elle exprimait sa conviction que la révolution en cours ne pouvait vaincre que si elle recevait l'appui de «la grande majorité des masses prolétariennes» - le mouvement révolutionnaire en cours, cependant, restait sinon minoritaire, du moins très divisé, et devait faire face à de nombreux adversaires, tant dans l'armée qu'au sein du parti social-démocrate.



L'assassinat

En pleine répression de la révolution spartakiste - son dernier article, dans Die Rote Fahne, était significativement intitulé L'ordre règne à Berlin -, Rosa Luxemburg fut arrêtée avec Karl Liebknecht, le 15 janvier 1919 ; tous deux furent assassinés le jour même dans le Tiergarten par des membres des Freikorps, un groupe paramilitaire nationaliste illégal. Le meurtre des deux dirigeants du KPD(S) fut couvert par le gouvernement du social-démocrate, Gustav Noske - par la suite, deux des membres de ce groupe furent condamnés, l'un (le soldat Runge) à deux ans de prison pour «tentative d'assassinat», l'autre (le lieutenant Vogel) à quatre mois de prison pour n'avoir pas signalé le cadavre de Rosa Luxemburg.

Son assassinat modifia largement le regard que nombre de communistes de l'époque jetaient sur Rosa Luxemburg : alors que, sa vie durant, elle avait été l'objet de moqueries de la part de certains de ses camarades, selon lesquels cette théoricienne - en plus d'être une femme, et d'origine juive polonaise, dans un parti allemand alors très largement dominé par les hommes - défendait des positions erronées, elle devint après sa mort l'incarnation d'une ligne révolutionnaire fermement opposée au révisionnisme et à tout accommodement avec la bourgeoisie.

Sa vie privée fit l'objet de nombreux ouvrages biographiques qui mirent en évidence sa sensibilité - des historiens s'attachèrent ainsi à mentionner les aspects «romanesques» de son amour pour Leo Jogishes, l'un des dirigeants du Spartakusbund, assassiné le 10 mars 1919, ou sa brève liaison avec le jeune fils de Clara Zetkin, Kostia. Après avoir été appelée «Rosa la Sanglante» ou «Rosa la Rouge», elle devint ainsi une icône révolutionnaire du XXe siècle, appréciée des biographes, tandis que ses oeuvres politiques demeurent quasi introuvables.



La théoricienne

L'œuvre de Rosa Luxemburg comprend diverses contributions théoriques, souvent éparpillées dans les nombreux articles qu'elle donna aux revues et journaux socialistes, et quelques brochures et ouvrages.

La pensée économique

Dans son ouvrage fondamental d'économie politique, l'Accumulation du capital, Rosa Luxemburg développa une critique de Marx. A la différence de la plupart des marxistes de son temps, elle ne tenait pas le Capital pour l'exposé d'une théorie immuable, mais pour une tentative, hardie mais perfectible, d'explication des mécanismes capitalistes. Elle rejetait nombre de ses conclusions, et notamment ce qui concernait la question de l'accumulation du capital, traitée par Marx à la fin du deuxième livre de son ouvrage.

Rosa Luxemburg part de l'idée que le capitalisme ne semble pas sur le point de s'effondrer. Elle en découvre le motif essentiel dans la permanence, à côté d'un secteur économique régi par les lois décrites par Marx, de larges portions de territoires «précapitalistes», desquels se nourrit l'accumulation de capital des secteurs centraux du système. Ainsi, pour elle, le capitalisme n'est pas un système clos se suffisant à lui-même, tel que le pensait Marx, mais il s'appuie au contraire sur la permanence de secteurs non capitalistes.

Cette thèse, qui offrait une lecture nouvelle tant du colonialisme européen que de l'impérialisme, fut rejetée sans appel par Lénine et la quasi-totalité des marxistes, qui y virent une négation de la méthode marxiste héritée de Hegel : dans le schéma luxemburgien, en effet, le système lui-même n'engendre pas ses propres contradictions - son antithèse -, et le dépassement du capitalisme ne peut pas advenir par une révolution produite par ces seules contradictions internes. D'où l'importance, dans la pensée politique de Rosa Luxemburg, du rôle des masses, actrices véritables de la révolution et de l'Histoire.

 

La pensée politique

Rosa Luxemburg s'opposa également à Lénine sur la question du mode d'organisation du parti révolutionnaire (Questions d'organisation de la social-démocratie russe, publié en 1904 à la fois dans la Neue Zeit allemande et l'Iskra, organe du parti social-démocrate de Russie) ; plaidant pour «la coordination, l'unification du mouvement», refusant la soumission de celui-ci à un «règlement rigide» et critiquant le «centralisme social-démocratique», elle place au centre du processus révolutionnaire le mouvement ouvrier de masse, tandis que les soviets ne sont que l'organisation produite par la révolution elle-même. Elle s'opposa aussi, évidemment, au parti social-démocrate allemand, alors une énorme organisation de quelque quatre millions de membres, pour laquelle la question de la révolution ne fut jamais à l'ordre du jour.

L'apport le plus souvent signalé de Rosa Luxemburg à la théorie révolutionnaire concerne la spontanéité des masses dans le processus révolutionnaire, au point qu'elle fut, surtout à la suite de Mai 1968, considérée comme la principale théoricienne du «spontanéisme». Elle s'opposa en effet clairement aux conceptions léninistes sur l'«inconscience des masses» - telles qu'elles sont exposées, par exemple, dans Que faire ? - pour prôner un retour à une conception dialectique plus proche des origines du communisme, tant de Marx que de Bakounine. Elle considérait que «l'unique rôle des prétendus dirigeants de la social-démocratie consiste à éclairer la masse sur sa mission historique. L'autorité et l'influence des « chefs » dans la démocratie socialiste ne s'accroissent que proportionnellement au travail d'éducation qu'ils accomplissent en ce sens» (Espoirs déçus, publié en 1903 dans la Neue Zeit).

Ainsi, sans cesser de croire aux lois fondamentales de l'évolution historique telles que Marx et Engels les avaient exposées, Rosa Luxemburg constate que les mouvements révolutionnaires n'ont jamais été décidés par une organisation ou un parti quel qu'il soit. Selon elle, il s'agit donc, pour les révolutionnaires, d'œuvrer afin que la révolte des masses se transforme en révolution. Pour cela, et sans nier le rôle d'une avant-garde organisée, la théoricienne affirme qu'il ne faut pas faire confiance à ses dirigeants, remarquant que ceux-ci sont très souvent en retard sur les masses qu'ils prétendent guider, notamment lorsque se produit une coïncidence favorable entre les conditions objectives et la révolte spontanée des masses.

On peut considérer que cette délicate synthèse des idées de Rosa Luxemburg sur les rôles respectifs des masses et du parti révolutionnaire était exprimée dans le programme du KPDS adopté lors de son congrès de fondation : «Le Spartakusbund n'est pas un parti qui voudrait arriver par-dessus les masses ouvrières, ou par ces masses elles-mêmes, à établir sa domination ; le Spartakusbund veut seulement être en toute occasion la partie du prolétariat la plus consciente du but commun, celle qui, à chaque pas du chemin parcouru par toute la large masse ouvrière, rappelle celle-ci à la conscience de ses tâches historiques».

Pour ceux qui veulent la lire : La crise de la social-démocratie (1915)

 

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Commentaires (3)

lieb
Le début de votre article reprend l'un de ceux publiés sur le blog . Nous continuons avec acharnement à faire connaître la pensée et l'action de Rosa Luxemburg sur le blog que nous lui consacrons. Actuellement par exemple sur la grève générale, mais aussi sur le réfémormisme, l'impérialisme, car nos pensons qu'elle peut contribuer à nous faire réfléchir sur notre action aujourd'hui. Merci de faire connaître notre travail. Solidairement. c.a.r.l.
Yann Durst
Salut
Merci pour cette page, je suis un grand admirateur de Rosa Luxemburg.
Je viens d'ailleurs de finir une tres bonne mais ancienne biographie ecrite par Max Gallo.
Vermeulen
Bonsoir ! Je travaille actuellement à un travail scolaire concernant Rosa Luxemburg, et je dois dire que votre site est une très bonne source d'informations..Malheureusement, je n'y ai pas trouvé réponse à une question primordiale : qu'est-ce donc exactement que le mouvement sparksiste ?
Si vous pouvez m'aider dans cette requête, je vous en serais réellement reconnaissante :) Il serait même très probable que je parle de vous autour de moi !
A très bientôt, je l'espère

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