Pérou : Haya de la torre, l’APRA, et la marseillaise en espagnol

Haya De La Torre

Víctor Raúl Haya de la Torre (Trujillo, 22 février 1895 - Lima, 2 août 1979) était un homme politique péruvien, il fut le fondateur de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine.

Biographie

Il est né dans une famille de classe moyenne du nord du pays. En 1913, il s’inscrit à l’Université de Trujillo pour étudier la littérature, il fait la connaissance du poète péruvien César Vallejo et noue une solide amitié avec lui. Puis il rejoint l’Université nationale de San Marcos à Lima. Il participe aux mouvements étudiants où il se fait remarquer par sa vitalité et son charisme.
En 1919, il est élu président de la Fédération des Étudiants Péruviens. Il contribue beaucoup à l’application à San Marcos des idées du mouvement réformiste universitaire argentin (La Reforma), signant un accord en 1920 avec la Fédération universitaire argentine. Des réformes administratives sont ainsi réalisées en 1919 notamment par la création de structures para-universitaires au moyen desquelles les étudiants espéraient toucher les travailleurs. À cette fin, Haya de la Torre fonde les Universidades Populares Gonzalez Prada qui proposent des cours du soir pour les travailleurs. Selon des historiens tels Steve Stein (spécialiste américain de l’histoire latino-américaine contemporaine), elles furent le terreau du Parti Apriste Péruvien. Il entreprend des actions hostiles contre le gouvernement du président Augusto B. Leguía y Salcedo en 1923 ce qui lui vaut d’être contraint de s’exiler à México.
Le 7 mai 1924, Haya de la Torre y fonde l’Alliance populaire révolutionnaire américaine, organe d’un mouvement pan-Latino-Américain qui sera dénommé l’Aprisme. Le « Partido Aprista Peruano » (PAP), émanation péruvienne de ce mouvement, est fondé le 20 septembre 1930.
Haya de la Torre retourne au Pérou en 1931 pour se porter candidat à la présidence. Il est emprisonné pendant 15 mois et son parti est interdit jusqu’en 1934 puis de 1935 à 1945. En 1945, José Luis Bustamante y Rivero devient président avec le soutien de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine. Mais en 1948, des dissidents du parti se révoltent à Callao et l’Alliance populaire révolutionnaire américaine est de nouveau interdit. En novembre, Manuel A. Odría s’empare du pouvoir et Haya de la Torre est contraint de se réfugier à l’ambassade de Colombie à Lima le 3 janvier 1949. Il est en mesure de revenir au Pérou en 1954 et son parti est de nouveau autorisé en 1956.
Cependant, il vit principalement à l’étranger jusqu’en 1962. Il se présente de nouveau à l’élection présidentielle et arrive en tête au premier tour mais avec très peu de voix d’avance. Il pense parvenir au pouvoir avec l’appui de l’ancien président et ennemi Manuel A. Odría contre Fernando Belaúnde Terry, mais un coup d’État du général Ricardo Pérez Godoy arrête le processus électoral quelques jours avant sa conclusion. La junte militaire annule les élections. De nouvelles élections en 1963, offrent une nouvelle chance à Haya de la Torre mais celui-ci est battu par Belaúnde.
Dans l’opposition, l’Alliance populaire révolutionnaire américaine parvient à gêner Belaúnde mais, en 1968, un nouveau coup d’État militaire introduit une nouvelle donne politique.
L’échec final de l’expérience révolutionnaire militaire des années 1970 nécessite une refonte du système politique. Haya de la Torre est élu président de l’Assemblée Constituante de 1978 qui promulgue la Constitution de 1979. Le 12 juillet, il signe cette nouvelle constitution sur son lit de mort. Il ne verra pas son parti gagner, avec le jeune leader Alan García, les élections de 1985, au bout de 60 ans de lutte politique.

Idéologie

Haya de la Torre prônait des solutions latino-américaines (ou pour employer sa propre terminologie indo-américaines) aux problèmes latino-américains. Il appelait au rejet de l'impérialisme américain comme du communisme soviétique
Il était en faveur des valeurs démocratiques universelles, de l’égalité des droits pour les populations indigènes et d’une politique économique socialiste (réforme agraire, fondée sur la collectivisation des terres, contrôle étatique de l’industrie).
Haya de la Torre souhaitait le renversement de l’oligarchie de propriétaires terriens qui avait dirigé le Pérou depuis l’époque coloniale pour la remplacer par une élite socialiste idéale. Cependant, pour que le parti soit légalisé, il fit de manière opportuniste dériver son alignement vers la droite, et dès les années 1950, il avait abandonné la plupart des idéaux du progressisme socialiste.
De plus, la mainmise de Haya de la Torre sur le mouvement qu’il avait créé engendra des comportements sectaires et autocratiques et la défection de quelques-uns des jeunes dirigeants les plus talentueux de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine qui se sont tournés vers la gauche marxiste.

Citation : « ¡Ni con Washington ni con Moscú! » (« Ni avec Washington, ni avec Moscou ! »)



L’APRA

APRA (Alianza Popular Revolucionaria Americana) est un mouvement et un parti politique péruvien fondé par Víctor Raúl Haya de la Torre.

Origines du Mouvement

On considère que l’acte fondateur officiel de l’APRA en tant que mouvement politique latino-américain est la remise par Haya de la Torre le 7 mai 1924 du drapeau indien-américain à la Fédération des étudiants de Mexico. Ses principes, proposant la création d’un Front unique latino-américain (ou indien américain selon la terminologie de Haya de la Torre), sont exposés en 5 points dans un article publié dans le numéro de décembre 1926 de la revue britannique "The Labour Monthly" What’s the A.P.R.A. (en anglais) :

    Action contre l’impérialisme Yankee.
    Pour l’unité politique de l’Amérique latine.
    Pour la nationalisation des terres et des grandes entreprises.
    Pour l’internationalisation du canal de Panama.
    Pour la solidarité avec tous les peuples et classes opprimées dans le monde.

La première organisation politique “apriste” est créée en 1927 à Paris (Centro de Estudios Antimperialistas del APRA). Finalement, le "Partido Aprista Peruano" (PAP) est fondé le 20 septembre 1930, ce qui lui confère une base nationale pour opérer au Pérou. L'APRA reste quant à lui un mouvement à ambitions continentales, essaimant ses idées dans chaque pays d'Amérique latine.

L’APRA dans le jeu politique péruvien

Haya de la Torre retourne au Pérou en 1931 pour se présenter à l’élection présidentielle. Mais il est emprisonné durant 15 mois et l’APRA est interdit jusqu’en 1934 puis entre 1935 et 1945. En 1945, José Luis Bustamante y Rivero devient président avec l’appui de l’APRA. En 1948, des dissidents du parti se révoltent à Callao et l’APRA est de nouveau déclaré illégal. En novembre, Manuel A. Odría s’empare du pouvoir et Haya de la Torre doit se réfugier à l’ambassade de Colombie à Lima.
Le parti est autorisé de nouveau en 1956. En 1962, Haya de la Torre se représente à l’élection présidentielle, qu’il remporte mais sans la marge nécessaire pour être élu conformément à la constitution. Une junte militaire annule alors les élections. De nouvelles élections ont lieu en 1963, mais Haya de la Torre est battu. Le parti reste un parti d’opposition jusqu’en 1979. De nouveau autorisé, il obtient la majorité des sièges dans l’assemblée constitutionnelle. Mais les luttes de succession qui font suite à la disparition du fondateur le 2 août 1979 empêchent le parti de concourir efficacement à l’élection présidentielle.
L’élection présidentielle de 1985 voit la victoire de son candidat Alan García Pérez. Le parti accède donc au pouvoir au Pérou jusqu’en 1990 après plus de 50 ans de lutte politique.

L’APRA aujourd’hui

Actuellement (2006), le Partido Aprista Peruano est dirigé par le président du Pérou Alan García Pérez. Candidat malheureux en 2001 celui-ci s’est de nouveau porté candidat à l’élection présidentielle du 9 avril 2006 et a été élu avec 55 % des voix. Le parti est très présent dans le Nord du pays notamment dans la région de Région de La Libertad, fidèle au souvenir du fondateur né à Trujillo. Il est membre de l’Internationale socialiste et de la COPPPAL , et se positionne aujourd'hui dans une tendance politique social-démocrate. L’hymne du parti est la Marseillaise avec des paroles en espagnol : la « Marsellesa Aprista ».
Les spécialistes s'accordent pour la plupart à dire que l'APRA est le seul parti politique péruvien dans le sens qu'il est le plus ancien existant dans le pays, le Partido Comunista Péruano ayant succombé à la méfiance de la population à l'égard de la gauche créée par le terrorisme du Sentier lumineux.
Il est donc doué d'une meilleure organisation (géographique, idéologique...) que la plupart des autres partis qui se forment sporadiquement. Il faut néanmoins remarquer que suite au premier gouvernement Apriste du président Alan García ayant plongé le pays dans une crise profonde, les péruviens se sont méfiés de l'APRA jusqu'en 2006 où ils ont réélu García.
Lien externe : http://www.apra.org.pe site officiel de l’APRA au Pérou



La marseillaise en espagnol, hymne officiel de l’APRA

Notre cher hymne national si controversé dans nos frontières, a fait des émules chez un intellectuel politique péruvien (Victor Raoul Haya de la Torre) il y a de cela quelques décennies. Tant et si bien, qu'il a revisité les paroles pour en faire l'hymne de son bébé : le parti historique de l'APRA (Alliance Populaire Révolutionnaire Américaine) ! Au Pérou, on peut donc entendre des militants convaincus chanter notre hymne en espagnol. Une simple traduction ? Que nenni ! Si l'air est le même, les paroles ont été adaptées à la cause idéologique du "Parti", à savoir la lutte contre l'impérialisme nord-américain  en Amérique du Sud et l'appel à l'union des peuples latino-américains.

Ecoutez donc :


Paroles  originales :

Contra el pasado vergonzante
Nueva doctrina insurge ya
Es ideal realidad liberante
Que ha fundido en crisol la verdad
Que ha fundido en crisol la verdad

Tatuaremos con sangre en la historia
Nuestra huella pujante y triunfal
Que dará a los que luchen mañana
Digno ejemplo de acción contra el mal

Peruanos abrazad
La nueva religión
La Alianza Popular conquistará
La ansiada redención

Que viva el APRA compañeros
Viva la Alianza Popular
Militantes puros y sinceros
Prometamos jamás desertar
Prometamos jamás desertar

Reafirmemos la fe en el aprismo
Que es deber sin descanso luchar
La amenaza del imperialismo
Que a los pueblos quiere conquistar

Apristas a luchar
Unidos a vencer
Fervor, acción, hasta triunfar
nuestra revolución

Apristas a luchar
Unidos a vencer
Fervor, acción, hasta triunfar
nuestra revolución



Traduction :

Contre le passé honteux
Une nouvelle doctrine s’élève déjà
C’est un idéal réellement libérateur
Qui a été forgé dans le creuset de la vérité
Qui a été forgé dans le creuset de la vérité

Nous inscrirons dans l’histoire avec du sang
Notre empreinte prospère et triomphale
Qui donnera demain à ceux qui luttent
Un digne exemple de lutte contre le mal

Péruviens, embrassez
La nouvelle religion
L’Alliance Populaire conquerra
La rédemption tant attendue

Vive l’APRA, camarades
Vive l’Alliance Populaire.
Militants purs et sincères,
Nous promettons de ne jamais déserter
Nous promettons de ne jamais déserter

Réaffirmons la foi dans l’aprisme
Qui est le devoir de combattre sans relâche
La menace de l’impérialisme
Qui veut conquérir/asservir les peuple

Apristes, au combat
Unis pour vaincre
Ferveur, action
Jusqu’à faire triompher
Notre révolution

Apristes, au combat
Unis pour vaincre
Ferveur, action
Jusqu’à faire triompher
Notre révolution

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 10/12/2013

×