Manolis Glezos, le résistant grec

Grèce: en 1941, il vole le drapeau nazi sur l'Acropole, en 2011 il résiste encore

A 18 ans, en 1941, il dérobait avec un compagnon le drapeau nazi flottant sur l'Acropole dans une opération devenue légendaire. 70 ans plus tard, Manolis Glezos résiste toujours, cette fois contre la "tutelle" étrangère imposée à la Grèce pour redresser ses comptes.

C'était dans la nuit du 30 au 31 mai 1941: les Allemands venaient de réduire la dernière poche alliée en Crète et "Hitler a dit dans un discours que "l'Europe est libre". Nous voulions lui prouver que justement, le combat commençait", raconte-t-il à l'AFP.
"La Grèce a conquis sa liberté, mais pas son indépendance. Sur l'échelle de la sujétion, nous frôlons les 100%, pour tout ce sont les étrangers qui décident", assène ce pétillant octogénaire, faisant référence à la situation financière actuelle du pays, dépendant de l'aide internationale.
Consciente que l'accès aux marchés lui est devenu presque impossible en raison des incertitudes sur sa capacité à rembourser, la Grèce a dû recourir au soutien de l'Union européenne et du FMI, qui exigent en contrepartie des mesures d'austérité, très contestées dans les rues d'Athènes.
Arrêté trois fois sous l'Occupation, Manolis Glezos a échappé au peloton. "Un policier grec a contrôlé nos papiers pour violation du couvre-feu quand nous nous éloignions de l'Acropole, mais il n'a jamais parlé", raconte-t-il sans vouloir s'appesantir sur son acte de bravoure. Son complice d'alors, Apostolos Santas, vient d'être porté en terre.
C'est aussi sans s'attarder qu'il mentionne l'exécution de son frère cadet, en 1944. Le portrait du jeune homme surplombe les amoncellements de livres, archives et souvenirs qui encombrent le modeste rez-de-chaussée que Manolis Glezos partage avec sa femme dans une banlieue calme d'Athènes.
Son engagement dans la résistance, puis son militantisme communiste, sous des régimes autoritaires et militaires, ont valu à Manolis Glezos deux condamnations à mort et douze ans dans "presque toutes les geôles du pays".
"Beaucoup y sont devenus fous", note-t-il. Lui a dû interrompre ses études d'économie: "en prison, c'était assimilé à du marxisme". A 88 ans, il n'a rien cédé de sa combativité au service de ses convictions d'extrême gauche.
Ancien membre du Parti communiste grec stalinien, qu'il a quitté en 1968, il est devenu une figure tutélaire de la gauche radicale.
Aujourd'hui, le militant souhaite une prise de relais par la jeunesse "pour descendre tous les drapeaux qui oppriment".
Mais, contrairement à de nombreux Grecs, hérissés par les exigences de rigueur de l'Allemagne en particulier, l'ex-résistant se garde de tout amalgame entre l'occupant d'hier et le sourcilleux partenaire d'aujourd'hui.
Pour lui, "l'ennemi, c'est le G20, l'union des impérialistes".
Pour se sortir de la crise, la Grèce devrait donc ne compter que sur elle: "ne plus consacrer un sou aux dépenses militaires", refuser de rembourser une dette "qui n'est pas légitime", s'en prendre à la fraude fiscale et aux "cumulards du secteur public", "mais en protégeant la santé, l'éducation, la recherche".
Et puis quand même exiger de l'Allemagne qu'elle s'acquitte de son propre dû, en remboursant le prêt obligatoire au régime nazi, "la seule fois ou la Grèce a prêté au lieu d'emprunter" lance-t-il avec malice sous sa moustache.
"Avec les dommages de guerre", qu'Athènes se réserve toujours le droit de revendiquer, "c'est 162 milliards d'euros, sans les intérêts".
Sur la place centrale d'Athènes, où des foules se pressent depuis plus de trois semaines pour dire leur ras-le-bol de la crise dans une mobilisation inédite, banderoles et affiches font écho au vieux militant, appelant à l'"indépendance nationale" ou proclamant: "je ne dois rien, je ne paie pas".
"Au début de l'occupation, la résistance était surtout passive. Quand on a escaladé l'Acropole, on n'en a pas croisé d'autres faisant la même chose. Mais jour après jour, nous sommes devenus plus nombreux. Maintenant aussi, le courant de résistance enfle", espère Manolis Glezos.


Biographie de Manolis Glezos

Homme politique et écrivain grec, député du PASOK puis de la SYRIZA, né le 9 septembre 1922 dans le village d'Apiranthos, sur l'île de Naxos. Il est particulièrement connu pour sa participation à la résistance contre l'occupation allemande de la Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1939, alors qu'il était encore lycéen, Glezos participa à la création d'un groupe anti-fasciste luttant contre l'occupation du Dodécanèse par l'Italie et contre la dictature de Ioánnis Metaxás. Lors de l'invasion de la Grèce par l'Italie, il décida de s'engager dans l'armée pour être envoyé sur le front albanais, mais sa demande fut rejetée en raison de son âge. Pendant l'occupation de la Grèce par l'Allemagne nazie, il travailla pour la Croix Rouge et la municipalité d'Athènes, et s'engagea dans la résistance.
Le 30 mai 1941, il monta au sommet de l'Acropole en compagnie d'Apóstolos Sántas et déroba le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis le 27 avril 1941, date de l'entrée des troupes allemandes dans Athènes. Ce geste fut le premier acte de résistance en Grèce, et probablement un des tout premiers en Europe1. Manolis Glezos et Apostolos Santas furent condamnés à mort par contumace par les nazis. Le 24 mars 1942, il fut arrêté par les Allemands et torturé. Il fut de nouveau arrêté par les Italiens le 21 avril 1943 et emprisonné pendant trois mois. Le 7 février 1944, il fut de nouveau arrêté par des Grecs collaborateurs et passa sept mois et demi en prison avant de s'évader le 21 septembre de la même année.
La fin de la Seconde Guerre mondiale ne mit pas fin aux ennuis de Glezos. Le 3 mars 1948, en pleine guerre civile grecque, il fut jugé pour ses convictions politiques et condamné à mort à plusieurs reprises par le gouvernement de droite1. Mais ces peines capitales ne furent pas appliquées en raison des réactions à l'étranger et finalement réduites à une condamnation à perpétuité en 1950. Encore en prison, Manolis Glezos fut élu membre au Parlement hellénique en 1951 comme candidat de la Gauche démocratique unie (EDA). Après son élection, il fit une grève de la faim pour obtenir la libération des autres députés d'EDA qui étaient en prison ou exilés dans les îles. Il mit fin à sa grève de la faim lorsque les sept députés furent libérés. Il fut lui-même relâché le 16 juillet 1954.
Le 5 décembre 1958, Glezos fut de nouveau arrêté et condamné cette fois pour espionnage, un prétexte courant pour persécuter les militants de gauche pendant la Guerre froide. Les protestations et réactions en Grèce et à l'étranger — dont le Prix Lénine pour la paix — aboutirent à sa libération le 15 décembre 1962. Au cours de son deuxième emprisonnement pour raisons politiques après la guerre, il fut réélu député d'EDA en 1961. Lors du coup d'État du 21 avril 1967, Glezos fut arrêté à 2 heures du matin, avec les autres dirigeants politiques grecs. De 1967 à 1974, sous la dictature des colonels dirigée par Geórgios Papadópoulos, il subit quatre années d'emprisonnement1 et d'exil jusqu'à sa libération en 1971.
Au total, pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile grecque et le régime des colonels, Manolis Glezos passa 11 ans et quatre mois en prison et 4 ans et 6 mois en exil.
Après la restauration de la démocratie en Grèce, en 1974, Glezos participa à la relance de l'EDA. Lors des élections législatives de 1981 et de 1985, il fut élu député sur les listes du PASOK. En 1984, il devint député au Parlement européen, à nouveau sur une liste PASOK. Il fut président de l'EDA de 1985 à 1989. Entre-temps, en 1986, il se retira du Parlement, afin de tenter une expérience de démocratie à l'échelon local, dans la commune d'Aperathu. Il fut élu président du conseil municipal en 1986. Ensuite, il abolit les privilèges du conseil, introduisit une « constitution » et mit en place une assemblée locale qui avait le contrôle total sur l'administration de la commune. Ce modèle fonctionna pendant plusieurs années, mais l'intérêt de la population diminua et l'assemblée fut abandonnée. Glezos en resta le président jusqu'en 1989. Aux élections législatives de 2000, il conduisit la liste de Synaspismos (en français : Coalition), un parti de la gauche radicale. En 2002, il forma le groupe « Citoyens actifs », partie de la Coalition de la gauche radicale, une alliance avec le Synaspismos et d'autres petits partis de la gauche grecque, et présenta sa candidature pour être préfet de l'Attique.
Le 5 mars 2010, lors d'une manifestation contre le plan de rigueur destiné à réduire la dette de la Grèce, Manolis Glezos fut victime de tir de gaz lacrymogènes sous le regard de nombreux appareils photos. Il dut être soigné à l'hôpital sans que ses jours soient en danger. Cet évènement eut lieu lors d'affrontements avec la police qui se déroulèrent pendant la manifestation. Il a été relaté à de nombreuses reprises par les manifestants qui ont mis en avant la figure historique de Manolis Glezos comme symbole de la répression et de l'injustice policière.
Le 12 février 2012, lors d'une manifestation de plus de 80 000 personnes sur la place Syntagma, devant le Parlement, pour protester contre l'adoption du plan d'austérité imposé par l'Union européenne, il tenta avec le compositeur Mikis Theodorakis de pénétrer dans le Parlement, mais en fut empêché par la police. Theodorakis et lui réussissent finalement à entrer au titre de leur statut d'anciens députés et assistent au vote1.
Candidat aux élections législatives grecques de juin 2012 avec la coalition de la gauche radicale, il a déclaré que la Grèce devait annuler l'accord créancier avec l'Union Européenne et le fonds monétaire international.


Interview de Manolis Glezos, combattant antifasciste et député de Syriza : "Nous devons sortir de l'esclavage du capital"
        
Manolis Glezos est un combattant infatigable au long cours, député de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) et célèbre pour l'action qui a donné le coup d’envoi à la Résistance en 1941, lorsqu’il arracha le drapeau nazi planté par les forces d'occupation allemandes sur l’Acropole d’Athènes.
Manolis Glezos note que, même si la coalition de gauche n'a pas remporté les élections législatives, elle a quand même connu une victoire car pour la première fois apparaît une gauche qui "ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés". Il assure vouloir que la Grèce reste dans les institutions européennes, mais avec un autre modèle, l'Europe des peuples et non celle des multinationales.

A presque 90 ans, vous êtes toujours un militant de gauche de premier plan. Comment évaluez-vous les résultats électoraux obtenus par Syriza le 17 juin?

Je pense que notre défaite est due à trois raisons principales : la première, que tout le monde connait, a été la forte pression à laquelle nous avons été soumis de la part des médias et des dirigeants européens ont fait tout ce qui a été en leur pouvoir pour terroriser les gens face à la perspective d’une victoire de Syriza. La seconde raison est qu’en Grèce, il n'ya pas de vote par correspondance, et une grande partie des électeurs sont inscrits sur leurs lieux de naissance, et qu’ils doivent donc aller voter là-bas. Ces deuxièmes élections en un peu plus d'un mois, ont fait que beaucoup de nos gens n’ont pas pu aller voter par manque d'argent pour le voyage. D'où la forte abstention. Et troisièmement, beaucoup de dirigeants de Syriza message ou n'ont pas tenu un discours homogène ou n’ont pas réussi à bien l'expliquer, surtout dans le domaine économique, ce qui a été exploité par les médias pour tromper les gens, en présentant des messages fragmentés ou apparemment contradictoires. Mais malgré tout cela, ces élections ont été une victoire pour Syriza. C’est la naissance d’une nouvelle gauche, qui n'a rien à voir avec les courants idéologiques du XXe siècle. La nouvelle gauche ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés, en cherchant tous ensemble les solutions dont on a besoin, pour arriver au pouvoir tous unis.

Combien de temps faudra-t-il pour qu’éclate la colère sociale contre la politique du nouveau gouvernement, dirigé par le parti conservateur Nouvelle Démocratie?

Il est difficile de mettre une date. Comme c’est la première fois qu’on assiste à une percée si importante de la gauche, je pense que les puissances internationales ne vont pas faciliter les choses pour le mouvement populaire et vont essayer de le freiner par des concessions au nouveau gouvernement. Certes, nous recevrons plus d'aide que prévu, pour essayer ainsi de marginaliser la gauche. Mais cela signifiera que nous serons enchaînés à la dette pour plus d'une décennie. Peut-être les retraites et les salaires ne seront pas abaissés  pour éviter les manifestations, mais l'avenir de notre peuple sera de toute façon hypothéqué.

Quelle sera l'attitude de Syriza dans cette nouvelle étape?

Nous sommes prêts à combattre, au Parlement et dans la rue. Nous dévoilerons ce qui se passe vraiment en Grèce. Nous allons nous concentrer sur la reconquête de la souveraineté de l'État grec. Nous n'avons pas besoin de sauveurs, ni des prêteurs ni des marchés. Nous ne sommes pas en train de dire qu’il faut nous isoler, notre politique est avec l'Union européenne.

Vos positions sur l'Union européenne sont parfois ambiguës. Pourriez-vous préciser si vous êtes favorables ou non à une poursuite du chemin dans les institutions européennes?

Nous sommes un pays européen et nous voulons appartenir à ses institutions, mais aussi travailler pour un autre modèle. Nous allons nous battre pour une Europe des peuples plutôt que des multinationales. Ils nous disent que nous devons quitter l'UE si nous ne sommes pas d'accord avec ces politiques, mais nous ne sommes pas non plus en faveur des politiques de la Grèce et nous ne sortons pas d’elle pour autant. Nous voulons y rester, et que tous les pays y restent. Comme avec l'ONU, où aucun pays n’envisage de la quitter, même s’il n’est pas d’accord avec ses règles de fonctionnement. Le problème n'est pas celui de l'euro ou de la drachme. L’important n'est pas de sortir d’une monnaie mais de sortir du capitalisme. J'ai été dans de nombreuses prisons, certaines meilleures et d’autres pires, dans certaines on avait du café, dans d’autres non. Beaucoup de prisonniers avaient envie d'aller dans les meilleures prisons, mais pour moi, il a toujours été clair que ce que je voulais, c’était sortir.  Ce dont il faut sortir, c’est l’esclavage du capital.

Maintenant que Syriza a grandi et occupe la place de principal parti d'opposition, ne court-elle pas le risque de s’embourgeoiser et de finir comme le PASOK, qui avait initialement un programme vraiment à gauche?

Non, cela n'arrivera pas avec Syriza. Notre coalition est composée de forces réparties sur un éventail idéologique large, qui va de groupes anarchistes à des secteurs de la gauche du PASOK, en passant par des trotskistes et des maoïste. Syriza est appelée à régénérer la gauche, ce qui est une nouveauté. Il ne s’agit pas, comme je l'ai dit, de conduire le peuple, mais de marcher avec lui. C'est ce qui nous distingue. Ce n’est pas une politique improvisée, derrière cette conception il y a de nombreux débats, qui continuent, sur le moyen d'arriver au pouvoir avec le peuple. Juste un exemple. Au cours de cette dernière campagne électorale ont eu lieu d'innombrables réunions où les gens ont apporté des contributions et des suggestions, ce qui a donné lieu à un échange fructueux d'idées. Avec tout cela on a confectionné le programme qui a pris en compte 80% des décisions prises lors des diverses réunions. Nous avons préféré les convoquer dans les villages et les quartiers, de manière à ce qu’elles ne soient pas trop grandes et aboutissent à quelque chose.

Vous avez déjà mené à la fin des années 80 une expérience de démocratie directe dans votre village. Comment ce projet a-t-il fini ?

Mon village, Apiranthos est situé sur l'île de Naxos et a une population de 1 100 habitants. Après  ma victoire aux élections locales on a décidé de créer une constitution locale qui établisse les bases d'une approche participative, en ce que l'assemblée des citoyens avait le contrôle total sur les affaires de la ville. Nous sommes arrivés à avoir cinq musées, trois bibliothèques, deux universités, deux collèges et une station météo. Le projet a été liquidé quand le gouvernement central a unifié les entités locales et les petites municipalités ont disparu.  Maintenant, tous les villages de Naxos fonctionnent sous un seul conseil municipal dominé actuellement par Nouvelle Démocratie.

Sources :

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (2)

cedric
salut,
peut-on trouver des coordonnées pour le contacter ?
merci d'avance,
Cédric
Chien Guevara, Webmaster
  • 2. Chien Guevara, Webmaster | 12/03/2015
Désolé Cédric, je n'ai ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail, ni lien vers site, à te fournir pour entrer en contact avec lui.

Bien fraternellement à toi

Chien Gué

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Date de dernière mise à jour : 31/01/2013

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