Le vrai scandale que révèle l’affaire Spanghero, et les lobbying qui manipulent l’information

Préface à l’attention de tous les journalistes d’investigations, tous les blogueurs fouineurs, tous les non-alignés, les non soumis à la pensée unique et aux versions officielles :
Lorsqu’un sujet m’interpelle, et que je souhaite en parler, j’ai l’habitude, après avoir trouvé des sources qui pourraient m'être utile, de me créer un fichier word où j’insère le lien vers les articles en question.
Suite à des expériences décevantes, je me suis perfectionné. Pas compris ? Je vous précise !
Il m’est arrivé plusieurs fois de repérer un article « scoop » ; et hop, je  copie son lien dans un fichier word  qui me servira d’outil de travail pour mes investigations. Hors, parfois, cet article que je trouve intéressant a été modifié, et voire supprimé, entre le temps où je l’ai repéré et le temps (oui, ok, je ne suis pas un rapide) où je m'attache à l’exploiter.
Ayant plusieurs fois laissé filer des infos qui me croustillaient sous le palais, et que je n’ai jamais pu retrouver,  j’ai désormais le réflexe suivant : juste en dessous du lien qui m’intéresse, dans mon fichier word de travail, je fais un copier/coller de son contenu, ou du moins des parties qui pourraient me servir … au cas où .

Donc, le cas échéant, percevant très bien le problème des lasagnes de Spanghero, et de l’industrie alimentaire, je comptais faire un article qui se serait appelé un truc du genre : «  Minerai de viande, le vrai scandale que révèle l’affaire Spanghero ».
Outre le scandale alimentaire que je connaissais, un réel scandale de désinformation m’est soudain apparu ; en temps réel et in vivo en plus ! Pour m’expliquer, voici ci-dessous les résultats de mes recherches sur wikipedia à une semaine d’intervalle:

Recherche  wikipedia le 16 février sur « minerai de viande »: Le minerai de viande est un ingrédient de l'industrie agroalimentaire pour la préparation de steaks hachés et de plats cuisinés comme les lasagnes, le hachis parmentier et la moussaka. Il consiste en un bloc de dix à vingt-cinq kilogrammes, rassemblant les chutes de découpe de la viande, des morceaux de graisse, du collagène et des fragments d'os et de cartilage.
Il peut être composé de viande de bœuf, de porc, de cheval ou encore de volaille. Son utilisation dans les plats cuisinés a été médiatisé dans l'affaire du « horsegate » où du minerai de viande de cheval a été frauduleusement utilisé dans des préparations culinaires vendues comme « à la viande de bœuf ».

Même recherche  wikipedia le 22 février : Le minerai de viande est un ingrédient de l'industrie agroalimentaire pour la préparation de steaks hachés et de plats cuisinés comme les lasagnes, le hachis parmentier et la moussaka. Il consiste en un bloc de dix à vingt-cinq kilogrammes, il correspond à des ensembles de muscles et de leurs affranchis (morceaux de viande produits exclusivement lors de la découpe), y compris les tissus graisseux y attenant, provenant de viandes fraîches découpées et désossées, réfrigérées, congelées ou surgelées
    « Conformément à l’article 6 du décret n°97-742, les viandes hachées ne peuvent être préparées à partir de chutes de découpe ou de parage. L’utilisation de viandes séparées mécaniquement (VSM) de ruminants, des muscles du cœur et des abats ainsi que l’ajout d’os sont interdits. »
Il contient en particulier des morceaux qui ne peuvent être vendus au public en l'état : trop petit, trop dur, etc. Il peut être composé de viande de bœuf, de porc, de cheval ou encore de volailles.
Début 2013, la fraude à la viande de cheval de 2013 révéle que du minerai de viande de cheval a été frauduleusement incorporé dans des plats cuisinés vendus comme « à la viande de bœuf ».

Quelques petites différences non négligeables, on dirait. Qui donc a fait modifier les « petits détails » ? Un consommateur ? Un citoyen ?
Et si maintenant, on regardait ce qu’est vraiment le minerai de viande, juste par curiosité, pour voir si wiki a bien fait de corriger…

Je vous livre ci-dessous deux articles, et si ça vous dit le texte officiel définissant la malbouffe, car c’est en fait le terme adapté à cette arnaque économique, qu’est le minerai de viande (qu’il soit de bœuf de cheval, ou autre, d’ailleurs) :

Minerai de viande : « Avant, on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat »

Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89
 
La « viande » de nos plats préparés porte le nom de minerai, « des bouts de machin, de gras notamment, catégoriquement de la merde. Il y a 40 ans, cette matière allait à l’équarrissage pour être brûlée », nous dit un expert.

Ma mère n’a jamais cuisiné. J’ai passé mon enfance à manger des petites quiches vertes toutes molles et des lasagnes à la bolognaise surgelées.

Le scandale de la viande de cheval 100% pur bœuf a éclaté la semaine dernière, et aucune surprise pour moi : je me doutais bien que ce qu’il y avait dans ma moussaka micro-ondée n’était pas de la vraie viande, saillante et fraîche.

Ces petits bouts de trucs marrons étaient denses sous la dent et je crois que cela me suffisait. La sauce rouge (je n’ose plus affirmer que c’était de la tomate) faisait passer le tout. Cela ne m’a jamais empêché de dormir.

Je ne pensais pas qu’on me mettrait un jour face à la triste et dégoûtante réalité : j’ai mangé des centaines de kilos de « minerai de viande » donc de déchets.

C’est un article publié sur Rue89 par Colette Roos qui m’a appris l’existence de ce mot. Certains de mes proches l’avaient découvert en écoutant France Inter ce week-end et ils sont restés bloqués sur des images de terrils, de sidérurgie.

En cliquant sur le mot « minerai » – une page Wikipédia a aussi été créée le mardi 12 février – je suis tombée sur cette définition :

« Un mélange de déchets à base de muscles, d’os et de collagène. »

C’est le mot « collagène » qui m’ennuie le plus.

« Celui qui a haché le minerai a arnaqué »

Colette renvoie aussi vers le blog de Fabrice Nicolino, sur lequel est posté un document officiel [PDF] : la spécification technique n°B1-12-03 du 28 janvier 2003 applicable aux viandes hachées et aux préparations de viandes hachées.

A sa lecture, cela se confirme. On peut donc mettre du « minerai » dans la viande hachée, « qui provient des muscles striés et des affranchis » (y compris les tissus graisseux).

Donc : après avoir découpé les morceaux « nobles » (entrecôte, faux-filet...) du bœuf, l’abattoir récupère les chutes non commercialisables, un bloc de 5 ou 10 kg vendu aux industriels pour la fabrication des plats préparés : boulettes de viande, raviolis, lasagnes, hachis parmentier.

Cela représente 10% à 15% de la masse de l’animal.

« De l’âne et du mulet, personne ne s’en rendra compte »

L’affaire des lasagnes Findus devient plus compréhensible.

Il est impossible de confondre un steak de viande bovine et un steak de cheval, c’est facile de faire la différence même pour moi et les types de Comigel – fournisseur de Findus et de Picard – ne s’y seraient pas laissé prendre. Même en petits morceaux, les deux matières ne se ressemblent pas : la viande bovine est plus rouge, plus grasse, elle n’a pas la même tenue.

Mais, à l’inverse, on peut prendre du minerai de porc ou de cheval (haché) pour un minerai de bœuf, très facilement. Constantin Sollogoub, ancien inspecteur des abattoirs à la retraite, m’explique :

« Quand le minerai est haché il devient un magma prêt à entrer dans les plats préparés. On ne peut plus savoir ce que c’est qu’avec des tests poussés. La mixture peut également contenir de l’âne et du mulet, personne ne s’en rendra compte. Celui qui a haché le minerai et qui a réalisé le mélange entre le bœuf et le cheval est celui qui a arnaqué. Les autres se sont fait avoir. »

Il note qu’il est aussi possible de retrouver des parcelles de viande de porc dans des produits halal : c’est déjà arrivé et c’est bien plus grave.

« Même pas bon pour les chats »

Constantin Sollogoub est un ancien vétérinaire libéral, sympa, enrôlé par l’Etat pour faire des inspections dans sa région (Nevers). Il nous dit qu’il connaît bien la Roumanie, pour y être allé dans le cadre de son association « Coopération et Échanges vétérinaires » . Selon lui, « au passage », on y trouve surtout des vaches à lait et la viande qui en est issue est de mauvaise qualité.

Constantin Sollogoub se doutait qu’un scandale allait éclater un jour. A propos du minerai, il dit en se marrant :

« Ce sont des bouts de machin, de gras notamment. En fait, c’est catégoriquement de la merde. Il y a 40 ans, cette matière allait à l’équarrissage pour être brûlée. Les industriels n’osaient même pas en faire de la bouffe pour chat.

Là-dessus, nos grandes maisons auréolées de luxe et de qualité, comme Picard, ont décidé que c’était du gâchis... Avec les progrès de la chimie additionnelle, c’est devenu possible d’en faire quelque chose. C’est presque bon à manger, ça a bonne allure. Ces morceaux sont donc ramassés, mis en bloc et congelés et ils se baladent à droite et à gauche. »

Source : http://www.rue89.com/2013/02/14/le-minerai-de-nos-lasagnes-cest-carrement-de-la-merde-239612

 

Mais au fait, c’est quoi le minerai de viande ?

Jean-Claude Jaillette - Marianne

La crise des surgelés pur bœuf farcis au cheval nous aura fait tomber sur un os : la viande n’est pas toujours de la viande, mais une drôle de matière première carnée qui… À lire avant le repas !

conanil cc flickr« Minerai ». Ce mot qu’on croyait faire partie du lexique de l’extraction du charbon ou du cuivre vient de faire une entrée fracassante au rayon boucherie. Par la grâce de la viande de cheval qui s’est frauduleusement glissée dans la farce des lasagnes Findus et Picard, aucun Français normalement informé ne peut plus ignorer que le « minerai de viande », conditionné sous forme de pains, a non seulement la particularité d’entrer dans la fabrication des plats préparés, mais en outre celle de voyager à travers l’Europe, de Chypre au Luxembourg en passant par le Pays Basque et les Pays-Bas.

 Concrètement, que se cache-t-il donc dans ces pains de viande bas de gamme que personne n’ose appeler « morceaux », « pièce » et encore moins « quartiers » ? « C’est tout ce qui reste une fois la viande découpée et qui, malgré son aspect, est propre à la consommation, explique Gilbert Mouthon, ancien professeur à l’école vétérinaire d’Alfort et expert auprès des tribunaux. En clair, tout ce qui, une fois haché, ressemblera de toute façon à de la viande. » À condition de ne pas y regarder de près.

 Une réglementation (n°B1-12-03 du 28 janvier 2003) précise la composition du minerai : « Des ensembles de muscles striés et de leurs affranchis, y compris les tissus graisseux y attenant provenant de viandes fraîches. » Les affranchis ? Quésaco ? Une note de bas de page nous affranchit, justement : « Les morceaux de viande produits exclusivement lors de la découpe débarrassés des aponévroses [les membranes, NDLR] et des glandes. » Bon appétit… 

 En théorie, le minerai pourrait résulter d’une démarche écologique consistant à ne pas perdre de bonnes protéines animales pas très présentables dans les rayons d’une boucherie. Sauf que. « Il faut voir ce qui se passe dans les ateliers de découpe avant l’arrivée des vétérinaires, entre 4 h et 6 h du matin, raconte Gilbert Mouthon. J’ai le souvenir d’avoir accompagné un juge d’instruction au cours d’une perquisition dès potron-minet dans un atelier dont je tairai le nom puisque l’affaire est toujours en cours. Tout ce qui traînait sur le sol après la découpe partait au minerai, après avoir séjourné dans le sang et toutes sortes de déjections. » Vous reprendrez bien un peu de lasagnes ?

 En 2007, le scandale du corned-beef produit par l’entreprise angevine Covi avait révélé que, dans ces pains de viande, on pouvait trouver non seulement des aponévroses, des tendons, des nerfs, des bouts de viscères, mais aussi des morceaux de viande marqués par des abcès purulents. « Aucun risque sanitaire, nous avait répondu à l’époque un dirigeant de Covi, la viande est stérilisée ! » À la suite de cette découverte, 750 000 boîtes de corned-beef bas de gamme avaient été retirées du marché, et plusieurs fournisseurs de Covi mis en examen, dont Arcadie Sud Ouest qui a racheté en 2009 l’entreprise Spanghero… aujourd’hui au centre du trafic de viande cheval. Toujours la même mauvaise farce.

Source : http://www.marianne.net/Mais-au-fait-c-est-quoi-le-minerai-de-viande_a226785.html


L’industrie agro-alimentaire est un énorme marché au même titre que le pharmaceutique. Pour cette dernière des scandales économiques sont révélés chaque jour (sang contaminé, Servier et autres) ; pour le quotidien de tout un chacun qu’est la bouffe, cette histoire n’est qu’un début...
Et pour vous prouver que ces gens là ont bien plus de pouvoirs que nos administrations, lisez donc comment ils se permettent d'attaquer les institutions :

Lasagnes : la plainte de Findus embarrasse l’administration

Jean-Claude Jaillette et Frédéric Ploquin

La première plainte a été déposée devant le tribunal de Paris. Elle émane de Findus, qui s’estime victime de tricherie et d’escroquerie. L’histoire que raconte la marque ne coïncide pas exactement avec la version de l’administration. Rodéo en perspective.


SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

La réputation de Findus est abimée. Menacée même tant la confiance entre la marque et les consommateurs est entachée par la présence inopportune de cheval dans ses lasagnes « pur bœuf ».

Furieux de s’être fait berner par leur fournisseur Comigel, la marque vient de contre-attaquer en déposant une plainte contre X le 18 février dernier, par l’intermédiaire de son avocat, maître Thomas Bidnic. Marianne a pu en consulter le contenu. Sa rédaction apporte des éclairages nouveaux sur ce qui s’est réellement passé.

Pour étayer sa plainte et faire la preuve de sa réactivité dès qu’elle a eu connaissance des premières informations venues d’Angleterre concernant la présence de viande de cheval dans des hamburgers, la marque revient sur la chronologie des événements. Les services de répression des fraudes français n’en sortent pas particulièrement à leur avantage, contrairement à l’image que le ministre de la consommation, Benoît Hamon, a tenté de donner d’eux.

Le 30 janvier 2013, Findus UK a découvert la présence de viande de cheval dans une des recettes de lasagne « 100 % viande de bœuf ». Findus France se rapproche immédiatement de son fournisseur, Comigel, et lui demande des explications. Ce dernier déclenche sur-le-champ un audit chez son fournisseur Spanghero. Comigel découvre alors que Spanghero a reçu de la viande de cheval en provenance de Roumanie qui est ressortie de son usine étiquetée viande de bœuf « sans qu’aucune transformation du produit, précise la plainte, ne justifiait l’apposition de cette nouvelle marque ».

Selon le contenu de sa plainte, Findus ne perd pas de temps : dès le 4 février, la marque informe la Direction Départementale de la protection des populations (DDPP) de la Seine-Saint-Denis, son siège social se trouvant dans ce département. L’accueil est froid : « l’Administration s’abstenait de toute recommandation au motif qu’il s’agissait seulement d’un problème de non-conformité d’étiquetage et non de santé publique. »

Il a fallu attendre le 8 février 2013, une fois connus les résultats des tests ADN commandés par Findus sur ses propres produits pour que ces derniers soient retirés des congélateurs des magasins, toujours à l’initiative de la marque… et que la DGCCRF se soucie de l’affaire. Soit trois jours après la date officielle indiquée par le gouvernement qui précisait qu’elle s’est « aussitôt mobilisée, dès le 5 février ».

Ne restait plus à la DGCCF qu’à se saisir des investigations de Findus qui dès le début février désignait Spanghero comme responsable de la fraude. Et surtout à se congratuler de sa propre rapidité… qu’elle s’est en réalité appropriée.

Findus de son côté s’estime victime de tromperie, de faux et d’escroquerie. L’addition risque d’être lourde.
 
 

 
Et je conclurais avec ce commentaire d’un lecteur de Marianne, car c’est lui qui a raison :
Posté par xxx le 22/02/2013
« Désolé Findus : les grandes boites on les laisse faire les contrôles en interne . Apparemment sur ce coup il y a eu comme de la légèreté . C'est pas le tout de claquer des fortunes en publicité . C'est pas une garantie sur la fiabilité d'un produit . Et tout un secteur est sinistré à cause de votre "légèreté" . Y compris des boites sérieuses si j'ai bien compris . Et quoi que vous disiez la marque est responsable .
Si Philips , par exemple , sort un produit sous traité en Europe de l'est ou ailleurs et s'il est défectueux ce serait Philips le responsable . Sinon c'est trop facile . »    
 

 

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Date de dernière mise à jour : 25/02/2013

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