La France et les essais nucléaires

Rappel des faits

Pendant 36 ans, la France a empoisonné la terre et le ciel pour mettre au point ses bombes atomiques. Tout a commencé au temps des colonies. Le 13 février 1960 au centre du Sahara algérien à Reggane le baptême du feu commence.
Sans grande protection, les militaires sont envoyés au casse-pipe radioactif. Le cancer et les maladies frapperont beaucoup d'entre eux plusieurs années plus tard.
La France, abandonne le ciel algérien pour son sous-sol afin de moins polluer. De novembre 61 à février 66, treize tirs en galerie sont effectués. 4 d'entre eux sont mal confinés et laissent échapper un nuage radioactif.
L 'indépendance algérienne oblige la France à chercher d'autres cieux pour ses expériences. C'est dans un cadre idyllique, en Polynésie que l'atome français prend ses quartiers. Le 2 juillet 1966 a lieu le premier essai nucléaire aérien sur l'atoll de Mururoa. Il y en aura 46. A partir de 1976 la france plonge sous les lagons de Fangatofa et de Mururoa pour 146 essais sousterrains.
Les anti-nucléaires réclament la fin du saccage. François Mitterrand continue la politique gaulienne. En juillet 1985, il fait même sauter le Rainbow warrior, le bateau de Green Peace qui voulait s'opposer aux essais.
Sous la pression, François Mitterrand décide un moratoire. Le président Chirac reprend les tirs. Six au total. Un boycott international est lancé contre la France. Jacques Chirac fait marche arrière. Le 27 janvier 1996 a lieu le dernier essai nucléaire français dans le Pacifique sud.

L'essai raté Béryl d'In Ekker (Sahara, mai 1962)

 

Il y a quelque chose qui a foiré .....

Témoin

Heureusement, je suis équipé....

essai beryl

La montagne, complètement cachée par le nuage de matière radioactive

Le premier mai 1962 les Français ont effectué un essai nucléaire souterrain à In Ecker, au Sahara. Pierre Messemer et Gaston Palewski, ministres, étaient présents (Messmer était à cette époque ministre de la défense). Le tir fut effetué dans une galerie creusée dans un montagne, en forme de spirale, bouchée par du béton armé par des poutrelles métalliques. Un système avait été aménagé pour permettre à des fils conduisant à des instruments de mesure de passer. Lors de l'explosion le système d'obturation de cet orifice céda et il y eut rejet de matériaux radioactifs à l'extérieur. Ces photos ont été prises quelques instants après la mise à feu.

Au premier plan, des observateurs munis de caméras, portant des tenues de protection des plus sommaires. Deux ont la tête découverte. Ils ne sont pas équipés de masques. La vent rabattit le nuage vers les présents, le phénomène déclenchant une véritable panique. Messmer qui, étant donné la température ambiante avait refusé tout équipement, prit la fuite en voiture mais son chauffeur, au moment où la voiture traversait le nuage radioactif, laissa en fonctionnement l'air conditionné. Les deux ministres furent irradiés. On ne dispose pas du bilan exact de l'accident mais ces photographies donnent une idée de l'importance des rejets.

Un tunnel en forme de colimaçon avait été, aux dires mêmes de Messmer, creusé dans une montagne de granit. Plus exactement, une galerie en forme de colimaçon terminait une galerie rectiligne longue d'un kilomètre, terminée par un bouchon de béton. L'obturation lâcha et une énorme masse de débris radioactifs fut éjectée. Messmer déclara avoir été irradié, mais vit toujours ( il a 89 ans ). Gaston Palewski mourut d'une leucémie en 1984. Messmer confirme que Palewski fut toujours persuadé d'avoir contracté son cancer à la suite de son irradiation. Les documents projetés et les témoignages recueillis qui furent présentés lors de cette émission son éloquents. Qu'il s'agisse du Sahara ou de Mururoa aucune précation n'était prise pour veiller à la sécurité des militaires. Ceci tranchait avec les précautions prises par les civils, travaillant pour le compte du CEA. Lors des explosions aériennes au Sahara on envoya un hélicoptère survoler le "point zéro" quelques minutes après l'explosion, sans que celui-ci ne soit équipé de capteurs. On envoya aussi un char évoluer au dessus de ce terrain vitrifié par la boule de fe , sans qu'il soit non plus doté de moyens de mesure et que ses servants soient équipés de tenues de protection. Comme commente simplement Messmer, Ministre des Armées à l'époque : " les Américains et les Russes faisaient pareil, alors on faisait comme eux ".

Le pilote de l'hélicoptère devint aveugle. Pire encore, après l'explosion souterraine d'In Ecker on envoya de simples soldats "recueillir des échantillons dans le tunnel en forme de colimaçon". Ceux-là ne firent pas de vieux os. Leur système immunitaire ayant été atteint on dut les placer sous atmosphère stérile et leurs familles ne furent pas autorisées à les approcher.

Les essais nucléaires relèvent du secret défense. Il était donc impossible d'en faire état avant un délai de prescription de 60 ans. L'adjudant chef Jacques Muller, marié et père de cinq enfants, àgé aujourd'hui de 67 ans témoigne. Il a passé trente trois ans comme pilote d'hélicoptère dans l'Alat, aviation légère de l'Armée de terre. Il était présent lors de cet essai raté, effectué au voisinage de la base d'In Amguel. Il est frappé de cécité depuis 1987 et est persuadé que cette dégradation de son état est lié à son irradiation. Il a cherché des témoins et a finalement obtenu que Pierre Messmer, ancien ministre des armées et présent lors du titre soit entendu au titre d'une commision rogatoire.

Le témoignage de Pierre Messmer, du 5 décembre 1995 :

   J'ai été présent à In- Amguel en Algérie entre le 16 avril et le 14 mai 1962 pour assister à des essais nucléaires (...) J'étais accompagné de M. Gaston Palewski, lui même ministre de la recherche. Un incident est survenu à l'occasion d'un tir souterrain (...) entraînant une fuite de gaz et des poussières radioactives (...) Immédiatement, les personnels exposés ont été ramenés à la base vie et le soir, l'ensemble des personnes présentes sur le site, y compris les deux ministres, ont été soumis aux mesures habituelles de décontamination ainsi qu'à une visite médicale. Les vêtements ont été incinérés. Je me souviens que 4 ou 5 personnes ont été évacuées en métropole mais leur cas ne paraissait pas alarmant. Je ne saurai vous en dire davantage. Je précise à cet égard que l'ensemble des opérations de tirs nucléaires de cette époque sont toujours classifiés secret-défense.

L'ancien ministre du général de Gaulle déclarera un peu plus tard devant les caméras de la TSR en livrant d'autres précisions sur cette journée du 1er mai 1962:

   Nous étions en face d'une pollution extrêmement grave (...) et le vent a tourné d'un seul coup dans notre direction ». M. Messmer poursuit en admettant qu'il y a eut « beaucoup de problèmes d'organisation » et « une certaine panique ». Un témoignage qui recoupe précisément ceux des autres personnes présentes ce jour-là à In- Amguel, dont Jacques Muller, mais aussi, Gaston Palewski. L'ancien ministre de la recherche décédé quelques années plus tard d'une leucémie, a toujours soutenu que le mal qui le terrassait, était la conséquence directe de cet accident nucléaire.

Le témoignage de Jacques Muller (qui avait 25 ans à l'époque des faits) :

  On nous avait convié à venir assister à cet essai. Ça va être joli, nous avait-on expliqué. Nous étions en short et en chemise. Mais lorsque l'explosion s'est produite, une énorme flamme horizontale s'est échappée de la montagne face au PC de commandement (...) ... Alors là, je peux vous dire que l'exode de 1940 à côté, c'était rien. C'était la panique totale, le sauve qui peut général.

Le film montre une masse de témoignages de proches de militaires qui furent mêlés à des essais nucléaires, ce qui se termina rapidement par leur décès par cancer. Un officier avait été chargé de faire des prélèvement d'eau, en plongée, sur les lieux mêmes d'explosions souterraines sans combinaison protectrice est aujourd'hui décédé d'un cancer. Ailleurs on voit des pilotes de " Vautours", biréacteurs de l'aéronavale, chargés de foncer à travers les nuages radioactifs, immédiatement après les explosions, pour y faire des prélèvements. Aucun système de mesure de radioactivité à bord des avions, aucun dispositif de protection, si ce n'est des "pare-soleil" pour éviter d'être éblouis par les lueurs. Quand les avions se posent sur le porte-avion, les marins les manipulent à mains nues. L'aberration est partout.

Mururoa. Conséquences des essais nucléaires français

La France a procédé entre 1960 et 1996 à 210 essais nucléaires dont 17 au Sahara, 193 en Polynésie (167 à Mururoa, 14 à Fangataufa ).
C’est le 13 février 1960 que la France a effectué sa première expérience nucléaire militaire. Cette explosion nucléaire expérimentale a eu lieu dans le désert de Tenezrouf en Algérie.
A partir de 1966, la France ne pouvant plus poursuivre ses essais dans le désert algérien, choisit un nouveau site : Mururoa, un atoll du Pacifique.
Une journaliste de l’émission Thalassa a effectué une enquête sur l’impact des radiations sur la population polynésienne.

Mururoa n’est pas choisi au hasard. Cet atoll, situé à 18 000 km de Paris, est officiellement éloigné de toute présence humaine.
En réalité, l’île de Tureia n’est située qu’à 120 km et abrite 70 personnes. Si la France ne risque pas de subir les dégâts des nuages et des particules radioactives, il n’en va pas de même pour cette population, ni pour la population d’environ 5 000 personnes de ce secteur.

Atoll de Mururoa

On ne peut pas parler de méconnaissance du problème. En effet, plusieurs mois avant le premier tir nucléaire, un rapport classé secret défense faisait état des risques encourus par cette population.
L’existence de ce rapport a été révélée par Vincent Jauvert, un journaliste du Nouvel Observateur.

Les autorités françaises savaient donc que cette petite population était particulièrement fragilisée du fait du nombre important de vieillards et de femmes enceintes ou en âge de procréer.

Essais nucléaires et rapports tenus secrets

L’atoll de Mururoa n’est pas le seul concerné par ces essais. 14 tests ont également été effectués à Fangataufa.
En 1966, lors du premier essai français dans le Pacifique, on avait ordonné aux bateaux et aux aéronefs d’éviter la zone dangereuse dans un périmètre de 200 km.

Tureia se situait donc bien dans une zone à haut risque. Pourtant, la population n’a pas été déplacée.

Au contraire, chaque tir constituait un spectacle que ces gens admiraient sur la plage sans se douter que chaque « feu d’artifice » était une bombe mortelle à retardement.
Les militaires distribuaient après chaque spectacle de l’argent et de la nourriture. Pourquoi tant de sollicitude si nous n’avions rien à nous reprocher ?

Le gouvernement français n’a pris des mesures de prévention qu’une seule fois en 8 ans. Les habitants ont été évacués en 1968 lors du premier tir thermonucléaire sans qu’aucune explication ne leur soit fournie.

Les rapports établis par les médecins militaires sur l’état de santé de la population n’ont jamais été divulgués.

Pourtant, selon les chiffres officiels, 3 500 personnes ont été exposées à des accidents d'irradiation pendant les tirs de 1966 à 1974. Malgré ces chiffres alarmants, aucun suivi médical n’a été sérieusement effectué.

Les essais nucléaires souterrains ont débuté à partir de 1974.

En 1995, Jacques Chirac a autorisé l’armée à effectuer les huit derniers essais à Mururoa. C’est en janvier 1996, qu’il a annoncé sa décision d’arrêter les essais nucléaires.

Les tirs étaient commandés de ce bunker. C'est le seul bâtiment qui subsiste sur Mururoa

La dénucléarisation du Pacifique Sud a été promulguée en mars 1996 suite à la signature du traité de Rarotonga.

La France invite les savants étrangers

Le 28 septembre 1983, François Mitterrand a annoncé que la France invitait des scientifiques étrangers à visiter ses centres d’expérimentation nucléaire.
Cinq savants se sont rendus à Mururoa. Ils ont pu visiter une partie des installations pendant quatre jours.
Suite à cette visite, ils ont publié un rapport concluant à l’innocuité des essais nucléaires français.
La seule menace reconnue est le risque de fuites de gaz radioactif confiné dans la roche basaltique.
« Il n’y a pas d’indication de fuites à court terme, ont-ils écrit. Si elles devaient se produire, ce serait dans un délai de 500 à 1 000 ans ».

On ne peut remettre en doute la sincérité de ces scientifiques... Innocent

Explosion nucléaire souterraine effectuée sous le lagon de l'atoll de Mururoa. La surface du lagon se couvre d'écume sous l'impact

Il est vrai que plus de 2 000 prélèvements ont été effectués chaque année sur la flore et la faune afin de surveiller la radioactivité. Officiellement, il n’y a jamais eu le moindre problème. Nous verrons que d’autres rapports sont beaucoup plus alarmistes.

Un soldat ayant travaillé à Mururoa témoigne :
- Nous n'étions protégés de rien. Un jour j'ai vu des employés du CEA venir nettoyer des éléments métalliques au bord du lagon intérieur où nous étions en train de nous baigner. Il portaient des combinaisons qui leur couvraient tout le corps, et des masques. Ils nettoyèrent ces pièces avec une sorte de mousse que le vent entraîna vers nous, flottant sur l'eau du lagon. A aucun moment ils ne nous avertirent d'un danger quelconque.

Les conséquences des essais nucléaires

Etant donné l’absence de suivi médical, il est difficile de dresser un bilan exact des maladies et des décès directement liés aux irradiations.
Cependant, un chercheur de l’Inserm a établi qu’il y a en Polynésie deux fois plus de cancers de la thyroïde que partout ailleurs dans le Pacifique.
De plus, les irradiations provoquent des cancers de la peau et des leucémies. Malgré les statistiques de ce chercheur, les autorités françaises défendent le rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Ce rapport, établi à la fin des essais nucléaires en 1996, affirme qu’il n’y aura aucun effet sur la santé que ce soit à court ou à long terme.

On peut se demander si ce rapport est objectif. D’autant plus qu’en juin 2005, le tribunal de Brest a accordé à Michel Cariou, officier de marine à la retraite, une pension d’invalidité.
Le tribunal a ainsi reconnu qu’il y avait un lien entre son exposition aux rayonnements radioactifs à Mururoa et son cancer de la thyroïde.
Il faut souligner que 200 dossiers identiques sont en attente d’être jugés.


Sources : http://www.arte.tv/fr/3078016,CmC=3078680.html
               http://www.dinosoria.com/essai_nucleaire.htm
               http://www.jp-petit.org/Divers/Nucleaire_souterrain/in_ecker.htm

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Date de dernière mise à jour : 20/01/2012

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