Arche de Noé végétale

L’arche de Noé végétale

 
Sans le savoir, la Terre entière vient aujourd’hui de souscrire une assurance-vie écolo. Perdue dans l’océan Arctique, l’île norvégienne de Spitzberg - située à plus de 1 000 kilomètres du pôle Nord - voit le projet, vieux d’une vingtaine d’années, d’une chambre froide pouvant abriter les semences de la plupart des cultures vivrières de la planète (riz et blé, entre autres).

Enfin arrivé à son terme. Du premier coup de pioche, en juin 2006, à la pose de la dernière étagère, en novembre de l’année passée, quelque dix-sept mois auront été nécessaires pour achever la construction de cette Arche de Noé verte. La présence, aujourd’hui à Spitzberg, du président de la commission européenne, José Manuel Barroso, et de la lauréate 2004 du prix Nobel de la paix, la militante écologiste kenyane Wangari Maathai, témoigne d’ailleurs de l’espoir qu’elle suscite. Ce qui est demandé à cette arche d’un nouveau genre, c’est ni plus ni moins d’assurer la diversité végétale présente à la surface du globe.

Permafrost. Pour ce faire, les autorités norvégiennes ont construit dans la montagne trois chambres fortes situées à l’extrémité d’un tunnel long de 100 mètres. Ces trois entrepôts sont maintenus à une température constante de - 18 °C, afin d’assurer la survie des graines pendant plusieurs milliers d’années. Au total, c’est plus de 4,5 millions de graines qui vont reposer en toute sécurité dans le permafrost norvégien. Ce dernier, avec une température ambiante qui avoisine les - 6 °C, fait en réalité office de congélateur naturel et assure la survie des graines en cas de défaillance du système de refroidissement. S’élevant à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, ces chambres froides géantes sont censées échapper à la montée du niveau des océans, consécutive à la fonte des glaces du pôle Nord et du Groënland. Leur paroi en béton armé les place de surcroît à l’abri d’intentions malveillantes. Un système de caméras de surveillance et la présence d’ours polaires parachèvent la sécurité du site.

Une telle débauche de moyens pour des graines pourrait paraître extravagante si leur survie n’était pas menacée. Car menacée, elle l’est. Comme l’explique Julian Laird, directeur du développement au sein du Fonds fiduciaire mondial pour la diversité des cultures (FFMDC), en charge du projet, il s’agit de «sauvegarder les semences du monde menacées par les guerres, les tempêtes et le manque de financement». L’arche norvégienne abritera les doubles des semences conservées dans les quelque 1400 banques de gènes réparties à travers la planète. Elle fonctionnera ainsi comme une soupape de sécurité si elles venaient à disparaître. D’ores et déjà, les doubles des semences de pays ravagés par la guerre tels que l’Irak ou l’Afghanistan ont été acheminés pour y reposer en sécurité. Outre les conflits, les catastrophes naturelles constituent l’une des menaces majeures à la préservation des graines. Julian Laird cite l’exemple des Philippines, où un typhon a partiellement détruit la collection nationale de semences l’année dernière. Toutefois, le plus grand danger ne vient ni des conflits, ni des tempêtes. Ce dont pâtissent beaucoup de banques de gènes situées dans les pays en développement, c’est du manque d’argent. Sans financement, elles ne peuvent entretenir et régénérer leurs semences, dont beaucoup sont porteuses d’un patrimoine génétique unique au monde. L’arche norvégienne se faisait donc attendre. «Si la banque [norvégienne] avait existé il y a dix ans, on l’aurait déjà utilisée», justifie Laird. Financée entièrement par le gouvernement norvégien pour un total de 9 millions de dollars, la gestion du site a été confiée à la banque nordique de gènes. La fondation de Bill Gates participera, elle, au financement des frais d’expédition. Cependant, les pays d’origine restent propriétaires des doubles de leurs semences, lesquels ne sont censés être utilisés qu’en cas de grande urgence.

Evolutions. Un dernier ressort jugé utile par Jean-Marie Prosperi, mais pas suffisant. Professeur à l’école supérieure agronomique de Montpellier, il met en doute la capacité du projet à assurer la survie de graines pour une durée aussi longue que plusieurs milliers d’années. «Les graines ne peuvent se conserver éternellement dans un tel dispositif» , affirme-t-il, précisant que les évolutions génétiques des lots mis au congélateur ne sont pas bien connues au-delà d’une centaine d´années. «Par ailleurs, ce système de conservation exclut les espèces à multiplication végétative comme les arbres fruitiers, le café ou le cacao qui, elles, ne résistent pas au froid», explique-t-il. Il voit néanmoins un avantage : outre le fait d’offrir un soutien aux banques de gènes déjà existantes, le stockage des semences dans le permafrost, congélateur naturel, n’appelle pas de coût d’énergie trop important.

 

Une bien belle initiative ! Mais attention, une autre approche de la chose est possible ... En savoir plus ici : Attention, Monsanto rode

 

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