Uribe forme des ingénieurs en France

Saluons donc l’exploit de l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Metz qui vient de résoudre, avec la modestie et la discrétion qui sied aux véritables savants, le problème de recyclage des ordures. Annoncé sur le site de l’école, on apprend qu’Alvaro Uribe, président de la Colombie de 2002 à 2010, a été nommé « enseignant ». Comme souvent, la résolution d’une énigme soulève aussitôt de nouvelles questions qui demandent à leur tour une réponse, et ainsi de suite, jusqu’aux portes du Big Bang - où là, ça coince encore. Dans le cas qui nous intéresse ici, la question est celle-ci : Alvaro Uribe va enseigner, mais enseigner quoi ? Comment allier le trafic de drogue et son élection à la présidence d’un narco-état assassin ? Comment violer en masse les droits de l’homme ? Tout ça et un peu plus, peut-être ?

A moins que l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Metz ait décidé de devenir une filiale de l’Ecole des Amériques (alias l’école de torture des Etats-Unis pour les Amériques).

Assassin, narcotrafiquant et ... professeur d’université à Metz !

Sur le site de l'ENIM, avec son visage bien en évidence sur la page d’accueil, l'ancien mandataire est présenté comme le héros qui a sauvé Ingrid Betancourt. Il est aussi celui qui a lutté fortement contre le trafic de drogue au côté des USA et qui « a fait reculer l'insécurité de manière remarquable. » D'ailleurs, il est précisé que « ses succès contre les FARC et la réduction de la criminalité ont assis la popularité du président, qui était de 78% à la fin de son dernier mandat. »

Très bien, mais il faut savoir que les sondages se font par téléphone et que les 50% de Colombiens situés sous le seuil de pauvreté n’ont pas le téléphone. Parmi ceux qui sont au-dessus, 50% ne l’ont pas non plus. Donc 78% de 25% de la population nous parait être un critère insuffisant pour que l’ENIM soit fier de cet enseignant, surtout pour parler de développement économique.

D'autant plus que Uribe, considéré inculte et brutal dans son pays, n'a jamais été enseignant et encore moins ingénieur.

Il est d'abord un homme politique et d'autres chiffres sont à considérer dans le bilan de son mandat. Presque 6 millions de personnes ont dû fuir leurs régions d’origine. Certaines en raison de combats, mais la plupart sous la menace directe de paramilitaires, souvent alliés aux forces militaires. Après le départ des ces Colombiens, des puits de pétrole poussaient, des mines d’or se creusaient, des palmiers à huile se plantaient… Drôle de théorie du développement !

38 000 homicides durant son cours règne. 7 500 prisonniers politiques dont les deux tiers n'ont jamais touché une arme. 527 syndicalistes assassinés. Plus les femmes violées, les hommes mutilés, les enfants orphelins, les familles partis en exil. La Colombie est le pays le plus violent au monde.

Beaucoup de Colombiens connaissent dans leur famille quelqu'un qui a été victime des violences, des meurtres ou des attentats liés à la guerre à laquelle se livre les Farcs (force armée révolutionnaire de Colombie) face aux milices paramilitaires développées par Uribe dans les années 80 avec la création d'agences privées de sécurité appelées Convivir, véritables escadrons de la mort alors qu'il était gouverneur du département d'Antioquia en Colombie. Chez TEJE (voir plus loin), un membre fait référence à ceux qu'on appelle généralement les « faux positifs » en Colombie : « Je ne dis pas que je soutiens le mouvement des Farcs. Mais qu'Uribe s'est engagé dans une lutte contre eux uniquement à des fins politiques, tuant des jeunes colombiens pour les faire passer pour des guérilleros et gonfler ses statistiques de lutte contre les terroristes ». L'association TEJE estime à près de 3.000 le nombre de personnes « qui ont été tuées de sang froid et présentées ensuite comme des guérilleros morts au combat ».

Ceux qui dénoncent ou revendiquent leurs droits sont menacés, emprisonnés ou assassinés. Alvaro Uribe est aussi responsable du scandale des écoutes téléphoniques sur des centaines d'opposants ou simple défenseur des droits de l'homme, en Colombie et même à Bruxelles, sur des fonctionnaires européens.

Bien sûr, M. Uribe répondra que ce sont les terroristes qui sont la cause de tous ces malheurs. Ce que contredit pourtant l’ONU et Amnesty International : la majorité des crimes ont été commis par les paramilitaires, ensuite par l’armée et en dernier par les différentes guérillas.

La Colombie est aussi le pays de la cocaïne, tout le monde le sait. Mais ce que l'on sait moins est que ce propriétaire terrien, qui prétend avoir lutté contre le trafic, est accusé par la CIA d'être très proche du milieu.

Alvaro Uribe n' a jamais donné de sérieuses explications que puissent démentir sa complicité avec le plus puissant et sanguinaire cartel des drogues qui existe en Colombie, Le Cartel de Medellin et aussi les monstrueuses activités des escadrons de la mort, qu'il a crée lui-même sous le nom de coopératives de sécurité, CONVIVIR. En même temps qu'Álvaro Uribe Vélez faisait ses premiers pas en politique, ses relations d'amitié et d'affaires avec les principaux narco-criminels du nord de la Colombie se renforçaient au fur et à mesure que le narcotrafic se développait. Nous étions au début des années 80.

Avec le soutien des différentes familles et groupuscules mafieux du pays, le rusé et malhonnête politicien monte petit à petit les marches en direction du pouvoir absolu. D'abord comme simple fonctionnaire, ensuite comme directeur de l'Aéronautique Civil, puis comme gouverneur du département d'Antioquia (fief du narcotrafic), et enfin sénateur de la république en restant toujours lié à la mafia et au crime organisé.

C'est en août 2002 que ce sinistre personnage arrive à la présidence de la Colombie avec l'appui conditionné de la mafia et l'aval des Etats-Unis. Depuis, la terreur que vit le peuple colombien est quotidienne, les assassinats des syndicalistes, journalistes, indigènes, leaders populaires et défenseurs des droits humains ne s'arrêtent pas. Malgré sa prétendue lutte contre le trafic de drogues, des tonnes de cocaïne sortent continuellement des principales côtes et des aéroports du pays. Certains chefs de la mafia ont été arrêtés, mais d'autres prennent le relais immédiatement avec la complicité de hauts fonctionnaires, des forces armées et des politiciens de la droite colombienne qui a gouverné le pays avec une main de fer pendant cent quatre vingt ans.

La Colombie est devenue un Narco-Etat, où les droits les plus élémentaires sont bafoués quotidiennement, mais pour les gouvernements des Etats-Unis et de l'Union Européenne c'est une démocratie presque parfaite et son narco-président un digne chef d'Etat. Pour la presse internationale cette histoire du peuple colombien faite de sang, de terreur, de corruption et d' injustices n'existe pas. C'est un silence qui tue.

Cet homme politique, malgré toutes les controverses et les accusations, vient de devenir professeur dans le pays des Droits de l’homme. Ce n’est pas le premier essai de blanchir celui qui a amnistié les paramilitaires coupables de crimes contre l’humanité : il avait été désigné pour enquêter sur la flottille pour Gaza. Ses conclusions : l’armée israélienne avait bien fait son travail.

Les Droits de l’homme ne sont décidément pas sa spécialité. Selon lui, les ONG qui luttent pour la reconnaissance des victimes du conflit social en Colombie sont des alliées du terrorisme, comme les professeurs d’université et les journalistes critiquant sa politique, actuellement en prison. Son obsession du terrorisme-partout cache la réalité colombienne où un conflit social et armé sévit depuis plusieurs dizaines d'années.

Les étudiants de l’ENIM accepteront-ils longtemps les enseignements de cet homme politique que de nombreux Colombiens préféreraient voir en prison ?

Refus à la nomination d'Alvaro Uribe comme professeur en France

Nous, membres de l'Association TEJE, composée majoritairement d'étudiant(e)s colombien(ne)s et de diplômé(e)s d'institutions d'éducation supérieure en France, exprimons notre indignation face à la nomination récente d'Alvaro Uribe Vélez comme enseignant à l'École Nationale d'Ingénieurs de Metz (ENIM).

 Personnage controversé de l'histoire récente de la Colombie, ancien Président de la République de Colombie de 2002 à 2010, Alvaro Uribe a été impliqué dans de nombreux cas de violations des Droits Humains ; il est notamment accusé de s'être imposé dans le paysage politique grâce à des manœuvres exécutées en lien avec les narcotrafiquants et les leaders des armées paramilitaires, dont il a été, par ailleurs, promoteur dès les années 1980.

Des dizaines de parlementaires de son parti et des partis associés, certains de ses collaborateurs les plus proches et des membres de sa famille – dont son cousin et allié politique Mario Uribe, condamné le 20 février dernier – sont jugés et certains se trouvent aujourd'hui en prison pour avoir été instigateurs et complices de crimes commis en connivence avec les narco-paramilitaires.

Par ailleurs, il a espionné, à travers les services secrets de l'État (DAS), des opposants, journalistes, défenseurs des Droits Humains et même des membres du Parlement Européen, opérant une campagne pour les discréditer. Ses déclarations publiques ont mis en danger la vie de tout opposant à son gouvernement. Certains ont été poussés à l'exil.

Mais, plus grave pour nous, la jeunesse colombienne a été la victime principale du Président Uribe. Ce dernier a instauré une politique de récompenses à double tranchant. Dans un contexte de conflit armé existant depuis les années 1950, il promettait aux soldats des primes et des avantages pour chaque guérillero tué au combat. Ceci a déchaîné un des phénomènes les plus macabres de la dernière décennie : les « faux positifs ». Ce sont près de 3.000 personnes, selon les estimations, dont beaucoup étaient des jeunes des quartiers défavorisés, qui ont été tuées de sang froid et présentées ensuite comme des guérilleros morts au combat, augmentant les statistiques gouvernementales en faveur d’Uribe.

Cette même politique de récompenses a œuvré à l'intérieur des universités et des lycées. Nos jeunes ont été encouragés à participer au conflit armé. Alvaro Uribe a profité de leur vulnérabilité financière pour leur proposer un salaire en échange de dénoncer leurs condisciples, qu'ils soupçonnaient d'avoir des liens avec des guérillas. Cette mise en pratique d'une politique éhontée de chasseurs de récompenses est, pour le moins sur le plan éthique, fortement condamnable.

Toujours en dépit de la liberté et de l'autonomie des universités, la police et l'armée colombiennes ont fait irruption dans les établissements scolaires employant des balles réelles et faisant des victimes mortelles parmi les étudiants, comme ce fut les cas de Jaime Acosta à Bucaramanga, de Nicolas Neira à Bogotá et de Jhonny Silva à Cali, entre autres.

Dans des circonstances similaires, en 2010, Alvaro Uribe a été l'objet de polémique à l'Université de Georgetown, où 80 professeurs des États-Unis ont signé une lettre de refus pour sa présence dans celle-ci mais également dans d'autres institutions d'éducation. L'université a compris l'ampleur et le poids des protestations et elle a arrêté cette mission.

D'après un communiqué de l'ENIM, « L'École Nationale d’Ingénieurs de Metz ne pouvait pas rêver meilleur ambassadeur. On n’a pas tous les jours l’ancien président d’un pays comme professeur ». Certes, cela ne se reproduit pas souvent et c'est pour cette même raison que l'École devrait se garder de bien choisir ses invités. Il résulte inexcusable, par les temps qui courent, de légitimer des personnages contestés, voire sanctionnés par son propre peuple victime des dérives de leur pouvoir. La chute des dictateurs dans le monde arabe, autrefois reçus en grande pompe par le gouvernement français, nous le prouve.

Au nom des millions des victimes des massacres, des déplacements de force (l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés parle de 3,4 millions de réfugiés internes à cause du conflit), des attaques contre la liberté d'expression, nous exerçons notre devoir des concitoyen(ne)s, en faisant entendre ici notre voix et celle de tous les Colombiens et toutes les Colombiennes qui ont été, et qui continuent d'être les victimes de la guerre absurde qui se livre en Colombie. Une guerre exacerbée encore pendant les huit années d'Alvaro Uribe au pouvoir.

Association TEJE

TEJE (Travailler Ensemble Jeunes et Engagés) est un réseau d'associations en France, composé majoritairement par de jeunes Colombiens, Latino-américains et Français qui développent des activités de solidarité avec l'Amérique Latine.

 


 

EN COMPLEMENT:

Rapport officiel des services de renseignements US qui classe Alvaro URIBE, "parmi les plus gros narco-trafficants Colombiens". http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB...

 


Sources :

http://www.legrandsoir.info

michelcollon.info

France Soir

 asso@teje.fr

Radio Latinos

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