Les étudiants disparus au Mexique, du narcoterrorisme?

L'indignation au Mexique : reportage de Jean-Michel Leprince

Les familles des étudiants disparus pensent qu'ils sont encore vivants. Elles ne croient pas à la version officielle, selon laquelle ils auraient été assassinés et brûlés au-delà de toute reconnaissance possible par des narcotrafiquants du cartel des Guerreros Unidos, à qui la police municipale les aurait livrés.

 Depuis la disparition de 43 étudiants d'Ayotzinapa, le Mexique traverse des moments difficiles, et on parle de plus en plus de narcoterrorisme.

« C'est le gouvernement qui les retient, parce que le 26 septembre, ce sont des policiers qui les ont enlevés et livrés aux délinquants. Le gouvernement doit savoir, parce que la police et le gouvernement, c'est la même chose. Ils sont vivants. » — Hilda Legideño Vargas, mère de Jose Antonio Tizapa Legideño, disparu

L'indignation est grande, et le Mexique vit l'une de ses plus grandes crises récentes. Le sentiment est que la guerre au narcotrafic, lancée en 2006 par le président Calderon, a été perdue par son successeur Enrique Peña Nieto. On parle maintenant de narcoterrorisme.

« [Les cartels] sont très violents et cruels pour faire peur à la population d'une part, et pour faire peur aux autres cartels, aux gens qui sont tentés de s'intégrer aux autres cartels. Alors ils veulent montrer leur violence et leur cruauté. [...] C'est un terrorisme bien sûr; terroriser les autres cartels, les policiers, l'armée et la population. Pour que la population ne dise rien, s'ils voient quelque chose, ils se taisent. C'est du terrorisme, bien sûr. » — Ilan Bizberg, professeur en sciences politiques au Colegio de Mexico

LA DÉTERMINATION DES FAMILLES

 

Depuis les événements du 26 septembre, il n'y a plus de classe à l'école normale rurale Raul Isidro Burgos. Les familles des disparus assurent une permanence au gymnase d'Ayotzinapa. Elles reçoivent les dons en aliments et les affiches exprimant le soutien à leur égard. Au même endroit, des repas gratuits sont distribués trois fois par jour.

« Nous n'avons pas confiance dans le gouvernement mexicain. Nous avons engagé nos propres experts parce que nous ne croyons pas le gouvernement, qui nous a déjà trompés une fois en nous disant qu'ils se trouvaient dans d'autres fosses communes. Ils ne nous auront pas une autre fois. » — Hilda Legideño Vargas, mère de Jose Antonio Tizapa Legideño, disparu

UNE PÉPINIÈRE DE LA GUÉRILLA?

 

Les murs de l'école sont tapissés d'images des héros socialistes de l'histoire mondiale : Marx, Lénine, Che Guerava et des idoles locales de la guérilla dans l'État du Guerrero.

Lucio Cabañas, exécuté par les autorités en 1974, est l'un d'entre eux. Issu de l'école normale rurale d'Ayotzinapa, il fonde le Parti des pauvres et passe à la clandestinité.
L'école normale a encore une réputation de pépinière de la guérilla, qui sévit toujours dans le Guerrero (EPR). L'école a été fondée en 1928.


LES AFFAIRES PERSONNELLES DES DISPARUS

 

Dans cette chambre, il reste un seul étudiant. Les cinq autres font partie des 43 disparus. Leurs affaires personnelles sont restées telles quelles. Les étudiants de la « Normale » sont tous des enfants de paysans ou d'ouvriers indigènes, qui n'ont pas les moyens d'étudier ailleurs. Ils dorment à même le sol dans des chambres minuscules.

« Je me considère comme un des morts de cette nuit-là. Le crime organisé n'oublie et ne pardonne jamais. Ils savent qu'on leur a donné un coup, ils nous connaissent, ils vont nous le faire payer. Un jour, quand tout se sera calmé, ils viendront nous chercher. » — Nery de la Cruz, étudiant survivant

APPRENDRE L'AGRICULTURE ET L'ÉLEVAGE

 

Au cours de leurs quatre années d'études, les futurs instituteurs apprennent aussi les meilleures techniques d'agriculture et d'élevage. En temps normal, les fonds publics sont insuffisants. Depuis les événements du 26 septembre, ils ont été coupés, et les produits de la terre servent à nourrir les étudiants.


COLLUSION ENTRE LE CARTEL ET LES AUTORITÉS D'IGUALA

 

La petite ville d'Iguala, qui compte 141 000 habitants, est une plaque tournante de la drogue. Les laboratoires clandestins de la Sierra Madre, une chaîne de montagnes impénétrable, produisent de la marijuana, du pavot pour l'héroïne, et des méthamphétamines.

Le principal cartel local, los Guerreros Unidos, est soupçonné d'avoir infiltré toutes les autorités publiques, politiques et policières. Le massacre d'Iguala et les 43 disparitions ont fait la preuve de cette collusion.

« C'est la première fois vraiment qu'on a un cas où c'est la police qui livre 43 personnes aux narcotrafiquants pour qu'ils les éliminent. Il y a un sursaut moral, éthique, des gens qui disent : "Ça ne va plus. Soit on réagit, soit on ne fait rien, et le pays se défait". » — Ilan Bizberg, professeur en sciences politiques au Colegio de Mexico

HOMMAGE AUX ÉTUDIANTS MORTS LORS DE LA FUSILLADE

 

En cet endroit, deux étudiants ont trouvé la mort dans la fusillade de la police municipale, qui a duré toute la nuit. Un des trois autobus, dans lesquels les étudiants se sont trouvés piégés au carrefour, a été littéralement criblé de balles.

Un des survivants dit que les policiers ont emporté une vingtaine d'étudiants, morts ou vifs. Les autres ont été kidnappés lors d'une autre fusillade à la sortie de la ville après que leur autobus eut aussi été criblé de balles.

« C'est une de mes pires visions de la soirée, cet autobus détruit par les balles par l'arrière, les pneus crevés, les vitres brisées et, à l'intérieur, d'énormes taches de sang. En se penchant sur les côtés, on pouvait voir que des camarades avaient été tués à bout portant parce qu'on voyait des morceaux de chair. » — Nery de la Cruz, étudiant survivant

UNE RÉCOMPENSE POUR QUI TROUVERA LES ÉTUDIANTS

 

Une récompense d'un million de pesos, soit moins de 100 000 $, est promise à qui aidera à retrouver les 43 étudiants disparus. Avec autant d'acteurs du drame, dans la police municipale notamment, il est étonnant que les étudiants restent introuvables sept semaines plus tard. La police municipale a été remplacée par la gendarmerie, un nouveau corps policier fédéral.


« CI-GÎT LA CONSTITUTION »

 

« Ci-gît la Constitution politique des États unis du Mexique », dit la pancarte déposée devant les croix symbolisant la mort de trois étudiants de la « Normale ». Elles se trouvent devant le palais municipal qui a été incendié par des manifestants. Le bilan du massacre : 6 morts, dont 3 qui n'ont aucun rapport avec l'école normale, 25 blessés et 43 disparus.

Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2014/11/17/007-mexique-etudiants-disparus-narcoterrorisme.shtml

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Date de dernière mise à jour : 20/11/2014

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