La douceur des Sex Pistols

God Save... the Sex Pistols
La comète punk fêtera ses trente ans de no future en novembre à Londres.
Faut-il en rire ou en pleurer ? Un peu les deux, forcément. Puisque tout groupe rock ayant un jour ou l’autre vendu une grosse poignée de CD, ou de vinyles, semble voué à ressusciter, place dorénavant aux Sex Pistols dont, pour le coup, on aura la pudeur de ne pas rappeler ici le slogan décisif. Deux semaines avant Led Zeppelin, qui régénérera Whole Lotta Love et Immigrant Song le 26 novembre, à l’Arène 02 de Londres, la bande de Johnny Rotten commémorera les trente ans de Never Mind the Bollocks, album séminal qui avait tout dévasté fin 77, le 8 novembre, à la Brixton Academy.
Le quatuor d’origine, à savoir Johnny Rotten (chant, hum !), Steve Jones (guitare), Paul Cook (batterie) et Glen Matlock (basse) moulinera les Pretty Vacant, Anarchy in the UK et Holidays in the Sun, entre autres fulgurances qui ont façonné sa légende punk (des reprises de Tata Yoyo, Hotel California et Ma Liberté de penser seraient également sur le feu, mais rien n’est encore tranché).
                     
Sur le site de l’hebdomadaire anglais New Musical Express, qui annonçait hier l’information, Johnny Rotten a précisé : «Peut-être est-ce parce que nous sommes tous londoniens, mais il n’y aurait pas de Sex Pistols sans cette chère vieille ville de Londres… Tous les Anglais seront les bienvenus.»
En 1978, le groupe s’était séparé, trois ans et un cave (cette andouille de Sid Vicious, qui n’avait pas compris que tout ça c’était pour rire) après sa formation. Il avait ressorti les épingles de nourrice pour des ébats ponctuels, en 1996 et en 2003, dans le cadre d’une tournée de trois semaines en Amérique du Nord.
Parallèlement à cette actu «scynique» (sic), le NME lance une campagne de «réhabilitation» de la chanson God Save the Queen que les autorités britanniques avaient empêchée, à sa sortie, d’être numéro 1 du hit-parade, pour ne point ternir le jubilée de la reine. Selon le NME, si tout le monde achète ou télécharge la chanson la semaine du 8 octobre, l’injustice sera réparée.

Sex Pistols

Les Sex Pistols est un groupe de punk rockanglais qui, malgré une existence très brève, de 1975 à 1978, a lancé en grande partie le phénomène punk.

Ce groupe se caractérisait par un goût de la provocation très prononcé (la chanson God Save The Queen parodiait l'hymne du Royaume-Uni par exemple), des mélodies très basiques, un son brut et violent, un chanteur rageur, intelligent, facétieux et engagé, une énergie démente et une attitude bordélique et je-m'enfoutiste comme le rock n'en avait jamais connu. Ils secouèrent profondément le Royaume-Uni ; leur carrière fut ponctuée de plusieurs scandales plus ou moins orchestrés par leur manager, le rusé Malcolm McLaren, intellectuel féru de situationnisme.
Largement influencés par des groupes comme les Stooges ou les Ramones, ils n'ont jamais été égalés dans le domaine du son, ni de la déflagration qu'ils causèrent dans le milieu du rock.
Ils ont à leur tour influencé toute la première vague punk de groupes comme The Clash, Jam, Sham 69, puis The Exploited et The Flowers Of Romance ou encore Nirvana ou Bad Brains pour les États-Unis entre autres.

                              

Composition du groupe

Le groupe originel était composé de :

  • Chant : Johnny Rotten (John Joseph Lydon, né le 31 janvier1956) puis à titre anecdotique, en 1978, le repris de justice Ronnie Biggs (Ronald Arthur Biggs né à Londres le 8 août1929) ;
  • Guitare : Steve Jones (né en 1955) ;
  • Basse : Glen Matlock (de 1975 à 1977) puis de février 1977 à 1978, Sid Vicious (John Simon Ritchie, John Beverley) et de nouveau Glen Matlock lors de leurs tournées de réunion ;
  • Batterie : Paul Cook (né en 1956).

 

Biographie

Après avoir managé un temps la fin de carrière des New York Dolls, Malcolm McLaren émigre à Londres et y ouvre en 1971 un magasin de vêtements rockabilly (Let It Rock) puis plus tard un autre (Sex) pour y vendre les créations de sa femme Vivienne Westwood, inspirées de l'esthétique sado-masochiste. Cet endroit devient le rendez-vous de jeunes désoeuvrés, dont Paul Cook et Steve Jones, qui deviennent amis avec Glenn Matlock qui en fut l'un des vendeurs. Ils y croisent la "bande des Johns" qui sont en fait les futurs Sid Vicious, Johnny Rotten et Jah Wooble. Steve Jones, Glenn Matlock et Paul Cook jouent déjà ensemble (notamment sur du matériel volé) avec un guitariste qui sera bientôt évincé. Ils demandent à Malcom McLaren de leur trouver un chanteur, et c'est ainsi que John Lydon passe une audition en singeant Alice Cooper par dessus la musique du juke-box. Le surnom de Rotten (pourri) lui est attribué à cause de l'état de décomposition de ses dents.

Ils se créent rapidement un répertoire inspiré des New York Dolls, des premiers David Bowie et des Pretty Things. Autour d'eux a lieu un regroupement d'individus à l'attitude et l'apparence provocatrices : le Bromley Contingent au sein duquel sont Siouxie, Billy Idol et d'autres personnalités qui marqueront cette époque. L'"inflexion vitriolée" et l'attitude psychotique de Johnny Rotten sur scène créent vite une réputation sulfureuse au groupe. Joe Strummer et Sting - parmi d'autres spectateurs hallucinés - décideront de montrer un groupe après les avoir vus en concert. L'aisance de la musique des Ramones avait déjà eu cet impact sur nombre de musiciens en herbe. Après un scandale télévisé à une heure de grande écoute le premier décembre 1976, une interview alcoolisée au cours de laquelle Bill Grundy, l'animateur, incite Steve Jones à proférer des insultes, le groupe fait la une des journaux(voir lien n°5). Il se voit interdit de jouer dans la majorité des villes que traverse l'Anarchy Tour auquel participaient les Damned. Ils tournent alors en Europe pour échapper un peu à la pression des médias. L'Angleterre est en ébullition et les jeunes changent d'un seul coup d'attitude, de style vestimentaire et même d'opinion. Glenn Matlock et Johnny Rotten s'entendent de moins en moins et le premier finit par être remplacé par Sid Vicious (qui ne sait pas jouer de basse du tout), grâce auquel Rotten compte bien contrecarrer l'influence de McLaren sur le groupe. Après l'enregistrement de l'album, l'ambiance s'aigrit, des scissions apparaissent clairement entre Johnny Rotten, le manager et le reste du groupe. Sid Vicious subjugué par sa starification se détache peu à peu de la réalité. Malcom McLaren a alors l'idée d'exporter ce qu'il pense être son invention aux États-Unis. Mais bizarrement pas à New York qui les aurait sans doute accueilli en frères, mais dans le sud conservateur. Ces 12 derniers concerts se font dans une ambiance atroce qui aboutira au départ de Johnny Rotten, contraint plus tard d'abandonner son surnom dont MacLaren revendique la paternité.

Les Sex Pistols se sont séparés en 1978. La rupture rapide était sans doute inévitable entre des individualités fort différentes qui ont declenché si jeunes autant d'excitation créatrice chez les uns et de rejet chez les autres.

Un film fut tourné mettant l'accent sur une manipulation de Malcolm Mc Laren : The Great Rock'n'Roll Swindle (« La grande escroquerie du Rock'n'Roll ») est lui-même une caricature commerciale nettement moins intéressante que le documentaire plus récent, The Filth and The Fury réalisé par le même metteur en scène, Julien Temple, où Lydon revient sur l'aventure du groupe.

En 1986, Alex Cox tourna une fiction sur la relation entre Sid Vicious et son amie : Sid and Nancy. Là encore un film commercial qui ne sut éviter le cliché.

Johnny Rotten reprit ensuite son vrai nom (John Lydon), passe un moment en Jamaïque et fonde P.I.L (Public Image Limited) avec ses amis Keith Levene et Jah Wooble. La musique plus syncopée et tranchante que celle des Sex Pistols apparaît fortement marquée par le dub mais aussi le Krautrock . Paul Cook et Steve Jones formèrent un groupe du nom de The Professionals. Sid Vicious, bassiste extrêmement médiocre mais charismatique est resté célèbre pour avoir été soupçonné du meurtre de Nancy Spungen, sa petite amie. Sa mort d'une overdose en 1979 à New York après un séjour en prison a aidé à l'établissement de sa légende. Auparavant il avait repris le Comme d'habitude de Claude François, My Way comme Sinatra plus tôt mais de manière bien plus parodique. La chanson sert de fond sonore à la fin de The Goodfellas de Martin Scorsese. Don Letts, ancien DJ du Roxy Club et 100 club a sorti un DVD en 2005 retraçant l'histoire du Punk évoquant le rôle des Sex Pistols : Punk Attitude. Après une courte reformation en 1996,et une tournée de trois semaines en amérique du Nord en 2003,les Sex Pistols remoneteront en scène dans un concert unique à la Brixton Academy de Londre le 8 novembre 2007 pour le trentenaire de leur unique album "Nevermind the Bollocks"

                  

 

                    

L'héritage

L'écrivain et critique rock Greil Marcus a abordé l'histoire des Sex Pistols dans son ouvrage Lipstick Traces ; en les reliant à l'histoire souterraine des gnostiques et du dadaïsme. On doit aux Pistols l'avènement de toute la scène new-wave et indépendante des années 1980 jusqu'à nos jours. Ils incitèrent toute une jeunesse (des punks que rejetait Johnny Rotten puisqu'ils avaient été absorbés par le système ; selon ses propres mots il ne se considérait donc aucunement comme un punk) à prendre une part active dans le mouvement porté par un désir d'action et de révolte face aux normes établies. Le Punk fut un grand moment de contestation sociale, d'activisme indépendant, de fanzines, du "Do it yourself", qui, parti du Royaume-Uni a gagné pratiquement le monde entier. Un rendez-vous de toute une partie de la jeunesse avec l'histoire et l'esprit de renouveau de son temps. Comme Mai 68 on retrouve sa trace à différents niveaux de la société, il a apporté un renouveau et un vent de liberté qui dépasse le strict cadre de la musique. En ce sens l'esprit Punk a évolué mais reste toujours actuel, en rapport avec les zones d'ombres des sociétés modernes.

 

Leur site officiel :  http://www.sex-pistols.net/

               

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