L’engagement politique dans la chanson populaire

Doc Gynéco et Bernie Bonvoisin font leur coming out. 86 % des groupes de rap ou de rock ont un morceau intitulé ‘Fuck Bush’ à leur répertoire. Cette fois, c’est sûr : l’abstention va baisser. Mais à qui le vote des musiciens va-t-il profiter ? Le concert vient de s’achever. Elvis rentre dans sa loge, le corps fatigué, l’oeil creux. Sous son complet de cuir noir, le King sue comme un porc. Mais alors que ses musiciens se jettent sur les premières groupies arrivées, lui préfère s’isoler. Sans plus attendre, refusant même le cachet que lui tend le colonel Parker, il s’assoit sur une chaise en velours, prend une profonde inspiration et se replonge fébrilement dans ‘Les Origines du totalitarisme’ de Hannah Arendt… Crédible ?

Le rock est-il de gauche ?

Depuis les fifties, le rock est synonyme de rébellion et souvent d’immoralité. Son arrivée a soufflé sur le monde occidental un vent de liberté qui déshabillait les adolescentes et remettait en cause le patrimoine et la culture conservatrice de leurs parents. Pour autant, le déhanché suggestif d’Elvis Presley et l’homosexualité affichée de Little Richard ne constituent pas une orientation politique (par contre, la dégaine du King obèse est un argument de poids pour dénoncer les méfaits de la surconsommation). L’absence de message politique est un constat qu’on peut élargir à tout le rock : combien de groupes, finalement, ont adopté un discours aussi marqué que celui des Clash, Gang Of Four, Rage Against the Machine ou Dead Kennedys, dont le leader Jello Biafra s’était présenté à l’élection municipale de San Francisco en 1979 en exigeant que policiers et homosexuels échangent leurs tenues ? A l’opposé, a-t-on déjà entendu parler d’une scène ‘Rock for Capitalism’ ? Le rap, qui a succédé au rock en tant que musique subversive, n'échappe pas à la règle : il n’avait d’autre ambition, avant l’arrivée de Public Enemy, que de faire danser le public autour du sound-system. Aujourd’hui, il est aux mains de beaufs glorifiant l’argent, la virilité et le tuning…

Bref, le rock est un rebelle sans cause. Dans ‘Rude Boy’, le film-documentaire tourné autour des Clash en 1980, on voit Ray, un jeune paumé, demander à son idole Joe Strummer la signification de “Brigate Rosse”. Strummer, l’air distant, lui répond : “Oh, ça, c’est juste une marque de pizza…” L’exemple de neutralité le plus flagrant est celui du mouvement punk : il n’y a que ces gros lourds d’Exploited pour avoir pris le fameux ‘Anarchy In The UK’ des Sex Pistols au premier degré. Il ne s’agissait bien sûr que de provocation : Sid Vicious n’a sans doute jamais lu un livre, alors du Bakounine… Quant au morceau ‘The KKK Took My Baby Away’ des Ramones, il trahit la pensée réactionnaire de Johnny Ramone, qui venait de piquer sa copine à Joey quand celui-ci a écrit le texte de la chanson. Comme quoi un punk de droite, ça peut exister ! Heureusement, d’ailleurs, que l’art n’impose aucun dogme… Le rock n’a que faire de la politique : il veut s’amuser, profiter et ne surtout pas réfléchir. Même le MC5, vitrine du mouvement politique White Panthers dans les années 1960, s'est fendu du slogan suivant : “Baise et drogue en pleine rue !” Le rock est décidément plus animal que politique.

“George W. Bush encourage la création” (Chris Cornell d'Audioslave)

Si le rock n’est pas par essence politisé, il arrive quand même que les rockers se rassemblent autour d’une cause particulière. Et puisqu’il est impossible de distinguer une orientation politique claire dans la musique pop, il faut un combat fédérateur et plein de bons sentiments auquel s’opposer signifierait qu’on est vraiment un sale type : la faim en Ethiopie (“Je suis responsable des pires disques de l’histoire de la pop” admet Bob Geldof, l’initiateur du Band Aid), la lutte contre le racisme, l’annulation de la dette des pays africains (Bono, qui dîne avec les grands de ce monde, suscite l’admiration autant que la haine), les inégalités sociales (évoquées par Didier Super dans ‘Marre des pauvres’), etc. A défaut d’une noble cause, un événement précis pourra justifier l’engagement du rocker : le mouvement hippie, qui réunissait autant de gauchistes convaincus que d’adolescents en quête de filles décomplexées et de junkies à la recherche de “bonnes vibrations”, s’est unifié autour de l’opposition à la guerre au Vietnam et du port de la moustache obligatoire (pour des gens qui se disent tolérants…).

Quarante ans plus tard, c’est l’envoi de troupes américaines en Irak qui a déclenché un nouveau vent de contestation au sein du monde artistique : on se souvient par exemple de la tournée ‘Vote For Change’ lancée en 2004 dans le but de faire élire John Kerry à la Maison Blanche. Depuis la réélection de W, les têtes d’affiche du ‘Vote For Change’, Bruce Springsteen et Michael Stipe de REM, vivent sous terre. Il n'empêche, le pamphlet anti-Bush est devenu un rituel quasi obligatoire pour qui veut faire la démonstration d’une conscience politique aiguisée : le ‘Sweet Neo Con’ des Stones, ‘Hell No We Ain't All Right’ de Public Enemy ou les deux compiles ‘Rock Against Bush’ en sont quelques exemples parmi des centaines d'autres. On en vient à se demander s’il ne serait pas plus rock’n’roll d’écrire une chanson à la gloire du président américain... Autre personnalité politique à s’être attiré l’hostilité d’une grande partie des artistes, Margaret Thatcher. Morrissey lui a dédié le subtil ‘Margaret on the Guillotine’ et plusieurs rockers anglais (l'ex-Jam Paul Weller, Billy Bragg, les Housemartins, Jerry Dammers des Specials) ont formé le Red Wedge fin 1985 pour chanter les louanges du parti travailliste. En pure perte : Maggie sera réélue. Preuve que les rockers ont besoin d’un combat précis pour s’engager. Et qu’on ne les écoute pas beaucoup…

L’exception française

Si le rock français était une chaussure, il serait la gauche, pointure 36 parce qu’il n’a encore qu’une grosse dizaine d’années d’existence derrière lui. On parle bien du rock français "assumé", de cette scène mélangeant l'influence de Brel et des Clash apparue dans le sillage de Dominique A, non point des pastiches souvent maladroits d'artistes rock anglo-saxons : Dick Rivers, Trust, Indochine… Des groupes comme Mickey 3D, Louise attaque ou les Têtes raides sont devenus les modèles d’un rock vaguement altermondialiste, ne ratant jamais une occasion de vilipender l’extrême droite, et d’une démarche artistique intègre au point d'en être manichéenne : ne pas passer à la radio est devenu une marque d’authenticité. Ces artistes s'inscrivent dans la tradition de Ferré et Brassens, des chanteurs rive gauche et de la chanson française satirique, qui avaient en commun un goût prononcé pour la subversion et une attirance modérée pour le succès dont découle leur grande discrétion face aux médias : les frasques publiques de Brassens se résument à un stationnement impayé en 1962. Il est logique de retrouver cette posture chez ceux qui, aujourd’hui, revendiquent leur héritage.

Le fait que le rock français penche à gauche est aussi dû au fait qu’il s’oppose, chez nous, au populaire. Il affiche des références pointues, qu'elles soient francophones (Font et Val) ou anglo-saxonnes (on dénombre quatorze fans français de Gun Club, le modèle américain de Noir Désir). Le mythe selon lequel la qualité est inversement proportionnelle au nombre de ventes est d'ailleurs très répandu, d'où un certain mépris pour le grand public : les musiciens de Bérurier Noir se sont séparés après qu’un de leurs morceaux est passé sur NRJ, ce qui constituait à leurs yeux une forme de trahison à la cause… Quel rapport entre le succès et l'engagement politique ? Simple : "populaire" est synonyme de "beauf" - tout ça à cause de Johnny et des films de Fabien Onteniente... Suffisant pour classer la variété à droite. Au même titre que le jury des Césars se refuse encore à récompenser des comédies, les rockers sont complexés par le succès, forcément capitaliste. Comme s'il fallait être pauvre pour être de gauche... L'arrivée de nouveaux chanteurs populaires tels que Bénabar, qui a lui aussi gagné son public sur scène et non à la radio, pourrait accoucher d'un paysage musical "à l'anglaise". Ni poses ni complexes : il n'existe de l'autre côté de la Manche qu'une seule catégorie, la musique populaire. Une directrice des ressources humaines peut très bien écouter Blur. Il suffit d'ailleurs de regarder la programmation de Top Of The Pops ou le palmarès des Brit Awards pour se rendre compte qu’il n’y a pas, là-bas, de hiérarchie entre PIL (groupe art-rock) et les Spice Girls (vulgairement popus).

Garanti sans conservateurs ?

A n’en point douter, la majorité des rockers actuels afficheraient plus volontiers sur leur t-shirt la tronche du Che ou le logo Anarchy qu’un drapeau américain. Mais en vérité, le rock est devenu réactionnaire. Le discours est là mais, dans les faits, il ne cherche plus à se renouveler comme à ses débuts. Les têtes d’affiche des années 2000, qu’on a réunies sous l’appellation officielle de “retour du rock”, réutilisent le patrimoine, les codes et les références de leurs aînés des décennies 1960 ou 1970. Sans même mettre en cause la qualité de leurs chansons, il est difficile de prétendre que les White Stripes, The Strokes ou Interpol ont amené quelque chose de nouveau : comme dans tout revival, ils se contentent de réactiver la nostalgie d'un âge d’or fantasmé et révolu. Leur démarche est dictée par la loi du "c'était mieux avant". Bref, le rock est désormais une musique hermétique au renouvellement, passéiste et institutionnelle. Autrement dit, de droite. La preuve, les rockers Didier Barbelivien ou Pascal Sevran seront bientôt ministres de la Culture !

 

Le rock, mauvais en politique

Bono au G20, c’est devenu une habitude. A tel point qu’on se demande si le rock n’est pas devenu politique. Pour Julien Demets, auteur de Rock et Politique, l’impossible cohabitation, le rock politique, c’est « un oxymore ». Et l’a toujours été.

Rock et politique ne vont pas bien ensemble. L’un est léger, l’autre est sérieux. Et pourtant depuis la guerre du Viet Nam, nombreux sont les rockers qui investissent le discours politique. Pour la paix dans le monde, contre la faim, la guerre et le Sida, les décennies se succèdent et les causes se ressemblent. C’est la manière qui évolue. Du charity rock des années 80 à aujourd’hui, les rockers ont troqué leur perfecto contre des costumes trois pièces. Ils ont quitté les larsen de la scène pour s’introduire dans l’ambiance feutrée des sommets du G20 et du forum de Davos. Julien Demets, journaliste et passionné de rock, s’est penché sur le cas du rock politique dans un livre, "Rock et Politique, l’impossible cohabitation". Dans cet ouvrage très documenté, Il y dissèque les relations cahotiques de ces deux entités, qui ont au moins un point commun, celui d'avoir su façonner la société. Ce rock qui veut dîner à la même table que les grands de ce monde a-t-il une vraie légitimité ? N’est-il qu’un objet hybride, en déséquilibre constant ?

A quoi ressemble actuellement le rock engagé ?
Aujourd’hui les rockers engagés sont carrément devenus des hommes politiques. Ils vont aux G20 au G8, ils mettent la musique de côté pour faire de la politique. Depuis le début des années 2000, on a vu apparaître Bob Geldof, Bono, Damon Albarn (des groupes Blur et Gorillaz, ndlr), Brian Eno, ou encore Peter Garrett, le chanteur de Midnight Oil. Des tas de rockers se présentent à des élections ou s’investissent à fond dans des causes.

Qu’est-ce qui a changé entre le charity rock des années 80 et le rock réellement engagé en politique d’aujourd’hui ?
Il s’agit toujours des mêmes causes. Entre le Live Aid de 1985 et ce que font Bono et Geldof, on est dans la même idée. Il faut aider les pauvres et l’Afrique, récolter des fonds pour la lutte contre le Sida. La différence est la manière de le faire qui aujourd’hui est moins symbolique, et moins musicale, en fin de compte. On organise moins de grands concerts, ou s’ils ont lieu, sont davantage critiqués. Aujourd’hui, les rockers s’asseyent avec les grands de ce monde et leur serrent la pince.

À l'ère du Charity Rock

Qu’est-ce qui est le plus efficace entre ces grands concerts et le nouveau costume d’homme politique ?
La période grand concert avait un côté un peu vain et purement symbolique. C’était, pour beaucoup, de la bonne conscience. Les artistes s’y pliaient mais finalement ça ne les engageait pas à grand-chose. Ils donnaient des concerts comme ils l’auraient fait pour des tournées. Mais le procédé avait l’avantage de marquer les esprits. Tout le monde se souvient de Live Aid, une chanson comme Do they know it’s Christmas  rentre dans le quotidien et dans le salon des gens. Ils ont immédiatement accès au message, même si ça ne change rien.
C’est à partir de ce constat d’impuissance qu’ils ont décidé d’être plus sérieux, comme de vrais hommes politiques. De ce point de vue, ils peuvent certainement espérer avoir plus de résultats parce qu’au moins, c’est concret. Mais maintenant, il n’y a plus la résonnance d’une chanson, la résonnance d’un concert. Bono qui discute à la Maison Blanche avec le responsable de je ne sais quel pays, ça ne fait pas rêver. Il n’y a plus ce lien avec le public qu’offrait le concert. L’action est plus concrète mais la résonnance est moindre.

 Rock et sérieux sont des mots qui vont ensemble ?
Ce que fait Bono, comme Geldof ou Damon Albarn, c’est très ennuyeux. Avant, le rock avait beau être vain, au moins, il faisait rêver. Même si on ne comprenait rien à la politique on pouvait acheter une chanson. C’était de la politique glamour. Les mecs avaient les cheveux longs, leur guitare. Eux restaient rock n’ roll en parlant de politique. Voir Bono traîner au forum de Davos ne fait pas rêver. Le voir fréquenter Bill Gates, l’antithèse du sexe, du rock n’ roll, le binoclard premier des geeks ne fait pas rêver !

Ce n’est pas la mégalomanie qui les pousse à fréquenter les hautes sphères du pouvoir ?
Je ne veux pas leur faire de procès d’intention, je pense que certains sont sincères. Ce qui est vrai c’est qu’un mec comme Bono est content de se voir à la télé et de se sentir puissant. Il met un tel soin à se montrer, c’est un vrai chef d’entreprise, general manager d’un fonds d’investissement !

Mais pour revenir à la mégalomanie, je pense qu’ils ont plutôt senti leur impuissance. « Je fais une chanson et je sauve le monde » ne suffit plus. Avant quand les rockers donnaient des concerts, c’étaient frappant et marquant. Ils étaient les seuls à occuper la scène musicale. Même à l’époque du Live Aid, le hip-hop n’en est qu’à ses balbutiements. Et à partir du moment où le rocker n’est plus tout seul, ce qu’il fait ne suffit plus. Il lui fallait retrousser ses manches et faire des choses plus concrètes alors que le rock est fondamentalement léger et rigolo.

Et existe-t-il encore aujourd’hui des rockers légers et rock n‘roll ?
Des rockers rigolos et rock n’ roll, il en existera toujours parce que c’est la nature du rock n’ roll mais ils ne parlent pas de politique. Le rock cool en France, c’est les Wampas. Ils sont drôles et cool. Ils ne parlent pas de politique. La chanson Chirac en prison n’est pas à prendre au premier degré.
Green Day avant de parler de politique étaient accusés d’être très crétins. Mais le rock a toujours été très crétin. Elvis Presley n’a jamais visé un prix Nobel. Le rock est très futile et c’est pour ça qu’on l’aime.

Oui, cette futilité, vous en parlez beaucoup dans le livre ?
Le rock est une musique de crétin, ce n’est pas une critique. J’aime le rock, parce que les chansons durent 2 min 30, que c’est intense, stupide et secoué. Le rock qui se prend au sérieux perd son charme. Tous les rockers qui font de la politique ne sont pas chiants. Je peux citer les Clash. Mais il y a une manière intelligente de le faire, une façon de ne pas donner de leçon. Par essence le rock ne doit pas donner de leçons. C’est la musique des rebelles contre l’autorité parentale. Il ne peut se permettre de dire : « fais-ci ou fais pas ça » !

Vous racontez dans le livre que durant la campagne Rock the Vote, une campagne de sensibilisation au vote, le public n’appréciait pas que Springsteen lui dise quoi faire.
Oui, c’est dur de faire de la politique en étant léger et sans être donneur de leçon. Les chansons qui se transforment en communiqué politique, c’est horrible. Surtout dans le rock parce que c’est complètement contradictoire !

Quand on se retourne sur l’histoire du rock, on s’aperçoit que dès la guerre du Viet Nam, les groupes sont engagés. L’engagement fait donc partie de son histoire ?
Non, je crois que la guerre du Viet Nam est une illusion. Elle est le symbole du rock engagé mais pendant plus de trois ans, le rock n’en a rien eu à foutre de la guerre du Viet Nam. Les rockeurs n’étaient pas plus politisés que maintenant. Je doute que des crétins comme Keith Richards ou Keith Moon (batteur de The Who, ndlr) qui ne pensaient qu’à se taper des filles par dizaine ou à se droguer, aient été des hommes politiques éclairés. Je pense que cette période correspond à un mouvement générationnel plutôt qu’à un mouvement politique. L’émancipation de la jeunesse est passée par le rock. C’était un moyen de trouver sa place mais je ne crois pas qu’il y avait un fond idéologique et politique là-dedans. La plupart des rockers n’ont jamais refait de politique après. Ils avaient besoin de s’affirmer mais sitôt que Woodstock a été fait, c’était terminé. La culture jeune était instituée et il n’y avait plus besoin de l’imposer. Le Viet Nam était plus une couverture qu’autre chose. Il représentait une opposition et un contre-courant, une fracture entre la jeunesse et la société. Mick Jagger n’est jamais devenu au fond de lui un militant, même l’engagement de John Lennon, j’en doute. Il a arrêté la politique dans les années 70 et il a avoué qu’il s’était engagé par bonne conscience, parce qu’il avait de l’argent !

Les rockers sont schizophrènes

En fait, ils essaient mais les rockers ne savent pas faire de politique !
Les rockers n’arrivent pas à faire de la politique parce qu’elle représente l’ordre adulte. Rock et politique sont comme deux aimants qui s’opposent. Naturellement rebelle et subversif, le rock ne peut pas aller avec la politique, adulte, carrée, ordonnée. Le public attend autre chose du rock. Si mes rockers préférés se mettent à faire de la politique, ce n’est pas ce que je leur demande. La politique, c’est l’autorité.

Ne deviennent-ils pas un peu schizophrènes entre le sérieux de la politique et la légèreté du rock ?
Oui, ce mélange donne des trucs bancals. Et on oublie le message politique, comme pour Live Aid ou la fête de l’Huma. Le rock n’a rien à proposer, mais même au-delà de ça, fondamentalement, il ne s’intéresse pas à la politique. Dans les années 50, avec Elvis, le rock n’a aucun intérêt pour la politique. Il prône le défoulement et pas la réflexion. Le rock politique, c’est un oxymore !

 Comment imaginez-vous le rock du futur ?
Maintenant il va y avoir un vrai fossé entre les Bono, Damon Albarn, Thom Yorke, Chris Martin qui s’impliquent, vont au G20, soutiennent des ONG, participent à des voyages officiels. Ils sont des politiques à part entière et de temps en temps, ils font du rock. Il existe, de l’autre côté, une réaction à ça. Des rockers qui reviennent aux fondamentaux et trouvent détestables ces rockers qui se prennent au sérieux. Eux reviennent à l’essence du rock, comme les White Stripes. Ils revendiquent l’héritage des Ramones, fondamentalement idiots et fiers de l’être.

Un rock élitiste à la française

Dans le livre, vous citez le cas français. C’est une exception ?
Le rock français est une exception oui. Il a mis du temps à s’intégrer en France, ne serait-ce que par rapport à la barrière de la langue. Et il est très politique. La plupart des rockers français sont de gauche, et de manière beaucoup plus explicite que les rockers anglo-saxons. Avec Noir Désir on a un groupe militant dont on ne peut séparer la musique de l’engagement politique. Il n’y a pas vraiment d’équivalent chez les Anglo-Saxons. Peut-être les Clash mais ils se sont politisés plus tard. Au début, c’est un groupe punk qui veut s’amuser.

C’est la raison pour laquelle le rock en France est souvent marginal ?
Comme souvent dans le discours de gauche, certains artistes voient une incohérence entre le fait de vendre des disques, qui est commercial et une acceptation du système, et le fait d’être de gauche. Etre populaire s’oppose aux idées de gauches. Pour les rockers c’est une maladie de vendre des disques ! En France, il y a un vrai complexe autour de ça. Ce côté alternatif : on ne veut pas passer à la radio ou alors sur des radios associatives. On est fier de gagner son public grâce à la scène. Noir Désir était complexé par le succès populaire de Sombres Héros de l’amer !
Et pourtant, commercial ne veut pas dire mauvais. Les Beatles n’étaient pas mauvais ! En France, il existe un vrai mépris à l’égard du beauf qui regarde le foot, TF1 et écoute Michel Sardou. Le rock ne veut pas lui plaire alors s’il vend des disques c’est qu’il s’est planté.
Dans les années 80, 90, le beauf était devenu un vrai fantasme ! Les Béruriers Noirs se sont sentis très mal quand une de leur chanson est passé sur NRJ !
Mais aujourd’hui ça va mieux. Miossec et Mickey 3D ont commencé à parler de foot dans leur chanson.

Parce que le beauf anglo-saxon écoute du rock lui ?
En France, le rock est une culture noble parce qu’il est rare. On se pique d’une certaine connaissance culturelle. Et on oublie qu’aux Etats-Unis, un père de famille, un chef d’entreprise, un mec qui va au stade et bouffe des hamburgers devant sa télé écoutent du rock ! Et c’est encore plus vrai en Angleterre où Rock et foot sont les piliers de la société ! Alors qu’en France, on oppose les deux. Le rock, c’est de la musique de beauf ! Mais en Angleterre, on regarde la télé réalité et on écoute du rock !

 Rock & Politique, l'impossible cohabitation, Julien Demets, Autour du livre, coll. Les cahiers du Rock, 13 juin 2011

Sources : et 

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Commentaires (1)

Jean Cendent
  • 1. Jean Cendent | 18/05/2016
Bonjour, Mr L'Auteur.
Je ne reste qu'en France vu votre incommensurable érudition atrophié Mr l'Auteur oxymoré par votre obscure clarté mais partial musicalité et de plus ce pays je le pratique depuis très longtemps.
Donc à égalité de vente commerciale parce que les centaines d'autres qui crèvent depuis 40 ans rien à foutre ( comme tout bon bourgeois, Mr l'auteur )Dominique A, Miossec et Mickey 3D et of course Noir Désir ( les dieux des dieux of France Rock mais pas pastiche d'un Jim Morrison croisé Saint Bono ) c'est mieux (..... modèles d’un rock vaguement altermondialiste.......  de vilipender l’extrême droite ........une démarche artistique intègre....... ne pas passer à la radio est devenu une marque d’authenticité.....). Parce qu'il commence à parler de foot que Trust ( pastiche maladroit, bref de la merde quoi comme il me semble deviner au pif : Magma, Ange... puis Telephone, Bijou, beurk,etc... et moins de ten years after, Wampas, Parabellum, Beru, etc ...sans compter les aberrations trés certainement comment Bill Deraime , Paul Personne, HF Thiéfaine ) qui n'en parle pas ( alors que police/milice Ah ! Oui, c'est la vraie vérité pure! C'est bien que du pastiche anisé maladroit )
Bref a propos de pastiche Mr l'Auteur, vous avez le goût et la couleur et hélas la vision d'une musicalité néo-ultra-élitiste générationnelle ( qui demain crachera sur la précédente ) et très bourgeoise, du copier/coller Inrockutibles qui sont comme leur nom l'indique tout sauf Rock et Incorruptible .
Simple, plus c'est Rock'n'Roll plus c'est mauvais et donc plus cela s'en éloigne plus c'est sublime .
Vision telement partial que l'on est en droit de se poser la question, comment des éditeurs trouvent ils encore du bois pour faire de tel littérateur, si ce n'est que par abus de népotisme et de copinage de classe .Qui n'est effectivement pas la mienne, donc :
Plus c'est prolétaire plus c'est mauvais et inversement disproportionné plus c'est bobo plus c'est lumineux. Malgré effectivement, les nombreux arbres qui cachent la forêt car et cela se saurait, les dominants ne sont pas dénués d'intelligences et de ruses, bien au contraire. Faite donc journaliste sportif si cela vous branche plus visiblement et puis en France c'est beaucoup plus populaire que la musique toutes tendances confondues .
Et plus lucratif pour vous, car Oh! 1000 excuses je viens de m'apercevoir que vous n'êtes pas un simple copier/coller des Inrocks mais que vous avez travaillé pour un site « culturel » du groupe Figaro et comme les temps sont durs pour trouver du travail, étant moi-même une bouse de musicien sous-prolétarien ( dixit frère Marx ) précarisé au chômage/ rmi / rsa depuis la fin des 30 glorieuses que vous mélanger allégrement avec les 30 ou 40 merdeuses et tant d'autres choses que je vous pardonne frère de misére .
Je déteste le foot depuis que du fin fond de ma campagne à 2kms de mon village, mon instituteur me botter le cul pour jouer à ce jeu lumineux. Par contre j'ai passé des 10000....d'heures et bien d'autres choses pour apprendre et faire mienne une musique qui vient de plusieurs continents mais dont le langage vous échappera peut être toujours, dommage .

Les Rockers ne savent pas faire de politique mais les politiciens aussi ne savent pas ....

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Date de dernière mise à jour : 23/09/2012

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