ça roule pour Renaud

 
 
 

Le Ch’ti de la Porte d’Orléans est devenu un des poètes de la chanson française. De rengaines écorchées en revendications sociales, Renaud a touché le cœur du public. Mistral gagnant !

Le blues de la Porte d’Orléans

Renaud Séchan naît à Paris le 11 mai 1952. Il a un frère jumeau. Un Mister Renard inconnu. Son père, Olivier Séchan est un intellectuel issu d’une famille d’artistes et d’écrivains. Il tente d’inculquer à ses enfants le goût de la littérature et de la grande musique. Sa mère, femme au foyer a des ancêtres mineurs dans le Nord de la France. En 1967, Renaud, adolescent au lycée Montaigne peine à s’intéresser à l’enseignement scolaire. Il crée un « comité d’action lycéen », sorte d’anti-chambre de ses premiers engagements. Il compose la chanson « Crève salope » qui devient l’hymne des lycéens et étudiants de mai 68 ! A l’âge de dix-huit ans, Renaud poursuit sa métamorphose en « loulou » des boulevards périphériques. Cuir clouté, moto et bandes de jeunes. La mutation est sévère. Déscolarisé, il tente ses premières aventures de baroudeur. En 1971, il fait la connaissance d’une troupe en pleine ascension, celle du Café de la Gare avec Patrick Dewaere et Coluche. Il fait ses débuts sur scène en tant qu’acteur tout en alignant les petits boulots. Renaud tâtonne. Il n’a pas encore trouvé sa voie artistique.

Tu vas au bal ?

De nouveau sans le sou, Renaud décide d’aller chanter à tous les coins de rue en compagnie de Michel Pons. Ah Paname, c’est bien plus joli flanqué d’un accordéon ! Renaud prend la posture du poulbot parisien. Il reprend les standards de la chanson réaliste et du musette. Paul Lederman, producteur de Coluche propose aux deux larrons de faire la première partie de l’humoriste. Seulement, Renaud se retrouve en rade, casquette vissée sur le crâne. Jacqueline Herrenschmidt, une productrice indépendante le remarque. Elle lui fait enregistrer son premier album Amoureux de Paname. Nous sommes en 1975. L’album a un succès d’estime. Mais il contient deux chansons explosives : « Camarade bourgeois » et « Hexagone ». Ce titre, repris dans une compilation de rappeurs, tire à boulets rouges sur une France beauf, policière et raciste. Renaud commence à trouver son style : poésie argotique amère, guitare sèche et discours « révolutionnaire » ! L’opinion publique a d’ailleurs souvent reproché à Renaud d’avoir retourné son blouson, en devenant un bourgeois défroqué. Une manière d’oublier les origines modestes de sa mère longtemps ouvrière dans une usine de St-Etienne.

J’étais tranquille, j’étais pénard…

En 1977, Renaud enregistre son deuxième album surnommé Place de ma mob. Le chanteur a définitivement fait tomber sa casquette de Gavroche. Renaud porte le cuir. Il chante : « Je suis une bande de jeunes », « Les charognards » et l’inénarrable « Laisse béton » ! Renaud fait preuve d’un humour acide dans « Germaine » et « Adieu Minette ». Cette fois-ci, sa carrière prend son envol. Il se produit dans plusieurs lieux parisiens, des Blancs Manteaux à la Veuve Richard. Il monte également sur la scène du Théâtre de la Ville. A la fin des années 70, Renaud sort un nouvel album : Ma gonzesse. Une déclaration enflammée à Dominique, celle qu’il a cru longtemps être l’unique femme de sa vie. Renaud commence à avoir un sacré succès ! Et un problème d’image. Le public s’y perd un peu. Le loubard des pochettes a gagné des royalties. Il peut se payer autre chose qu’une mob d’occas’ ! C’est le début de la lutte entre les pro et les anti-Renaud : est-il devenu un chanteur vendu comme ses camarades de la chanson « Société, tu ne m’auras pas » ? Pourtant, l’artiste démontre à plusieurs reprises la sincérité de ses engagements.

Gégé énervé !

Renaud ne quitte plus les studios d’enregistrements. Il sort coup sur coup deux albums : Marche à l’ombre et Le retour de Gérard Lambert. Deux disques drôles et tendres que l’on écoute « It is not because you are » ou le magnifique « Manu ». Gérard Lambert devient un personnage culte. Renaud fait référence à Gérard Lanvin à qui il a piqué lors de son passage au Café de la Gare, Dominique, sa femme actuelle. Quelques années plus tard, Marche à l’ombre illustre le film du même nom avec le fameux Gérard ! Renaud écrit : « Lambert, c’est un héros, alors y peut pas mourir / avec lui, c’est l’retour de la grande aventure ». En 1980, Dominique donne naissance à une petite fille, sa muse, Lolita. Renaud lui clame tout son amour, dans un clip signé Serge Gainsbourg, le tube « Morgane de toi ». En 1984, la Chetron sauvage attaque le Zénith fraîchement inauguré par François Mitterrand. Celui-ci sera d’ailleurs souvent au cœur de chansons à la fois critiques et désillusionnées : « Tonton », « Socialiste » ou « Baltique ».

Chanteur énervant

Ces années-là, Renaud est devenu une sorte de symbole controversé du show-bizz. Néanmoins, il continue de soutenir de nombreuses causes humanitaires. En 1985, il co-écrit l’hymne de Chanteurs sans Frontières. Cette opération de charity-business, une première en France permet de récolter de l’argent pour les enfants atteints de famine en Ethiopie. Renaud sort également un de ses plus beaux albums : Mistral Gagnant. Il aligne des chansons inégalées : « Morts les enfants », « Mistral Gagnant » et « Petite conne ». Ce dernier titre fustige les ravages de la drogue. Un thème qu’il avait déjà abordé dans « La blanche ». Il s’adresse d’ailleurs dans cette chanson à un certain Michel. Or, un autre Michel vient de lui faire un coup de crasse inattendu : Coluche décède le 19 juin 1986 dans un accident de moto. Putain de camion…Renaud digère son deuil en chansons. L’album, sorti en 1988 est particulièrement noir. On tente encore de rire sur « La mère à Titi » mais le reste vous rattrape : « Putain de camion », « Me jette pas », « Cent ans »… La nostalgie du passé, les amis qui partent : Renaud fait un bilan de trente-six ans de vie. Ce blues si tenace, il l’emporte avec lui jusque dans les années 90, lors de son « passage à guichets fermés » dans les bars de Paris. Néanmoins, Renaud reprend vaillamment la route des concerts : Visage pâle rencontrer public.

Trois p'tits tours et puis s'en vont les p'tits voleurs

Après la déferlante des années 80, Renaud apparaît moins souvent sur la scène médiatique. Sans faire l’unanimité habituelle, Marchand de cailloux, sorti en 1991 reste un bon album : « Les dimanches à la con », « Dans ton sac », « P’tit voleur ». Autant de chansons inspirées. Renaud explose le Paris-Dakar, lorsqu’il dénonce les « 500 connards sur la ligne de départ »… En 1993, Renaud revient à ses premiers pas : la comédie. Il avait déjà joué dans un film, à l’âge de trois ans, Ballon Rouge d’Albert Lamorisse ! Cette fois-ci, Claude Berri l’entraîne dans les mines de Germinal. Il incarne le héros Etienne Lantier. Renaud retourne sur les traces de ses racines. Il sort alors un album en ch’ti : Renaud cante El’ Nord. Après le Nord de la France, Renaud fait un arrêt à Marseille. L’album A la belle de Mai passe davantage inaperçu. C’est le dernier disque de chansons originales jusqu’à Boucan d’Enfer. En 1995, Renaud se produit à la Mutualité, fief des manifestations socialistes. Il fait beaucoup de scène, notamment lors d’une tournée dans les petites salles de France. Ce qui donne lieu au live Paris-Province. Renaud reprend également le répertoire de George Brassens, le seul artiste qui avait droit de citer dans l’appartement familial. Renaud chante le Nord, Brassens et son vieux répertoire. Et à part ça ?

Une gonzesse de perdue, c’est dix chansons qui r’viennent…

En 2001, Renaud reçoit une Victoire de la Musique pour l’ensemble de sa carrière. Un hommage ante mortem ? Affaibli, bouffi, à peine reconnaissable, Renaud tient son trophée, les mains tremblantes, comme un débutant. Sa femme Dominique l’a quitté. Sa fille unique a grandi. Renaud a sombré dans l’alcool et la dépression. Il est loin le Mistral Gagnant. De cette descente aux enfers, il reste un espoir : l’écriture. Renaud se met à faire de nouvelles chansons. Au bout de plusieurs mois, il sort un album : Boucan d’enfer. Un titre adapté à son succès phénoménal ! Le disque s’écoule à deux millions d’exemplaires ! Un record de vente depuis des années ! Renaud aborde avec pudeur, mais sans faux-semblants ses excès des années difficiles. La clé de cette rédemption inespérée ? Romane Serda. Cette jeune artiste a redonné à Renaud le goût de vivre. Et la libération artistique. Désormais, Renaud collabore avec sa future femme à son album solo, sorti à la fin de l’année 2004.

Renaud semble avoir retrouvé une sérénité à toute épreuve. Ces derniers mois, il s’est de nouveau engagé dans un combat important : obtenir la libération d’Ingrid Betancourt. Il écrit la chanson « Dans la jungle » en espérant qu’elle ait une quelconque influence sur le sort de la jeune femme détenue en Colombie. Le chanteur prépare également un nouvel album. Le temps de la saison sèche est révolu.

Je suis un voyou

Renaud, un voyou comme il le chantait dans l’album hommage à Brassens ? Pas vraiment. Plutôt un filou humaniste et sentimental. Renaud a-t-il vraiment révolutionné la chanson française ? Il y avait Bruant, Brassens et Brel. Ferré l’anar existait déjà. La force de Renaud ? Un savant mélange de sensibilité à fleur de peau et de canons de la colère. Un « grand cœur de grand con ». Comme son pote Manu.

 

 

Discographie :

 

 

 

 

Filmographie :

Si Renaud crache ses textes sur scène avec une verve certaine, il n'en est pas moins un homme timide dont les apparitions télé, radio, ou ciné sont assez rares et discrètes. Voici cependant les faits marquants de sa "carrière" cinématographique :

Renaud en 2005 avec sa n ouvelle épouse Romane Serda, interprétant en duo Anaïs Nin.

1981
Viens chez moi j'habite chez une copine de Patrice Leconte avec Michel Blanc et Anémone (Musique du film)
1984
Marche à l'ombre de Michel Blanc avec Lanvin et Blanc (Musique du film)
1993
Germinal de Claude Berri avec Depardieu, Miou-Miou, Carmet,...(Acteur dans le rôle de Lantier.)
1996
Fallait pas de Gérard Jugnot avec François Morel (Musique du film)
2002
Wanted (Crime Spree) de Brad Mirman avec Renaud, Depardieu, Bohringer, ... C'est un film américain au casting français....

 

 

Bibliographie :

Le roman de Renaud
Idem
Renaud illustré
Envoyé spécial...

---Le roman de Renaud par Thierry Séchan aux Editions Seuil Point Virgule n°75 1989. Un ouvrage écrit par le grand frère de Renaud. Existe aux Editions Seghers 1988.
---Le Renaud illustré
aux Editions Albin Michel 1999. 40 chansons de Renaud illustrées.
---Le temps des noyaux par Renaud Séchan
---Collection Musicom : plusieurs ouvrages dont Renaud à la Belle de Mai2000, Renaud les plus grands succès, Renaud Mistral Gagnant, etc..
.---Renaud Envoye special chez moi par Renaud Pocket 1999. Des chroniques le style de celles écrites pendant plusieurs années pour Charlie Hebdo. Drôle et tendre à la fois, du Renaud, quoi,...
---Renaud Bouquin d'enfer par Thierry Séchan (le frère du chanteur) aux Editions du Rocher 216 pages octobre 2002 environ 17 €....
---Renaud vu par Titouan Lamazou (photos et dessins "croqués" lors de l'enregistrement de Boucan d'enfer) 2002.
---Renaud BD d'enfer (ouvrage collectif) BD sur le chanteur énervant et son come-back 2002. Editions Delcourt. Renaud en planches dessinnées. Un régal...
---Renaud, deux vies : Retour gagnant par Régis Lefèvre 2003
---Renaud le Spartacus de la chanson française par Laurent Berthet
---
Le petit oiseau qui chantait faux par Renaud Séchan, illustré par Serge Bloch et vendu avec un CD d'une vingtaine de minutes sur lequel Renaud raconte son histoire de petit oiseau. Octobre 2005

 

 

Récompenses :

Premier prix du Festival de Spa pour "Chanson pour Pierrot" en 1978

  • Prix de la Ville de Paris, prix du Ministère de la Culture et prix de la SACEM pour l'album Putain d'camion en 1988
  • Grand prix de l'Académie Charles-Cros pour l'album Marchand de cailloux en 1991
  • Victoires de la musique
    • 1993 : Victoire de l'album de musiques traditionnelles pour « Renaud cante el' Nord »
    • 2001 : Victoire pour l'ensemble de sa carrière
    • 2003 : Meilleur album pour « Boucan d'enfer »
    • 2003 : Meilleur artiste avec « Boucan d'enfer »
    • 2003 : Meilleure chanson pour « Manhattan-Kaboul » en duo avec Axelle Red
  • NRJ Music Awards :
    • 2003 : Meilleure chanson francophone pour « Manhattan-Kaboul » en duo avec Axelle Red
    • 2003 : Meilleur duo francophone pour « Manhattan-Kaboul » en duo avec Axelle Red
    • 2004 : Médaille vermeil de la chanson française

 

 

Liens externes

 

En bonus, un petit truc marrant trouvé par mon fiston sur le net :http://www.playmoboys.com/renaud.htm                                                                                                                                            

                                                                    Mort de rire

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