Le premier "bébé-médicament" né en France fait débat

L'annonce mardi de la naissance du premier "bébé-médicament" né en France fait débat avec des réserves émises notamment par les milieux catholiques.

Baptisé Umut-Talha, "notre espoir" en turc, l'enfant né le 26 janvier à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart pourrait sauver, grâce à une greffe de cellules, un frère aîné atteint d'une maladie génétique grave.

L'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, a mis en garde sur LCI contre les dangers d'une "instrumentalisation d'un être humain au service des autres".

Un "pas excessivement grave" a été franchi, a renchéri sur la même chaîne la présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin.

"Je salue la prouesse technique mais je lance un cri d'alarme car en réalité la question qui est posée ici c'est l'instrumentalisation de la personne conçue simplement pour rendre service, pour être utilisée", a-t-elle déclaré. "En tant que tel il se posera toujours la question de savoir : 'est-ce que, véritablement, j'ai été voulu pour moi-même ?'"

"Il y a une instrumentalisation, une sélection des embryons, ça me rappelle un certain nombre de philosophies eugéniques. On a franchi un pas excessivement grave", a-t-elle ajouté. "Il faut que le politique fasse attention parce que l'homme devient un objet de consommation et un matériau comme n'importe lequel."

Le professeur René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère, a expliqué la technique à l'origine de la naissance du "bébé-médicament", baptisée diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI).

"Cela consiste à prélever une cellule d'un embryon obtenu in vitro et à pouvoir faire un diagnostic génétique sur cette cellule" afin de savoir "si cet embryon est atteint, indemne ou porteur mais sain de la maladie", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Problème éthique

La DPI a été autorisée en France, sous certaines conditions, en 1994, et son application au "bébé-médicament" est légalement possible depuis 2004.

L'annonce de la naissance de ce "bébé-médicament" intervient le jour du début de la révision de la loi bioéthique à l'Assemblée nationale.

Pour le professeur René Frydman, le véritable problème éthique repose dans la longue attente imposée aux couples en attente de DPI.

"C'est une activité qui augmente face à une demande de plus en plus importante et qui nous pose d'énormes problèmes parce que nous faisons une médecine qui n'est pas éthique" a-t-il dit.

"Quand nous voyons des couples, nous les faisons attendre 18 mois avant de pouvoir les prendre en charge.

"Il serait juste que notre pays se pose la question de la prise en charge des maladies rares et des solutions qu'on peut y apporter", a-t-il ajouté. "Nous pouvons agir en évitant la maladie mais pas encore en la traitant."

Le professeur Frydman avait déjà testé les limites des lois actuelles sur la bioéthique avec la naissance en novembre à l'hôpital Antoine-Béclère, pour la première fois en France, de deux bébés issus d'ovocytes congelés.

Juste avant un débat à l'Assemblée qui promet d'être agité, le professeur François Olivennes, spécialiste des troubles de la fertilité, a dénoncé "les lobbies chrétiens et catholiques" qui, selon lui, imposent leurs vues sur le sujet.

Le pire des scénarios serait "la limitation du nombre d'embryons" qui "réduirait les chances de grossesse pour deux tiers des troubles infertiles", a-t-il dit sur Europe 1.

Le professeur Olivennes a dit craindre la promulgation d'une loi similaire à celle votée en Italie en 2004 qui a "mis un coup d'arrêt à la fécondation in vitro en Italie".

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