Elections 2014 en Indonésie

L'élection présidentielle indonésienne de 2014 se tiendra le 9 juillet 2014. Ce sera la troisième élection présidentielle au suffrage direct, elle permettra d'élire le président et le vice-président pour un mandat de 5 ans. Le président sortant Susilo Bambang Yudhoyono ne pourra pas se présenter pour un troisième mandat.

1. Des élections capitales

Le charismatique maire de Jakarta s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de juillet prochain. L’annonce, faite le 14 mars, a suscité une vague d’enthousiasme dans les médias indonésiens.
Mais s'il est donné favori pour le scrutin de juillet et associé par certains à une figure mythique, il doit encore faire ses preuves à la tête de la municipalité.
Une image était à la une de tous les médias indonésiens ces trois derniers jours. Celle de Joko Widodo, l’actuel maire de Jakarta, essuyant une larme dans les plis du drapeau blanc et rouge indonésien, au moment de l'annonce de sa candidature à la présidentielle de juillet 2014.
Le magazine Tempo relaie l’euphorie qui s’est propagée sur Twitter depuis le 14 mars sous le hastag #JKW4P (JKW pour Jokowi), le surnom de cet homme politique de 52 ans dont la candidature était très attendue. Il est donné vainqueur dans tous les sondages. La roupie indonésienne a gagné 0,25 % et la Bourse 3,22 % dans les heures qui ont suivi sa déclaration.
Le chef spirituel du volcan Meru, une montagne sacrée située à l'est de Java, voit en Jokowi le "Chevalier caché", figure mythique javanaise qui se révèle à la société pour la secourir quand celle-ci est prête à l’accueillir, rapporte le quotidien Kompas.

2. Des élections porteuses d’espoir

Intronisé il y a un peu plus de 100 jours à la tête de Jakarta, Joko Widodo représente ce que les Indonésiens trouvent trop rarement chez leurs leaders politiques : humilité, honnêteté, accessibilité et ouverture d’esprit. Mais les défis face à lui sont immenses. Il faudra donc ajouter l’efficacité à ces qualités pour conserver la confiance des Jakartanais pendant cinq ans.
Les rôles sont pour l’instant très bien répartis : à Joko Widodo (Jokowi comme il est surnommé par tous les Indonésiens) les apparitions publiques, les visites de terrain et l’image de la ville. A Basuki Tjahaja Purnama (surnommé Ahok, vice-gouverneur) la gestion quotidienne de la pléthorique administration locale. Le premier, Javanais, traditionnellement poli et respectueux, a d’ores et déjà fait oublier l’image arrogante, cassante et colérique de son prédécesseur Fauzi Bowo. Le second, chrétien d’origine chinoise, au style très direct, n’a pas peur de mettre les responsables locaux, trop souvent engoncés dans leurs privilèges et leur inaction, face à leurs responsabilités.
La politique est aussi une guerre d’image. A ce jeu là, Jokowi et Ahok ont quelques coups d’avance. Dans la foulée de leur campagne victorieuse et un brin populiste basée sur leur proximité avec le peuple et leur anti-corruptibilité, la paire a continué son entreprise de séduction à l’égard des masses. Dans son style détaché et souriant, Jokowi a arpenté les différents kampung de Jakarta. Là où son prédécesseur se contentait des récits et comptes-rendus plus ou moins biaisés de ses lieutenants, lui va à la rencontre de tous sous les regards des caméras. Une technique tellement efficace qu’elle semble avoir récemment été reprise par le président Yudhoyono pour qui l’image n’est pas un vain mot.
Ahok lui n’a pas hésité, dans un souci de transparence auquel les fonctionnaires sont peu habitués, à filmer ses réunions avec l’administration et à les rendre disponibles à chacun sur YouTube. L’initiative a là encore enchanté les électeurs. La première vidéo a été vue par plus d’un million de personnes. Après un peu plus de cent jours à la tête de Jakarta la cote de popularité de Jokowi et Ahok n’a donc pas encore connu de tendance à la baisse. Il serait pourtant naïf de penser que cela s’étendra sans effort dans la durée. Malgré une transparence nouvelle et appréciée, la nouvelle paire exécutive ne conservera le crédit dont elle bénéficie que si elle parvient à s’attaquer efficacement aux maux de Jakarta. Ceux-ci sont nombreux mais chacun sait les priorités : transports et inondations.
Jokowi a déjà lancé plusieurs programmes, notamment les cartes donnant accès aux soins et à l’éducation pour les plus pauvres. Initiatives populaires et populistes par excellence, celles-ci font désormais partie du tronc commun offert par chaque candidat à chaque élection, partout dans l’archipel. On attend davantage de Jokowi, et si de Solo, où il fut maire juste avant, celui-ci avait une vision forcement limitée des affres de la capitale, les récentes inondations doivent marquer le vrai départ de son action.
Ces inondations ont tué, ces inondations ont coûté, mais ces inondations pourraient et devraient certainement être perçues par Jokowi comme un mal pour un bien. Dans les jours qui ont suivi les pluies, le gouverneur a eu l’oreille directe du président. Celui-ci a ainsi accepté tous les projets proposés par Jokowi pour mettre fin au récurrent problème : le relogement des habitants des berges de rivières vers des endroits plus sûrs et dans des habitats décents ; l’élargissement des mêmes rivières ; la création d’une voie reliant la rivière Ciliwung (la plus dévastatrice) vers le canal de l’Est ; la création de bassins en amont a Bogor, Ciawi et Depok ; le creusement de 10 000 puits éparpillés dans la ville ; la création d’un tunnel souterrain et polyvalent qui courrait sous la majeure partie de la ville et emmènerait l’eau vers la mer.
C’est « grâce » aux inondations que ces différents projets ont été rapidement soutenus par le président. Jokowi doit désormais profiter des circonstances pour mettre tous ces projets à exécution. Rapidement. Avant que l’émoi suscité par les effets de la pluie ne retombe.
Dans le même temps, le gouverneur est attendu sur les transports. 2013 doit être l’année du commencement de la construction du MRT. Elle doit être une année de refonte des services du TransJakarta et d’une solution pour limiter les déplacements automobiles dans la ville.
Toutes ces initiatives, qu’elles soient liées aux inondations ou aux transports, ne pourront toutefois jamais être couronnées de succès sans une prise de conscience individuelle et collective des habitants de Jakarta. Ceux-ci sont à la fois une cause et une solution aux problèmes. Leur manque d’éducation au volant contribue à la situation sur les routes et leur manque d’éducation environnementale contribue aux inondations. Un changement des consciences par l’éducation et la répression permettrait le succès des initiatives précédemment exposées.
Le dernier grand chantier sera sans nul doute pour Jokowi et Ahok une reforme complète de l’administration locale. Celle-ci doit oublier sa culture de la corruption, de l’incompétence et de la paresse pour une culture du service et de l’efficacité.
Face à tous ces défis Jokowi peut compter sur le soutien du peuple. Et pas seulement celui de Jakarta. Grâce à son image et à sa communication, Jokowi est devenue une icône nationale. Cette image doit lui servir à mener ces projets à bien. Ces réformes profondes ne manqueront pas d’ennemis et de barrières. On ne touche pas aux privilèges de la caste au pouvoir sans heurts. Mais si le gouverneur est consistant dans sa volonté de changer et d’améliorer les choses, ce ne sont pas seulement les Jakartanais qui le remercieront, ce sont les 240 millions d’Indonésiens qui pousseront pour que les mêmes reformes leur profitent également. Jokowi détient actuellement une des clés de l’avenir de ce pays. Il a cinq ans pour ouvrir les bons verrous.

3. Des élections porteuses de trop d’espoir ?

Deux hommes peuvent-ils, et peu importe qu’ils soient sincères et dévoués, sauver une ville de 12 millions qui ressemble à une carcasse en décomposition depuis des années ? Peuvent-ils réformer le système capitaliste sauvage qui a cannibalisé toute la zone urbaine et le reste du pays depuis des décennies ? Peuvent-ils réprimander tous les acteurs qui ne jouent pas le jeu ? Peuvent-ils mettre en oeuvre une sorte de capitalisme à visage humain ?
Sur ce point, beaucoup de Jakartanais sont, en apparence, prêts à gober n’importe quel conte de fée ; leur ville est déjà dans un tel état de délabrement que la situation ne pourrait pas être pire. Pollution, déchets,laideur criante, eau contaminée, ainsi que les embouteillages quotidiens de plusieurs heures - tout ceci produit évidemment un effet sur la capacité des gens à rester lucide.
Et donc ils ont récemment voté et propulsé au sommet de la gouvernance, leur nouveau ’couple infernal’ – deux types qui sont venus de nulle part.
Maintenant laissez moi vous les présenter - ces deux ’héros’ dont les masses désespérées attendent qu’ils enryent le déclin et initient le combat épique pour la survie et l’éventuelle gloire de Jakarta.
Le nouveau gouverneur de Jakarta n’est ni un urbaniste, ni un architecte mais a commencé dans le secteur du mobilier. Plus tard, il a servi en tant que maire d’une ville de moyenne importance à Java : Solo (Surakarta). Son nom est Joko Widodo (diminutif Jokowi). Dans le dernier conte de fée indonésien, il a le premier rôle du cowboy ou celui de l’honorable samouraï ou celui d’un libérateur ou je ne sais quoi d’autre...
Son adjoint, connu pour ses déclarations fracassantes et ses colères noires est un ancien Représentant du Peuple . Son nom est Basuki Cahaya Purnama.
Les seuls crédits que Jokowi possède pour gouverner l’une des plus grandes villes de l’est, sont ses voyages d’affaire en Europe où il a vraiment ’admiré leurs villes’ et voulu transplanter le concept dans les zones urbaines indonésiennes. Il a aussi réussi, selon des critères purement indonésiens, à nettoyer plusieurs rues principales de Solo durant sa gouvernance dans la ville.
Ses supporters protesteront en disant qu’il a contribué à d’autres réalisations : à Solo il a construit au moins un trottoir convenable dans le centre ville. Ne riez pas : C’est vraiment un petit évènement par ici quand nous sommes dans un pays où de tels trottoirs sont strictement bannis par le puissant, on pourrait même dire ’mortel’, lobby automobile (hormis dans les endroits où ils se terminent en cul de sac).
Il a aussi mis en circulation un tramway touristique qui marche occasionnellement sur de vieux rails datant de l’époque coloniale hollandaise : c’est son jouet et sa petite réalisation personnelle de transport public.
’Passable’, dirait-on en Inde, qui fait pourtant pâle figure pour ses modèles sociaux mais malgré tout, un pays où même des villes comme Chennai et Kolkata, ne parlons pas de New Delhi, construisent ou ont terminé de construire leur métro. ’Recalé’, lui dirait la population chinoise, quand dans leur pays, des douzaines de zones urbaines possèdent des métros écologiques, bon marché, extensibles et confortables, de larges trottoirs, des usines de recyclage de déchets, des systèmes d’assainissement de l’eau, des institutions culturelles de toutes sortes, de grands espaces et des parcs publics.
Mais en Indonésie, comme le dit le proverbe, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Et l’espoir meurt en dernier. Et ainsi de suite...
(lire la suite : le gouverneur jokowi entre dans jakarta sur un cheval de bois)

4. Anecdote Heavy Metal et corruption

Joko Widodo, le gouverneur de Jakarta, s’est fait confisquer une basse offerte par le bassiste de Metallica. Les autorités soupçonnent le cadeau d’être un conflit d’intérêt.
Il était radieux, le gouverneur de Jakarta. Radieux lorsqu’il a présenté la basse que lui avait offerte Robert Trujillo, le bassiste de Metallica, devant les caméras de télévision de son pays. Aujourd’hui, il ne sait probablement plus trop quoi faire de son sourire : il a du remettre l’instrument aux autorités anti-corruption de son pays. Elles vont s’assurer que la basse ne représente pas un “conflit d’intérêts”.
Basse contre “faveurs”
La commission d’éradication de la corruption a fait savoir que Joko Widodo leur a lui-même remis l’instrument. En plus d’être coopératif avec la police, le gouverneur jouit d’une réputation sans tâche. Fait assez rare pour être souligné dans un pays où pots-de-vin et corruption en tout genre sont monnaies courantes chez les puissants.
«Nous allons nous assurer qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt ou que (ce cadeau) n’a pas donné lieu à des faveurs», a déclaré le porte-parole de la commission Johan Budi. Puis d’ajouter : «le  processus de vérification prendra jusqu’à 30 jours et nous déciderons ensuite de lui rendre la guitare ou de la confisquer».
Joko Widodo avait confié être un fan invétéré de heavy metal, notamment de Napalm Death et de Metallica. Allez, soyez sympa, rendez-lui sa basse.

Sources :

(1) http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/election-mystique

(2) http://www.lagazettedebali.info/journal/articles/societe/national/jokowi-l-espoir-de-jakarta-mais-aussi-de-l-archipel.html

(3) http://www.legrandsoir.info/le-gouverneur-jokowi-entre-dans-jakarta-sur-un-cheval-de-bois-counterpunch.html

(4) http://www.konbini.com/fr/music/soupcons-de-corruption-autour-dune-basse-offerte-par-metallica-en-indonesie/

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Date de dernière mise à jour : 23/04/2014

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