Welcome : les migrants de Calais

Date de sortie :  11 Mars 2009 - Réalisé par Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana   
Film français. Genre : Drame
Durée : 1h 50min.
Année de production : 2008
Distribué par Mars Distribution

Bilal est un kurde de 17 ans qui vient d’arriver en France, à Calais. Il y retrouve d’autres clandestins et tous partagent l’espoir de rejoindre l’Angleterre. Bilal lui, a traversé le Moyen-Orient et l’Europe pour aller retrouver à Londres la fille qu’il aime, la belle Mina. Bloqué à Calais, il cherche un moyen d’atteindre l’Angleterre avant que le père autoritaire de Mina ne la marie à un autre.

Un premier essai soldé par une arrestation. Premier arrêt, premières humiliations et un retour à la case départ. Bilal du haut de ses 17 ans, prend conscience qu’il vagabonde dans une zone de non droit, où ses moindres faits et gestes sont illégaux. Pourtant il veut rejoindre Mina, et tous les moyens légaux sont bannis. En désespoir de cause, il décide de traverser la Manche à la nage. Une idée inconsciente, c’est ce que pense Simon (excellent Vincent Lindon), un maître nageur, délaissé par sa femme, qui prend sous son aile le destin de ce jeune réfugié. « 10heures de nage dans une eau a 10° » prévient Simon, mais Bilal ne veut rien entendre et continue de prendre des leçons avec volonté et détermination.

On y voit des docks, des rues sans perspectives, des clandestins qui tentent de survivre dans un pays qui ne veut pas d’eux. Bilal est l’incarnation de cette idée, il est bel et bien présent mais son visage impassible, ne montrant ni crainte, ni joie, le rend lointain, presque effacé. Il est là mais personne ne veut le voir. Car comme le rappelle un policier, personne ne veut que la ville devienne « un camp pour réfugiés en situation irrégulière ». Philippe Lioret ne réalise pas pour autant un film social. Il filme une réalité qui révolte les cœurs sensibles le temps d’un flash info, mais qui s’oublie rapidement. Aucune revendication politique explicite, il nous montre simplement par quelques scènes qui viennent rompre le rythme de la fiction, des policiers goguenards, des arrestations humiliantes, des tribunaux de fortune qui règlent en quelques mots la situation des clandestins. Il n’y a ni condescendance, ni emphase. C’est une pensée.
Welcome a l’immense mérite de montrer sans fard les rouages de l’abjecte machinerie administrative et policière chargée de traquer les clandestins et ceux qui leur viennent en aide. Fichage, délation, surveillance, convocations, perquisitions au petit matin, bastonnade : tout y passe – sans même parler du numéro dont on tatoue au marqueur indélébile le poignet des clandestins et qui évoque de bien fâcheux souvenirs…Par un mouvement scénaristique pour le coup remarquablement maîtrisé, Simon subit une double transformation : tandis qu’il devient un suspect, puis un criminel aux yeux de la société et de la loi, son humanité et son courage se révèlent à ses propres yeux (et à ceux de sa compagne, témoin avec le spectateur de cette émouvante mue). La certitude tranquille de son bon droit et de son bon sens qu’il oppose à ces fonctionnaires brutaux ou chafouins, qu’on devine à peine caricaturés, transcende ce personnage passablement falot et donne toute sa portée politique au film.

La rencontre du clandestin résolu et du maître-nageur velléitaire est donc moins le sujet de Welcome qu’un prétexte pour rendre hommage aux résistants ordinaires qui combattent sans soutien ni moyens un système sans visage et sans âme. Longtemps cantonné loin des regards, dans le centre de rétention de la conscience collective, le « sans-papiers » n’est désormais plus sans images : rien que pour cela, et pour avoir mis en lumière la honte nationale que représente leur traque par l’État français, on doit saluer le film de Philippe Lioret, et lui souhaiter de conquérir le plus large public possible.

 

Welcome - La bande annonce

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

JC
  • 1. JC | 04/05/2009
Méfions-nous de ces sujets qui se veulent ancrés dans une certaine réalité sociale, politique ou historique.
Que se soit Gran Torino, Welcome ou la vie des autres, le ressort du récit dans chacun de ces films, plait d'autant plus qu'il est hautement improbable!
Enfin, soyons sérieux!
Un vieux raciste attaché à sa voiture comme à la prunelle de ses yeux la lèguerait à un jeune asiatique qui a essayé de la lui voler?
Un maître nageur qui ne s'est jamais investi dans une queconque action humanitaire ou bénévole risquerait sa situation personnelle et professionnelle pour un jeune Kurde qu'il ne connaissait pas quelques jours auparavant?
Un agent de la STASI changerait de camp et risquerait sa peau pour un intellectuel qu'il ne connait pas?
On a du mal à le croire n'est-ce pas et cela d'autant plus que ce n'est jamais arrivé, qu'il n'y a aucun exemple relevé dans l'histoire.
Ces films nous montrent une réalité implacable mais à travers le prisme d'une personne exeptionnelle, à l'existance hautement improbable mais à laquelle le spectateur peut s'identifier.
Comme il est agréable de se prendre pour un héros, n'est-ce-pas?
Mais cessons de nous masturber l'égo, de grâce!
Ce cinéma, là, substitue à notre regard un monde plus conforme à nos désirs.
Et oui, il constitue une sorte de conte de fée social.
Mais c'est de l'imposture!
Il faut se coltiner jusqu'au bout à la réalité et ce n'est pas celle là, croyez-moi.
Alors cessez vos complaisances et votre petite larme à l'oeil facile et allez plutôt voir Maman est folle, Eldorado ou Katyn.
Là, il n'y a pas de super héros.
On ne vous ment pas!
Et vous n'en ressortez pas l'égo fraîchement astiqué par quelque guignol du showbiz.

Du vrai cinéma pas de la racolle!

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