Un film de Ken Loach

Ken Loach dénonce l’esclavagisme moderne 

 

À 71 ans, le réalisateur britannique livre une charge implacable contre les excès du libéralisme.

Ken Loach, Palme d’or 2006 pour Le vent se lève, est un homme engagé. Le réalisateur britannique n’a jamais désarmé en plus de quarante ans de cinéma, dénonçant sans relâche les inégalités et les violences sociales. À 71 ans, il repart au combat avec It’s a Free World ! où il pourfend le libéralisme britannique et ses excès : exploitation des travailleurs immigrés, esclavagisme moderne, mutation du monde du travail…

Pour donner poids à son propos, le réalisateur filme Angie (Kierston Wareing) qui, après avoir été licenciée, décide de créer avec Rose (Juliet Ellis) sa colocataire, une société d’intérim. Issue de la classe moyenne, cette trentenaire, mère célibataire, est prête à tout pour gagner plus, exploitant sans état d’âme les ouvriers le plus souvent clandestins venus d’Europe de l’Est. « Angie est un produit de la contre-révolution Thatcher, explique le cinéaste. L’objectif, c’est la compétition, sans pitié. Il fallait amener le spectateur dans la logique d’Angie afin de montrer l’horrible de sa démarche. Pour moi, le capitalisme est amoral, il se fonde sur l’exploitation, sur le profit à n’importe quel prix. »

Ken Loach, qui adopte en général le point de vue de la classe ouvrière, se focalise ici sur celui de l’exploiteur. « Nous avons engendré des monstres », affirme-t-il. Le cinéaste avait déjà abordé ces thèmes dans The Flickering Flame, un documentaire sur les dockers de Liverpool dans les années 1990. « J’évoquais déjà la disparition de la sécurité de l’emploi, la recrudescence de ces agences de travail temporaire. Les contrats à durée déterminée, les missions journalières, tout cela mène à la précarité. Aucun parti ne s’y oppose. Le New Labour comme les tories ou les libéraux sont tous d’accord. C’est indigne et inhumain », raconte Ken Loach. Et de dénoncer l’hypocrisie du système économique :« Pour certains, l’économie ne pourrait pas survivre sans la main-d’œuvre à bas salaire, sans les clandestins. Et puis il y a ceux qui veulent les expulser pour le bien du pays. »

« Un film est un acte politique »

Le réalisateur collabore depuis une dizaine d’années avec le scénariste Paul Laverty. Ensemble, à la manière de journalistes, ils ont enquêté. Leur travail d’investigation donne au film son réalisme implacable. « Nous avons rencontré de nombreux travailleurs polonais, kosovars, serbes, ukrainiens, iraniens… Nous nous sommes rendus dans une ferme où travaillaient cinquante Lituaniennes. Elles vivaient à sept dans une même chambre payée 50 livres par semaine. J’ai demandé à l’agence de recrutement pourquoi ils n’engageaient pas des gens du coin. On m’a répondu :personne ne veut de ce boulot, dormir dans un dortoir et être sous-payé ! »

D’où lui vient cette conscience politique qui ne l’a jamais quitté? « Dans les années 1960, le groupe de producteurs et de cinéastes avec lequel je travaillais était très politisé. L’époque était à la politique. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à lire, à m’intéresser à la façon dont tournait le monde. » Un militantisme qui n’était pas dans la tradition familiale. « Je viens du milieu ouvrier, nous n’étions pas pauvres. Nous menions une vie ordinaire. » Il soutient aujourd’hui Respect, le mouvement politique né de la coalition contre la guerre en Irak. « Nous n’avons qu’un membre au Parlement représentant toute la classe ouvrière. Le Labour Party a glissé si fort à droite qu’il y a un véritable vide. C’est un grave problème pour la démocratie. »

Cet éternel contestataire considère-t-il un film comme un acte politique? « Absolument, mais cela ne veut pas dire aller sur les barricades, lever le poing ou faire de la propagande. C’est plus complexe. Un film doit à la fois distraire et provoquer. »

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