Un concert, une école !

  • LE CONCEPT « UN CONCERT, UNE ECOLE »

1997. Un coin de brousse ivoirienne dans la région d’Odienné. Tiken Jah Fakoly tourne un clip pour l’album «Françafrique». Le lieu, désert et isolé, a été soigneusement choisi. «Rapidement, des gamins sont arrivés, raconte Tiken. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là, en pleine journée. Pourquoi n’étaient-ils pas en classe? Ils m’ont appris que leur village ne disposait pas d’école et qu’ils devaient parcourir plus de dix kilomètres pour se rendre à celle située dans le village voisin. Du coup ils préféraient ne pas y aller du tout. J’ai alors décidé de financer la construction d’une école.»
La recette de deux concerts donnés en 2004 et 2007 est intégralement consacrée au projet ; Tiken y investit aussi ses deniers personnels et crée à Lyon l’association Toloni, qui se donne pour objectif de «promouvoir l’éducation et l’alphabétisation des enfants en Afrique» en reversant régulièrement la recette d’un concert aux écoles les plus nécessiteuses. En 2009, sont inaugurés l’école primaire de Touloni en Côte d’Ivoire et le collège de Dianké dans le nord du Mali.
Fort de cette première expérience et convaincu du bien-fondé de sa démarche, Tiken donne finalement naissance au concept «Un concert, une école», dont le principe va bien plus loin qu’un simple geste généreux. «Je veux dire aux Africains que personne ne viendra changer l’Afrique à leur place, ressasse Tiken. Si on veut que ça bouge, il faut qu’on se bouge. On a fait des concerts en Europe pour construire des écoles en Afrique. Pourquoi ne faire des concerts en Afrique pour construire des écoles africaines avec la jeunesse africaine?».
Pragmatique, le chanteur entend mobiliser son continent en agissant sur le terrain même afin d’inciter la jeunesse à se poser les bonnes questions : pourquoi construit-il des écoles et non pas des banques ou des salles de spectacles comme certains artistes africains de notoriété internationale ? Peut-être parce que l’éducation a son importance dans un pays en voie de développement…Tourné vers cette idée que l’école s’impose comme un préalable à l’instauration d’une véritable démocratie, African Revolution, le dernier album de Tiken, développe largement les implications de cette priorité : «L’éducation ce n’est pas seulement le savoir mais aussi la conscience, précise Tiken. Je demande à la jeunesse de s’intéresser à la politique. On dit : qui ne fait pas de politique consent le pouvoir établi, n’est-ce pas? Je veux donc expliquer aux gens qu’il ne faut pas aller voter pour des sacs de riz ou un billet de 1000 Fr CFA mais pour des programmes. J’ai vécu ça, quand j’étais à Odienné, je trouvais normal les achats de conscience : il fallait voter pour le candidat qui te donnait une moto ou une voiture. Je me rappelle des premières élections législatives en Côte d’Ivoire en 1980. Un député était venu avec un sac de 100 kg de billets de banque. Connaissant le nombre de votants dans la région, il calculait 1000 Fr CFA chacun. Les bureaux de vote étaient ouverts à 8h, lui commençait sa distribution à 8h30. Quand les gens quittaient le lieu du vote avec en main les bulletins des adversaires, ils avaient les 1000 Fr CFA. Aujourd’hui avec la voix que j’ai, et que les jeunes m’ont donnée, je dois leur dire que ce n’est pas ça qui va faire avancer les choses. Tant que les politiques pourront acheter les consciences, ils ne respecteront jamais leurs engagements. Tant qu’on va tendre la main, ils vont continuer à régner.»
Tiken ne se leurre pas, sait pertinemment que cette prise de conscience prendra du temps, et qu’elle n’adviendra sans doute qu’avec la génération suivante. Mais son combat demeure, ce «travail d’insurrection stratégique» comme le qualifie le photographe Philippe Bordas (auteur des visuels des deux derniers albums du chanteur). «Tiken sait très bien qu’il n’apporte pas le savoir, précise-t-il, mais l’idée possible du savoir. Il donne l’espoir.»
A ce jour, la construction d’une école dans le village de Nialé au Burkina Faso est en cours. Deux autres projets, en préparation : la réhabilitation d’une école dans le quartier de Treichville à Abidjan, Côte d’Ivoire et la construction d’une autre en Guinée.

(Texte Frédérique Briard – extrait de son livre sur Tiken Jah Fakoly « l’Afrique ne pleure plus, elle parle »)

  • LES CONCERTS

13 mars 2004 : FRANCE : SAINT ETIENNE – Palais des Spectacles (avec le groupe Dub Incorporation et l’association Synapse)
13 octobre 2007 : FRANCE : LYON – Transbordeur (en partenariat avec la Région Rhône-Alpes et l’association Toloni)
18 avril 2009 : GUINEE : CONAKRY – Stade du 28 septembre
25 avril 2009 : COTE D’IVOIRE : ABIDJAN – Parc des Sports de Treichville
03 mai 2009 : BURKINA FASO : OUAGADOUGOU – Stade du 04 août
19 septembre 2009 : FRANCE : ANNEMASSE – Château Rouge (en partenariat avec la ville d’Annemasse et l’Association Toloni)
18 juin 2011 : PARIS BERCY  / etc, etc ...

  • LES ÉCOLES

Le collège de Dianké au Mali inauguré le 22 février 2009 et l’école de Touroni en Côte d’Ivoire inaugurée le 14 mars 2009 sont les deux premiers établissements scolaires que Tiken est parvenu à construire grâce à deux concerts en France. Ils ont été suivis par la réhabilitation de l’école de Biafra dans le quartier de Treichville à Abidjan en Côte d’Ivoire, et la construction d’une école primaire dans le village de Nialé au Burkina Faso.

Discours de Tiken Jah Fakoly lors de l’inauguration du collège de Dianké,

Le 21 février 2009

« Honorables invités, Chère population de Dianké, Aujourd’hui est un grand jour pour moi.

 

J’ai toujours rêvé de donner la possibilité à des enfants d’aller à l’école car pour moi, l’éducation c’est la lumière.
Et tant que la jeunesse africaine ne sera pas dans la lumière notre développement sera impossible. Car dans l’Histoire de tous les peuples dits aujourd’hui développés, nous savons tous que l’éducation est la base même de la lumière de ces régions.
L’éducation doit être considérée, au même titre que la santé, comme la base du développement et c’est pourquoi il me paraît si important d’y participer concrètement. Car chacun d’entre nous doit avoir conscience que c’est notre responsabilité tant individuelle que collective qui est engagée dans la construction de l’Afrique de demain : une Afrique où les gens ne meurent pas par défaut de soins, une Afrique qui s’auto-suffit et dont les ressources humaines ont suffisamment de connaissances et de fierté d’être nous-mêmes pour ne plus jamais se laisser dominer par des puissances extérieures.
Car la connaissance c’est la lumière. Plus nous en connaîtrons sur nous-mêmes, sur notre histoire et sur celles des autres sur les sciences et sur les langues d’ailleurs et plus nous serons en mesure de relever les défis du millénaire.
Vous autres jeunes du Mali et d’Afrique, je voudrais m’adresser à vous plus particulièrement. Je souhaite que vous compreniez que rien n’est jamais acquis et rien n’est jamais facile. On pourra vous mettre à disposition les plus belles écoles du monde, mais à la fin ce sera toujours vous et vous seuls qui choisiront de travailler. Vous êtes déjà responsables de ce que vous deviendrez, et l’école vous offre la possibilité d’un meilleur chemin. Mais c’est à vous seuls que revient la responsabilité de votre travail, et plus vous travaillerez plus vous aurez de chance de mener votre vie où bon vous semble. L’école vous donne le choix de votre avenir, ne l’oubliez pas.
J’ai choisi de construire ce collège avec bien sûr le soutien de la Région Rhône Alpes pour apporter ma petite contribution au gigantesque édifice de notre Afrique de demain. Dans le même esprit, j’ai aussi aidé à construire une école primaire à Touroni en Côte d’Ivoire et j’ai décidé de reverser l’ensembles des bénéfices des concerts que je ferai cette année en Afrique au profit d’un fonds de financement de construction et/ou réhabilitation d’écoles; notamment ici au Mali dans la région de Bamako, au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Niger et au Togo.
Mais ces écoles ne serviront à rien si vous, les élèves, nos filles et nos fils d’Afrique ou immigrés sur notre terre, ne mettez pas toute votre meilleure volonté pour tirer profit de ce collège. Travaillez sans relâche. C’est à vous, la jeunesse, qu’incombe désormais la responsabilité de notre Afrique.
Je ne finirai pas cette allocution sans remercier une nouvelle fois la région Rhône Alpes, les membres de l’association Toloni qui n’ont ménagé aucun effort pour organiser ce concert à Lyon pour que nous puissions financer cette école.
Je terminerai en remerciant les cadres de Tombouctou qui m’ont donné l’occasion de réaliser ce rêve. Je vous remercie. »

Le site : http://unconcertuneecole.com/

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Date de dernière mise à jour : 24/10/2013

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