Poème d'un expulsé

Cher toi, je ne serai pas en classe aujourd'hui…

Cher toi,
Je ne serai pas en classe aujourd'hui.
Ni demain.
J'ai été arrêté à la sortie du métro.

Ils m'ont mis les menottes.
Ils ont pris les lacets de mes chaussures, ma ceinture.
J'ai dû me mettre tout nu devant eux.
Ils m'ont emmené là.
C'est une prison.

Il y a des grilles, des caméras, et des policiers qui surveillent.
Des hommes, des femmes de tout âge et même des enfants.
Certains n'ont pas plus de trois ans.
C'est un haut-parleur qui nous ordonne de nous lever le matin et de nous coucher le soir.
De toute façon, on ne dort pas.
Il y a le bruit des avions très fort juste à côté.
Ils disent qu'ils vont m'expulser.
Pour aller où ?
Cela fait si longtemps que je suis ici.
Là-bas, je suis plus étranger qu'ici !
J'ai peur.
Ceux qu'ils trouvent «insolents», ils les ligotent, ils les frappent.
Jamais je n'aurais cru qu'un tel endroit puisse exister.
Il faut que cela se sache.
Je compte sur toi pour que cela se sache.

Antoine

P.S.: Cette lettre a été écrite suite aux témoignages de jeunes étudiants arrêtés puis enfermés en 2007 au Centre de rétention de Lyon à l'aéroport de Saint-Exupéry.
Elle est le fruit d'un travail collectif mené par des lycéens, des professeurs et le Réseau Education Sans Frontières pour alerter sur les conditions d'emprisonnement des personnes qui ne parviennent pas à avoir de papiers d'identité en France.
Si la lettre est fictive, les faits eux, sont absolument exacts.

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