Liberté : le film

"Liberté" : 'Si quelqu'un s'inquiète de notre absence...'

Marc Lavoine et Mathias Laliberté dans le film français de Tony Gatlif, "Liberté".

Marc Lavoine et Mathias Laliberté dans le film français de Tony Gatlif, "Liberté".

Depuis le temps que Tony Gatlif met en scène le destin des Roms (Les Princes, 1983, Latcho Drom, 1993, Swing, 2002...), il devait bien finir par croiser un jour la question du génocide. De 250 000 à 500 000 d'entre eux ont été exterminés par les nazis, l'imprécision de ce chiffre témoignant des lacunes historiographiques qui entourent encore aujourd'hui cette question, à l'égard de laquelle la mémoire tzigane elle-même hésite à se confronter. La représentation de cet événement au cinéma est quant à elle rarissime, voire inexistante.

Ce contexte suggère la lourdeur du fardeau qui pesait a priori sur les épaules du réalisateur. On pourrait y ajouter cet embarras supplémentaire : comment concilier la pesanteur tragique de l'événement avec l'effervescence poétique de la culture rom ? La réponse de ce film, le meilleur de Tony Gatlif, tient en un mot, qui lui donne à juste raison son titre : la liberté. Liberté de ne pas reconstituer frontalement l'extermination, liberté de prendre la tangente romanesque à partir d'histoires composites collectées dans la chronique historique, liberté enfin, mais aussi bien grand talent, d'insuffler à ce récit une sorte de poignante légèreté.

L'action de Liberté commence en France, en 1943. Quelques roulottes tziganes traversent les bois, fuyant la soldatesque allemande, agrégeant au passage à la troupe un garçonnet orphelin en fuite, P'tit Claude. Cette troupe débarque dans un village où elle avait l'habitude de participer aux vendanges. Théodore, le maire (Marc Lavoine), et Mlle Lundi (Marie-Josée Croze), l'institutrice membre de la Résistance, les accueillent au nom des valeurs républicaines. Mais pas mal de choses ont changé dans ce village français avec l'occupation. Le régime de Vichy interdit désormais le nomadisme, enferme les Tziganes dans des camps. Les salauds ont désormais le champ libre, tel le très sombre Pierre Pentecôte (Carlo Brandt), qui faisait naguère commerce avec eux mais travaille aujourd'hui pour le compte de la Gestapo.

Enfermés dans un camp, les Tziganes ne doivent leur libération qu'à l'entregent et au courage de Théodore, qui les fait propriétaires, par un acte de donation, du domaine familial et des terrains attenants. Ce geste crée une émeute raciste chez les bonnes gens du village, qui revendiquent une part de ces terres. Les Tziganes, de toute façon, reprendront la route, franchiront la frontière, disparaîtront pour toujours.

Leur passage marquera ce film d'une trace lumineuse et poétique, à l'image du plus fantasque et irréductible d'entre eux : Taloche. Ce funambule aux semelles de vent, roi de la gaffe et de la pantomime, est incarné par le formidable James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin, qui rejoint dans cette composition tzigane le combat de son aïeul contre le totalitarisme et ses suppôts.

Mais ce sont mille détails qu'il faudrait relever pour évoquer la manière dont ce film, évitant le cortège du pathos, conquiert l'élégance, drôle et tragique à la fois, de l'émotion. La libération de l'eau du robinet par Taloche. La délicate réminiscence d'une montre juive abandonnée sur une voie ferrée. La tziganisation de Maréchal nous voilà. Le lyrisme retenu de l'image signée par le chef opérateur Julien Hirsch. La voix vrillante de Catherine Ringer sur la bouleversante chanson de fin, rappelant la gaieté funèbre de son étrange Petit train (1988). Ses paroles, associées à la musique, pourraient donner une idée un peu plus précise du ton particulier du film : "Si quelqu'un s'inquiète de notre absence/Dites-lui qu'on a été jetés du ciel et de la lumière/Nous les seigneurs de ce vaste univers."

En un certain sens, l'insouciance de la mort est ici aussi forte que celle de la vie, chez un peuple dont la raison d'être serait subordonnée à l'idée et à la condition de la liberté. Paul Eluard, qui écrivait en 1942 son nom dans un poème (Liberté), aurait pu le dédier à ce peuple poétique entre tous.

LA BANDE-ANNONCE (avec Preview Networks)
Bande-annonce fournie par Filmtrailer.com

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Commentaires (1)

TdL
  • 1. TdL | 28/02/2010
JE CROIS BIEN QUE JE VAIS ALLER LE VOIR CE FILM

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