Les micro-nations : libertaires ou dictatures ?

Bienvenue au Liberland, peut-être un nouveau petit paradis fiscal en Europe de l'Est ?

Publié le 21.04.2015

Un Tchèque a réalisé son rêve et proclamé un nouvel Etat, le Liberland, sur un terrain boisé de sept kilomètres carré entre la Serbie et la Croatie, où, précise-t-il, la fiscalité sur le revenu ne sera pas obligatoire.

La République libre de Liberland, qui selon sa page web officielle a pour devise «Zit a nechat zit», ce qui en tchèque signifie «Vivre et laissez vivre», vise la création d'une «société où les honnêtes citoyens peuvent prospérer sans lois, règlements ni impôts d'État inefficaces et contraignants».

«L'idée de base est que les impôts soient facultatifs, pour réduire le rôle de l'Etat au minimum, pour faire l'Etat aussi petit que possible», a expliqué à l'AFP Vit Jedlicka, 31 ans, qui s'est auto-proclamé premier président du Liberland.

Membre du petit Parti de Citoyens libres (droite) M. Jedlicka dit avoir déjà reçu 250.000 demandes de citoyenneté venues du monde entier, et espère en recevoir rapidement un million. Pour être accepté il faut «respecter son prochain et ses opinions ainsi que la propriété privée». Les communistes, néo-nazis «et autres extrémistes» n'y seront pas admis.

Le petit «Etat» s'étend sur sept kilomètres carrés de terrains boisés entre la Serbie et la Croatie, au bord du Danube à 45°46'00.0"N de latitude et 18°52'00.0"E de longitude, selon son site web officiel (http://liberland.org). Sa capitale s'appelle Liberpolis.
République constitutionnelle et démocratie directe

«La Croatie affirme que le territoire appartient à la Serbie mais la Serbie n'en veut pas, une situation qui dure depuis déjà 24 ans», depuis les guerres de Yougoslavie après la dissolution de l'ex-Yougoslavie, selon M. Jedlicka.

Le «pays», qui a vu le jour le 13 avril, est une république constitutionnelle et une démocratie directe qui veut instaurer la libre circulation de biens et de personnes, a précisé son président auto-proclamé. L'intérêt est énorme, selon lui: sa page Facebook compterait près d'une centaine de milliers de mentions «j'aime».

Un article lui est consacré dans plusieurs langues dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Ses deux langues officielles sont le tchèque et l'anglais et son drapeau représente un soleil et un oiseau sur un fond jaune barré d'un trait noir.

Samedi, le drapeau du Liberland, qui flottait sur le territoire, a été volé. L'Etat a donc fait appel aux dons. «200 dollars suffiraient pour que de nouveaux drapeaux puissent être déployés partout où vous voudrez», a écrit M. Jedlicka sur Facebook.

Ex-Yougoslavie : Des Polonais revendiquent à leur tour la création d'un micro-Etat

Publié le 15.05.2015

Les bizarreries géographiques héritées de l'explosion de la Yougoslavie suscitent de plus en plus de convoitises: quelques semaines après la proclamation du Liberland, des Polonais revendiquent à leur tour la création d'un micro-Etat aux confins de la Croatie, le Royaume d'Enclava.

A peine plus grand qu'une salle de réunion, celui-ci s'étend sur un arpent inculte de 100 mètres carrés, coincé entre la Slovénie et la Croatie, et qu'aucun des deux pays ne considère comme sien, assure le porte-parole de la nouvelle entité, Piotr Wawrzynkiewicz.
Des territoires réclamés par personne

Le morcèlement de l'ex-Yougoslavie en sept nouveaux Etats, à partir de 1991, a favorisé l'émergence de «terrae nullius», des territoires apatrides. L'existence de ce confetti de terre sans maître, situé près de la localité slovène de Metlika, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Zagreb, lui a été révélée alors qu'il séjournait en Slovénie avec d'autres amis polonais, précise à l'AFP ce spécialiste en nouvelles technologies.

De là est née l'idée de créer un pays «où chacun, indépendamment de sa couleur de peau, de sa religion et de sa nationalité, pourra exprimer ses opinions, étudier gratuitement et gagner de l'argent sans se soucier des impôts», souligne M. Wawrzynkiewicz.
Un Etat qui vit principalement sur Internet

La création du Royaume d'Enclava, qui n'a été reconnu par aucun autre Etat, intervient quelques semaines après celle, par un Tchèque, du Liberland, sur un terrain boisé de sept kilomètres carrés entre la Serbie et la Croatie. Comme ceux du Liberland, les fondateurs d'Enclava revendiquent une approche politique très libérale, voire libertaire, et font vivre leur «Etat» principalement sur internet.

Plus de 5.000 personnes y ont demandé la citoyenneté d'Enclava et 800 ont pris part à l'élection en ligne de son exécutif la semaine dernière, indique Piotr Wawrzynkiewicz. «Nous avons accepté des candidats du monde entier, la seule condition étant de ne pas faire partie d'un groupe extrémiste et ne pas avoir de démêlés avec la justice», souligne-t-il.

La nouvelle entité, dont la devise est «Citoyens du monde», a adopté l'unité de compte virtuelle Dogecoin comme monnaie nationale et arbore cinq langues officielles, dont le chinois. Des volontaires sont invités à défricher prochainement l'are de territoire national.

Le tour du monde des micro-nations

Publié le 15.05.2015

Autre terre apatride, Bir Tawil, une région inhabitée de 2.000 km carré entre l’Egypte et le Soudan. Le 16 juin 2014, un Américain y a planté un drapeau « fait maison » afin de tenir une promesse faite à sa fille Emily, 7 ans, qui voulait devenir princesse. Jeremiah Heaton, originaire de Virginie, a proclamé le Royaume du Soudan du Nord, au terme d’un voyage qui lui a coûté 3.000 dollars aller-retour. Avec la jeune princesse, il veut désormais créer une oasis écologique et cultiver des fruits et légumes.

400 micro-nations dans le monde

Enclava et Liberland ne sont pas des cas isolés. Il existerait environ 400 micro-Etats dans le monde. Ces « pays » ne font parfois guère plus de quelques kilomètres carrés, mais cela ne les empêche pas d’avoir un dirigeant, un drapeau, une monnaie, ou d’éditer des timbres.

Les micro-nations ont même leur sommet international, le MicroCon, qui a réuni les représentants d’une quinzaine de chefs d’Etat le 11 avril à Anaheim, aux Etats-Unis, sous la houlette de Kevin Baugh, qui n’est autre que le président de Molossia, une « république bananière dictatoriale » autoproclamée en 1999. Le territoire de Molossia a beau ne pas s’étendre au-delà du jardin de Kevin Baugh, il compte une banque (qui imprime ses propres billets), une poste, et attire régulièrement quelques visiteurs curieux.

Vladimir Veselovsky, dictateur suprême des territoires provisoires du F.A.R.T. (pour Free Autocratic Republic of Totalitarianism, un acronyme qui forme le mort fart, « pet » en anglais), était présent au MicroCon 2015.

Russell Arundel faisait lui aussi partie des dirigeants de micro-Etats portés sur l’humour. L’homme d’affaires a établi la principauté d’Outer Baldonia en 1948 sur une île de l’archipel Tusket au Canada, achetée pour la modique somme de 750 dollars. Selon le règlement, quiconque parvenait à attraper un thon rouge se voyait décerner le titre de prince. La principauté a été abolie en 1973 lorsque l’Américain a revendu l’île.

La micro-nation la plus petite au monde est sans aucun doute celle des Etats libres et ambulants d’Obsidia, fondés par Carolyn Yagjian, une artiste américaine de 29 ans originaire d’Oakland. Le siège du pouvoir réside dans une roche volcanique de la taille d’un poing, et la particularité de cette nation est qu’aucun homme ne peut siéger au gouvernement.

C'est quoi le MicroCon ?

MicroCon 2015: Dictators of the world unite at world summit of micronations - countries too small to count

Monday 13 April 2015

Micronations have their own flags and national anthems, and even met for a world summit last week. It’s just that they’re not recognised – by the UN or the Eurovision Song Contest. Simon Usborne talks to their indefatigable leaders

It is rare enough to have a dictator’s personal email address, much less to receive such prompt and enthusiastic answers to questions. “I, Supreme Dictator Vladimir Veselovsky, am honoured to receive such a request from a great institution such as The Independent,” the leader of the Provisional Territories of the F.A.R.T. writes. “Therefore I shall, to the fullest of my abilities, answer your questions on behalf of the Department of the Exterior, our foreign ministry.”

Thanks, dear leader. Question one: what is the point of micronations, the tiny countries that have the trappings of statehood – name, flag, leader, national anthem – but are typically recognised only by those who are mad enough to invent them? Veselovsky has just returned to East Zbrizka, the windswept capital of F.A.R.T. (the Free Autocratic Republic of Totalitarianism) after MicroCon 2015, a conference of more than a dozen states that took place in California last weekend.

“It is a good question while also being rather difficult to answer,” the dictator says. “Personally, I think it’s because I find tyrannical communism entertaining.” This much is evident at the leader’s Facebook page. In a profile picture that is equal parts Guevara and Stalin, he poses in a general’s hat and a Mackintosh. The F.A.R.T. website, meanwhile, reveals its national anthem (“Long live the Supreme Dictator! Long live his fabulous reign! Long live our Supreme Dictator! Serve the F.A.R.T. in his good name!”) and official currency, the Imperial F.A.R.T. Dollar. There is a national sport – chess – and even a national fish, the red-lipped batfish.

Veselovsky is 16 and is based in Los Angeles and want to be a composer when he leaves school. All of his family and friends are citizens of F.A.R.T. And while his tongue threatens to poke a hole in his cheek, he says there is a point to what he does. “It’s surprisingly educational,” he explains. “If you really want to start a serious micronation you have to put in a lot of effort and do a lot of research, which means you really begin to develop a greater understanding of how an existing country functions.”

Hundreds of similar, simulated countries have emerged in the internet age, but early examples of micronations date back as far as the 19th century. The Principality of Seborga, in northern Italy, claims it exists thanks to a hole in the redistribution of territories after the Napoleonic Wars in 1815. Saturday’s conference was hosted by the Republic of Molossia, which is among the best-known micronations thanks to the indefatigability of President Kevin Baugh. The country he established under a different name in 1977 now occupies little over an acre of land in Nevada, otherwise known as his house and garden.

More than 50 delegates gathered for the conference at Anaheim Central Library. Proceedings included a chance for each world leader to speak, a formal ball, and a day trip to that other putative state, the nearby Disneyland. Members included HRH Grand Duke Travis McHenry, the leader of the Grand Duchy of Westarctica, who in 2001 took command of an unclaimed chunk of Antarctica, and HM Grand Duke Jacob Felts of the Grand Duchy of Broslavia (“land of brotherhood”).

Notable absentees included the Principality of Sealand. In 1966, Roy Bates, a former British Army major, abandoned his plans to launch a pirate radio station on a derelict fort in the North Sea, off Suffolk, and instead claimed the concrete platform as a new country. Soon afterwards, when Bates’s son, Michael, fired warning shots at a would-be demolition team, a court threw out the case against him because the platform lay outside British waters. It no longer does, but Prince Roy maintained his national claim until his death in 2012, issuing passports and making his own coins and stamps. Michael – now Michael Regent – still leads Sealand, albeit from his home in Essex.

There have been several attempts to organise micronations. Sealand has had its own football team, which has taken part in tournaments staged by the Micronational Football Association. Its Sepp Blatter is Barnaby Hands, a student who is also the founder and president of the Democratic Environmental Society of Senya, based in Norfolk. He hopes to host the twice-cancelled MFA World Cup in London later this year. The Micro Wiki online encyclopedia, is a remarkably thorough resource meanwhile, with many country pages longer than those of real nations.

In 2005, the presenter Danny Wallace explored micronationalism for a BBC series by declaring his east London flat an independent state, the Kingdom of Lovely. He delivered the declaration to the then Prime Minister, Tony Blair, and sought fiscal advice from the former chancellor, Ken Clarke. After a failed visit to the United Nations in New York, where he had tried to secure recognition, he attempted to enter the 2006 Eurovision Song Contest with a song called “Stop the Muggin’, Start the Huggin’”. That also failed, and Lovely soon ceased to exist (or, er, to not exist).

Comedy aside, Veselovsky returns to his educational argument for micronationalism. “It’s like doing a high school science experiment,” he says. “Maybe you can’t test the theory with the given supplies, but if you do it properly you can replicate the same results at a smaller scale.” He also believes in his hobby as a means of questioning our ideas of statehood. “A micronation is an unrecognized, self-declared country, but to be fair, that’s basically how every established country started out,” he writes, adding: “The borders of ‘real’ countries often have to do solely with ethnic, political, and religious divides, whereas micronations often are more about a common set of beliefs, which I find to be much more profound.”

Sources :

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Commentaires (2)

S.M.I Olivier
  • 1. S.M.I Olivier (site web) | 27/11/2015
Pour votre bonne information, il existe aussi un certain nombre de micronations francophones très actives, ancrées dans la réalité, et aux philosophies variées : http://www.microfrancophonie.org
Chien Gué, webmaster
  • 2. Chien Gué, webmaster | 28/11/2015
En effet, merci, je me sens mieux désormais :
"très actives" : je n'en doute point
"ancrées dans la réalité" : j'en doute un peu plus
"philosophies variées" : en effet, à chacun sa mégalomanie

ce n'est pas la "francophonie" qui me rassure ! ces micro-nations ne seraient elles pas plus logiquement des associations loi 1901 ? Sinon, c'est grave ...

Je vais souvent à Aigues-Mortes, tout près de chez moi, et j'adore ce village. Mais je n'y ai jamais croisé de prince Jean-Pierre IV, ni son épouse Du Fermoir de Monsac, même si le côté médiéval du village est latent.

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Date de dernière mise à jour : 21/05/2015

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