Aubagne et ses irréductibles communistes

Aubagne est une commune française, située dans le département des Bouches-du-Rhône et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Aubagne a été une ville avec des maires communistes, la majorité municipale étant communiste, socialiste, et divers gauches.

Décembre 2011 : Aubagne en guerre contre les agences de notation

Furieuse, la ville a mis un terme au contrat qui la liait avec l’agence Fitch...

Accusées de faire la pluie et le beau temps notamment sur les politiques des Etats, les agences de notation suscitent ces derniers temps des réactions très virulentes. Le gouverneur de la Banque de France n’y est pas allé de main morte fustigeant des agences «franchement incompréhensibles et irrationnelles» dont l’utilité n’est plus avérée.

Une déclaration choc qu’a fait sienne la ville d’Aubagne (Bouches-du-Rhône). Son maire, Daniel Fontaine (PCF), et sa présidente de la Communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Étoile (CAPAE), Magali Giovangelli, ont mis un terme au contrat qui les liait à l’agence Fitch, révèle La Provence.

Depuis la crise de 2008, le crédit bancaire s’est raréfié. A la recherche de nouveaux financements, de plus en plus de collectivités locales se sont tournées vers les marchés obligataires. Elles ont donc fait appel aux agences pour qu’elles déterminent leur risque de crédit afin de rassurer les investisseurs sur leur solidité.

«Situation folle et honteuse»

Aubagne n’en a cure. «Même s'il faut négocier ferme, les banques vont nous prêter pour les 140 millions de l'investissement du tram entre 2,8 et 3,7 %. Payer 50.000 euros par an pour s'entendre dire que nos comptes sont solides est vain. Mais surtout, nous en avons assez de nous retrouver dans cette situation folle et honteuse où, après avoir fait tomber des États, les agences veulent peser sur les collectivités. Les commentaires dont elles accompagnent leurs notes sont honteux, comme des leçons à des élus du peuple. Un pays, une collectivité ne doit pas oublier qu'elle est au service des citoyens, pas des financiers», a martelé Magali Giovangelli dans les colonnes du quotidien.

De son côté, Daniel Fontaine refuse «de se faire mettre à genoux par les agences de notation… Elles nous demandent de revoir la politique pour laquelle nous nous sommes engagés auprès des citoyens et nous refusons.»

L’initiative d’Aubagne fera-t-elle tâche d’huile?

«Il ne s'agit pas d'une insatisfaction de la part de nos client, a justifié un représentant de Fitch. La Ville de Paris, l'Ile-de-France, nous conservent leur confiance. Les collectivités représentent 10 % de notre activité. À notre connaissance, Aubagne et sa communauté sont les seuls à avoir cessé leur contrat avec nous.» Toutefois, dans le contexte actuel, l’initiative pourrait bien faire tâche d’huile.

Source : http://www.20minutes.fr/economie/845864-aubagne-guerre-contre-agences-notation

Mai 2009 : Gratuité des bus, la preuve par Aubagne

La gratuité des transports collectifs à Aubagne, et plus largement dans toutes les communes du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, est une des décisions fortes qui marque cette fin d’année. Elle entrera en vigueur au cours du premier semestre 2009. L’impact attendu est à la fois écologique et social.

Adieu tickets… Inauguré il y a tout juste un an, les Bus de l’Agglo deviendront gratuits dès le premier semestre 2009 ! Ils le seront à Aubagne comme ils le seront dans les dix autres communes qui composent la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile. Alors même que les prix des carburants ont atteint des sommets et que les questions des flux de déplacements en ville deviennent de plus en plus préoccupantes, nul ne doute que cette décision forte fera l’unanimité.

Déjà, le principe fait des émules… A bord des bus, sur les marchés, dans les commerces : partout, l’annonce de la gratuité des transports suscite enthousiasme et interrogations. La qualité de l’offre et des services va-t-elle se dégrader ? Les impôts vont-ils augmenter ? A ces questions là, légitimes évidemment, la réponse est claire : ici, nous avons fait le choix de construire une alternative au « tout-voiture », en développant notamment l’offre et la qualité de nos transports publics. La décision prise n’est pas celle d’un arbitrage entre un meilleur maillage du réseau et une gratuité généralisée. Au contraire, la volonté est de développer une offre de transport innovante, moderne, globale et adaptée. La gratuité des transports, le schéma d’accessibilité des personnes handicapées, le tramway entre La Penne-sur-Huveaune et la zone industrielle des Paluds à Aubagne, la voie de Valdonne reliant en site propre Aubagne et Peypin en passant par Roquevaire, le prêt de vélos aux habitants, pour ne citer qu’eux, sont là pour le démontrer…

330 000 déplacements quotidiens « La gratuité c’est avant tout la rupture avec tout ce qui existait précédemment » explique Daniel Fontaine, le maire d’Aubagne, dans un numéro spécial de La Marseillaise consacré aux transports. « Ce n’est pas un slogan mais un acte fort qui vise à modifier en profondeur les comportements des gens ». Et le maire d’Aubagne le sait bien, l’enjeu est de taille en Pays d’Aubagne et de l’Etoile, territoire sur lequel on recense chaque jour plus de 330 000 déplacements, dont 70% en voiture. Avec la gratuité, l’objectif affiché est donc avant tout une augmentation sensible de la fréquentation. Les résultats sont probants dans les communes ayant franchi le pas, comme à Châteauroux par exemple où la fréquentation a plus que doublée depuis la mise en œuvre de la gratuité ! A terme, l’impact attendu est à la fois écologique et social. Ecologique, car en diminuant le trafic automobile, ce sont des milliers de tonnes de CO2 que l’on évite de rejeter dans la nature. Social, évidemment, car la mesure pèsera directement sur le portefeuille des usagers et donc sur le pouvoir d’achat. Même si jusque-là, les tarifs des Bus de l’Agglo étaient relativement faibles (prix moyen du ticket à 51 centimes), il est important de rappeler qu’en l’espace de quelques années, la part du budget « Transports » des ménages est passée en deuxième position, après celle du logement… mais avant celle de l’alimentation !

La gratuité, ça se décide… et ça se prépare ! Bien sûr, une décision comme celle-là ne s’improvise pas. Elle demande même un gros travail de préparation de coordination et d’organisation, accompagné d’une sensibilisation auprès des usagers. Pour l’heure, ce que l’on sait et ce n’est pas rien, c’est que la gratuité concernera toutes les personnes qui utiliseront les transports en commun de l’Agglo, quel que soit leur lieu de résidence, et quelle sera effective dès le premier semestre 2009…

LA GRATUITÉ, COMBIEN ÇA COÛTE ?

Entretien avec Alain Belviso, président de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile

Quel est le manque à gagner pour la collectivité dû à la décision de proposer la gratuité des transports ?

A partir du moment où nous avons décidé d’installer la gratuité des transports publics, nous nous sommes penchés sur la question du financement. Elle n’est pas problématique. Le manque à gagner s’élève au montant des recettes que l’Agglo percevait jusque-là à travers la vente de tickets et qu’elle ne recevra plus désormais. Cela représente environ 700 000 euros par an.

Comment va être compensée cette somme ? Doit-on s’attendre à la création d’un impôt communautaire ?

Pas du tout. Il n’y aura aucune augmentation fiscale pour les ménages. La somme sera compensée par la perception de la Taxe Versement Transports que payent les entreprises à l’Agglo. Aujourd’hui, cette taxe s’élève à 0,6%. Elle atteindra très prochainement 1,05% quand notre territoire dépassera les 100 000 habitants et 1,75% lorsque nous aurons le tramway, un mode de transport en site propre. Ces recettes seront en augmentation et permettront d’autant mieux la compensation financière.

Source : http://www.annecy-resolument-a-gauche.fr/spip.php?article52

Aubagne construit son territoire à l’heure du monde

par Gustave Massiah, octobre 2011

La représentation de l’espace politique de la transformation sociale met en scène deux acteurs majeurs : les opérateurs économiques, limités aux entreprises, et l’Etat, rabattu sur les administrations. Mais, récemment, deux nouveaux protagonistes se sont dégagés en affirmant leur autonomie : les collectivités locales, qui relient le territoire à la démocratie de proximité, et les mouvements associatifs, formes organisées de ce que l’on appelle la « société civile ». Cette évolution renouvelle l’exercice de la citoyenneté, qui ne peut être restreinte à la confrontation entre le pouvoir économique et le pouvoir politique. D’autant qu’avec la domination du néolibéralisme les Etats ont été subordonnés au pouvoir économique, plus particulièrement financier, élargissant la crise du politique.

Le forum « 2011, Aubagne à l’heure du monde », qui se tient du 8 au 15 octobre 2011, participe du renouvellement de la démocratie. Les institutions représentatives de la commune et de l’agglomération élargissent les formes de la démocratie participative à tous les habitants, en dépassant le cercle des convaincus. Depuis 2008, des « ateliers » ont ainsi validé une vingtaine de projets municipaux majeurs (tramway gratuit, espace central jeunes, espace culturel et festif, épicerie sociale et solidaire, complexe sportif, habitat d’urgence pour les femmes victimes de violences, etc.). Directement et à travers leurs associations, des milliers de personnes prennent part aux activités et à l’organisation du forum d’Aubagne. Le pari est de de réinventer une véritable citoyenneté. Est ainsi rendue visible la stratégie d’alliance entre les collectivités locales et les mouvements sociaux et civiques, celle de la construction d’une légitimité politique à partir des actions collectives des citoyens.

Les collectivités locales s’inscrivent dans l’enchaînement des espaces et des pouvoirs. Elles relient de manière étroite les territoires, les populations, les activités et les institutions. La communauté Pays d’Aubagne et de l’Etoile, avec cent mille habitants, offre une échelle significative pour la démocratie de proximité. Pour autant, la volonté de se relier au monde n’implique aucunement la sous-estimation des autres échelles. L’échelle nationale d’abord, qui est celle des politiques publiques et des solidarités, de l’exigence d’un Etat soucieux de l’intérêt général. L’échelle des régions aussi, qui peut s’affirmer comme une contre-tendance de la mondialisation. A condition que ces grandes collectivités se construisent à partir des mouvements sociaux et de citoyens, comme on a pu le voir en Amérique latine, ou aujourd’hui au Maghreb et au Machrek. Comme devrait le montrer une Europe à réinventer par l’action conjointe d’un mouvement social européen et des collectivités locales.

Cette ville participe à une dynamique mondiale — qui a pris un nouvel essor avec la conférence des Nations unies sur l’habitat et la ville à Istanbul en 1996 et la création de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) — par sa présence dans les commissions « inclusion sociale et démocratie participative », « culture », « villes de périphérie ». Elle est membre de nombreux réseaux qui échangent leurs pratiques et définissent des positions communes (Cités unies France, Mayors for Peace, dont le maire Daniel Fontaine préside l’association française, l’Observatoire international de la démocratie participative (OIDP), les réseaux Villes éducatrices, Villes amies des enfants...). La commune est active dans les Forums sociaux mondiaux, le Forum des autorités locales, le Forum des autorités locales de périphérie pour des métropoles solidaires. Elle affirme ainsi l’importance du dialogue politique entre les associations et les institutions locales.

Une collectivité territoriale est toujours confrontée à une redoutable contradiction. Il lui faut, souvent dans l’urgence, œuvrer pour améliorer les conditions de vie des habitants, à commencer par les plus démunis, élargir le champ des libertés, préserver le territoire et l’environnement. Il lui faut aussi inscrire son action dans la durée, en tenant compte des transformations structurelles qui s’analysent dans l’espace du monde. Il lui faut alors privilégier des actions qui facilitent, à long terme, le dépassement des logiques libérales.

Aubagne soutient les résistances porteuses de sens et de création. Ainsi, en 2009, une chaîne humaine s’est formée autour de l’hôpital d’Aubagne pour le protéger des dérives du ministère de la santé. La ville mène, à travers ses services publics, une politique d’égalité des droits, en les revendiquant à l’échelle nationale et en les amorçant au niveau local.

La ville invente des pratiques concrètes d’émancipation qui préfigurent un autre monde possible. En 2009, la gratuité des transports collectifs a été instaurée sur le territoire de douze villes et villages, les principales lignes desservant les quartiers populaires. La ville s’engage dans la bataille des idées ; elle affirme la « supériorité de la réponse pensée collectivement », selon l’expression de son maire. Il s’agit d’un engagement culturel qui donne son sens à « 2011, Aubagne à l’heure du monde ».

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/10/MASSIAH/21112

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Date de dernière mise à jour : 07/02/2012

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