L’UMP, dernier parti stalinien de France ?

Au parti présidentiel c'est le retour des méthodes ancestrales, le bon vieux troc du donnant donnant. Les jeux de pouvoir et petites magouilles entre amis ont la part belle. Dernier exemple en date, le « vote » pour « l'élection » du nouveau secrétaire général, en réalité nommé et adoubé par le Président de la République. A l'UMP, c'est l'ère démocratique version Staline.

Dailymotion - BFMTvUne scène digne de la comedia dell’ arte s’est jouée au siège de  l’UMP, rue La Boétie, à Paris. Le bureau politique de cette organisation au-dessus de tout soupçon s’est réuni pour « élire » un nouveau secrétaire général dont la désignation avait déjà été avalisé quelques jours plus tôt, lors de la formation du gouvernement, dans le cadre d’un vaste marchandage. 
 
Tout le monde connaissait le nom de l’heureux élu, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, qui a succéder à Xavier Bertrand, recasé au poste de ministre du Travail. Mais comme il fallait sauver les apparences, un théâtre d’ombre a été organisé pour entériner un choix qui a autant de rapport avec la démocratie que les primes des Bleus avec la morale.

Le lundi 15 novembre, dans ses pages consacrées au remaniement ministériel, Le Figaro annonçait la nouvelle avec ce titre : « Copé obtient la direction de l’UMP ». Copé aurait pu être ministre de l’Intérieur, comme le lui proposait le Président de la République. Mais après avoir pesé le pour et le contre, il a préféré s’occuper de l’UMP. Il sera donc ministre du parti présidentiel.

En fait, l’Union pour la Majorité Présidentielle est le dernier parti stalinien de France, l’équivalent de ce qu’était le PCF à l’époque de Maurice Thorez. Tout se règle au sommet, entre gens avertis. A l’UMP, héritier du RPR, c’est le grand leader, le Kim Il-Sung local, autrement dit Nicolas Sarkzoy, qui décide de tout. L’UMP est une machine électorale complètement dévouée à son chef (donc à lui), et bien qu’il siège à l’Elysée, il continue d’en tirer les ficelles via ses hommes liges, qui ont le sens de la discipline.
 
Les élections prévues dans les statuts n’ont d’autre utilité que d’amuser la galerie, afin de donner l’impression que les adhérents du parti présidentiel ont voix au chapitre. En vérité, ils ne sont là que pour faire la claque, et battre le rappel électoral. L’UMP a donc changé de numéro 1 comme si de rien n’était, ce qui explique sans doute que Xavier Bertrand, du temps où il se croyait en place pour un long bail, ait signé un accord de coopération inédit avec le parti communiste chinois.
 
Dans ce parti sans (véritable) adhérent, sans démocratie, les successions sont souvent le fruit de batailles homériques, car le contrôle de l’appareil est nécessaire à quiconque brigue une carrière politique. Voilà pourquoi Jean-François Copé, en clone de Sarkozy, a entrepris une campagne de déstabilisation de Xavier Bertrand afin de prendre le contrôle de l’UMP. S’il a remporté la partie, c’est parce que l’aura de Nicolas Sarkozy n’est plus ce qu’elle était. La Bérézina électorale des régionales a changé le rapport des forces au sein des élus UMP qui se demandent où les emmène le Napoléon de l’Elysée. Nombre d’entre eux, du coup, ont appuyé le mini putsch de Copé, qui a réussi à imposer sa décision à un Sarkozy plus affaibli qu’il n’y paraît.
 
Le Président a bien essayé de convaincre Copé d’accepter un poste de ministre, ce qui aurait permis de nommer un Sarko boy à l’UMP, tel Brice Hortefeux. Mais Copé, qui voit loin (2017, c’est déjà demain), se prépare à toutes les hypothèses (une crise est si vite arrivée). Il n’a pas oublié le conseil que lui avait donné Sarkozy en 1990 : « En politique, ce qui compte, ce ne sont pas les mandats, c’est le parti ! ». Le député-maire de Meaux veut donc absolument tenir l’appareil, quitte à jurer qu’il sera un homme de confiance pour le Président.

L’engagement est aussi crédible qu’une déclaration sur l’honneur du gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, mais il faut respecter un semblant de préséance, quitte à dissimuler les couteaux sous la table.

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