Mugabé et le Zimbabwé

Beau pays pour beau tyran

   Le Zimbabwe est un pays d'Afrique australe, entouré par le Botswana, l'Afrique du sud, la Zambie et le Mozambique.    

 La nature fût généreuse en dotant le Zimbabwe d'une des plus belles chutes d'eau du monde, les chutes Victoria.

De plus, à l'instar des pays environnants, la faune du pays est un atout touristique non négligeable. Ce pays qui était l'un des plus prospères de la région est en proie à

  

 de graves difficultés économiques depuis l'accession au pouvoir du despote Robert Mugabe.

Les premiers à en subir les conséquences sont les habitants du Zimbabwe qui luttent pour leur survie dans un pays qui a pourtant tout pour réussir.

 


Depuis la décision historique de M. Mugabé d'entreprendre la réforme agraire dans son pays, une grande partie de la population du Zimbabwe vit un véritable cauchemar. Tout le monde se souvient de la redistribution partisane et anti-démocratique des fermes qu'il avait retirées aux fermiers blancs qui attendent toujours d'être entièrement dédommagés, malgré les accords entre le gouvernement britannique d'alors et celui de M. Mugabé. En attribuant des fermes à des membres de son ethnie, de sa famille et à des militants de son parti, M. Mugabé mettait ainsi un mécanisme pour rester au pouvoir le plus longtemps possible. Et pour mieux asseoir l'hégémonie de son parti dans la capitale Harare, il fit déguerpir les habitants des quartiers spontanés de la ville, car ces derniers étaient réputés appartenir au principal parti de l'opposition le Mdc. L'opération Murambatshina (déguerpissement humain) eut des conséquences catastrophiques sur la santé de cette population pauvre et sans ressources. Des femmes en état de grossesse et des enfants furent évacués comme des bêtes et parqués à Porta Farm, un endroit en plein air où les conditions d'hygiène et de salubrité n'étaient guère remplies.

M. Mugabé s'est toujours acharné contre les leaders de l'opposition par l'intermédiaire de la police nationale. Le principal leader de l'opposition M. Morgan Tsvangirai a été interné à plusieurs reprises pour des coups et blessures occasionnés par les hommes du commissaire Augustine. Des femmes du Woza (Femmes du Zimbabwe debout !) et des hommes du Moza (Hommes du Zimbabwe debout !) sont très souvent arrêtés et maltraités par la police. Dans la journée du 1er octobre 2007, environ 200 manifestants du Woza et du Moza ont été interpellés au cours de manifestations pacifiques à Bulawayo selon l'agence de presse Zim on line.

Robert Mugabe, libérateur du Zimbabwe devenu oppresseur

R. Mugabe prononce un discours à Harare le 13 août (Philimon Bulawayo/Reuters).

Le 17 avril 1980, Bob Marley entonnait au stade d'Harare sa chanson "Zimbabwe", marquant dans la joie et le reggae la naissance du dernier-né des Etats africains, sur les décombres de la Rhodésie de la minorité blanche. Vingt-sept ans après, le pays est en perdition, avec une hyperinflation de 4 500% et un régime autoritaire et démagogique. Qu'est-ce qui n'a pas marché?

Journaliste basé en Afrique australe à l'époque de l'indépendance, j'ai été témoin, en 1980, de cette éruption de bonheur et d'espoir collectif, et nul autre que Robert Mugabe ne semblait alors aussi légitime pour l'incarner. Mugabe avait tout pour plaire, au sortir d'une guerre d'indépendance cruelle et impitoyable. Ses anciens professeurs du collège jésuite de Kutama nous confiaient alors, sous le sceau de la confidentialité: "On a fait du bon boulot, non?" Mugabe avait une vision radicale du changement de société à venir, mâtinée du pragmatisme inspiré par les déboires et les erreurs du Mozambique révolutionnaire voisin, qu'il avait pu observer de près en exil.

L'homme incarnait pourtant le diable pour beaucoup: ancien chef de guerilla maoïste, le plus radical de la nébuleuse nationaliste noire, qu'il s'agisse de l'"oncle Tom" Abel Muzorewa, ou du trop accomodant et corpulent Joshua Nkomo. C'est d'ailleurs envers ses rivaux de la lutte pour l'indépendance qu'il se montra initialement sans pitié, réprimant dans le sang, dans les premières années de l'indépendance, les dissensions du Matabeleland, le fief ethnique et politique de Nkomo. Mais l'illusion du pragmatisme survécut miraculeusement à ces bavures répressives.

Un quart de siècle plus tard, son règne finissant tourne au cauchemar pour l'ensemble de ses douze millions d'habitants, entraînés dans une fuite en avant destructrice par un despote qui, cette semaine encore, réaffirmait son refus de changer de cap. A 83 ans, Robert Mugabe joue sur une ultime carte pour la survie de son régime, celle d'un patriotisme économique douteux, basé sur des critères raciaux. De nouvelles lois introduites fin juillet obligent toutes les entreprises à être possédées à 51% par des Zimbabwéens noirs. Le "Black empowerement" peut être légitime dans un pays qui a hérité d'inégalités profondes dues aux discriminations raciales, mais il ne s'agit, aujourd'hui, que d'une manipulations populiste destinée à rester au pouvoir.

Plusieurs millions de Zimbabwéens sont menacés par la famine et la majorité de la population vit avec moins d'un dollar par jour. Les services sociaux se sont effondrés parallèlement à l'économie nationale, alors que les premières années de l'indépendance avaient été marquées par l'essor de l'accès de la majorité noire à l'éducation et à la santé.

Mugabe sait trop bien ce qu'il advient des anciens despotes

Cette gestion catastrophique a suscité une montée en puissance de l'opposition politique à Mugabe, à laquelle ce dernier a réagi avec brutalité. Tortures, emprisonnements, censure sont devenus la norme: il y a quelques mois, le chef de l'opposition, Morgan Tsanvagirai, a comparu devant une cour portant les signes d'un tabassage en règle entre les mains de la police. Comme l'écrit Judith Garfield Todd, une opposante blanche à Mugabe, fille d'un ex-Premier ministre libéral qui fut emprisonné par l'ancien régime de Ian Smith, "je n'arrive pas à comprendre comment des gens qui ont souffert entre les mains d'oppresseurs ont pu se transformer en oppresseurs eux-mêmes" ("Through the darkness, a life in Zimbabwe", Zebra Press, 2007). L'histoire, pourtant, en est pleine...

Qu'est-ce qui a mal tourné? Comment le "camarade Bob", libérateur du Zimbabwe, est-il devenu Mugabe le despote? Certains blâmeront le mélange d'éducation jésuite et de relents de marxisme-léninisme... D'autres le choc de la mort de sa femme Sally, et des critiques suscitées par l'attitude du Président (il faisait un enfant à sa secrétaire mariée alors que sa femme était en train de mourir...). Ou encore l'incapacité des libérateurs de se transformer en gestionnaires. Ou, plus simplement, le vieil adage selon lequel si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument -le Zimbabwe n'échappe pas à cette règle.

A 83 ans, Robert Mugabe entend s'accrocher au pouvoir jusqu'à sa mort, sachant trop bien ce qu'il advient des despotes qui l'abandonnent prématurément. L'ancien président de la Zambie voisine, Frederick Chiluba, a été poursuivi pour corruption dès qu'il a quitté ses fonctions, et l'ancien maître du Libéria, Charles Taylor, s'est carrément retrouvé au Tribunal de La Haye...

A l'approche de l'élection présidentielle prévue l'an prochain, Mugabe n'a pas l'intention de passer la main, même si certains de ses lieutenants aimeraient bien le pousser vers la sortie. Ses voisins d'Afrique australe seraient eux-aussi tentés de lui donner gentiment un coup de pouce vers la retraite, un pas que l'Afrique du Sud, la principale puissance régionale, a hésité à franchir jusqu'ici. Mugabe peut aussi compter sur le soutien sonnant et trébuchant de la Chine pour renflouer ses caisses vides, et tenir ainsi à la tête d'un pays exsangue et démoralisé, défiant le reste du monde et son propre peuple. Jusqu'à quand?

Zimbabwe : les journalistes que le gouvernement surveille

Au Zimbabwe, les atteintes à la liberté de la presse se succèdent et ne se ressemblent pas. Dernier incident en date, rapporté par Reporters sans frontières (RSF), le journaliste James Jemwa et deux comédiens Sylvanos Mudzvova et Anthony Tongani ont été arrêtés le 28 septembre, lors de la représentation de la pièce Theatre in the Park à Harare, la capitale zimbabwéenne. De même, selon un document publié le 26 septembre 2007 par la presse indépendante, une quinzaine de journalistes sont sous étroite surveillance dans le cadre des prochaines élections de 2008. Le document officiel intitulé "targeted journalists" (journalistes ciblés), sur lequel s’appuie ces révélations mentionne qu’ils travailleraient « main dans la main » avec des gouvernements occidentaux hostiles au Zimbabwe. Parmi eux, Vincent Kahiya, Dumisani Muleya et Itai Mushekwe, respectivement directeur de publication, rédacteur en chef et journaliste du quotidien privé Zimbabwe Independent, Bill Saidi et Caiphas Chimhete, rédacteur en chef adjoint et journaliste du quotidien privé The Standard. Foster Dongozi, le président du Syndicat des journalistes du Zimbabwe (ZUJ), Abel Mutsakani, le rédacteur en chef du site Internet ZimOnline et Gift Phiri, le correspondant à Harare de l’hebdomadaire privé The Zimbabwean, publié en Grande-Bretagne, figurent également sur cette liste. Abel Mutsakani avait déjà été victime d’une tentative d’assassinat en Afrique du Sud en juillet 2007.


Zimbabwé : le spectre de l'Apartheid
Said Penda
BBC Afrique, Johannesbourg

«La situation au Zimbabwé ressemble à l’Apartheid». C’est l’une des figures de la lutte contre le régime raciste d’Afrique du Sud qui l’affirme.

Monseigneur Desmond Tutu est connu pour ses critiques envers le régime de Robert Mugabé. Mais elles viennent de monter d’un cran.

Sa dernière intervention fait suite à la publication de l’étude d’un Institut indépendant, basé en Afrique du Sud, qui estime que la majorité des Zimbabwéens ayant fui en Afrique du Sud sont éligibles au statut de réfugié.

 
 

«Les histoires que nous entendons à propos du harcèlement des opposants politiques, de détention sans procès, de torture et de refus de soins médicaux rappellent nos expériences aux mains de la police de l’Apartheid» a également déclaré Desmond Tutu dans un communiqué.

Celui qui a présidé la Commission Vérité et Réconciliation dans son pays n’en est pas à sa première prise de position contre Robert Mugabé, qu’il a souvent qualifié de «caricature de dictateur africain».

Cette étude publiée par un groupe de chercheurs indépendants semble confirmer le fait que les Zimbabwéens en exil fuient avant tout les persécutions du régime en place dans leur pays.

L’institut pour la démocratie en Afrique du Sud (Idasa) estime, en effet, que 60% des zimbabwéens exilés en Afrique du Sud ont quitté leur pays pour des raisons politiques.

Ils ont notamment, toujours selon ce rapport de Idasa, voulu échapper à des «persécutions diverses et des passages à tabac».

 
  

Les résultats de cette enquête prennent le contre-pied des affirmations du gouvernement sud-africain qui soutient que les Zimbabwéens vivant en Afrique du Sud ont émigré pour des raisons économiques.

Alors que les appels se multiplient pour demander aux autorités de Prétoria de faire un geste humanitaire envers ces centaines de milliers de personnes, le gouvernement Mbeki maintient que ces Zimbabwéens ne peuvent pas bénéficier du statut de réfugié.

Les résultats de cette dernière enquête tendent à prouver le contraire.

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Commentaires (1)

Chien Guevara
  • 1. Chien Guevara | 30/03/2008

Les Zimbabwéens à bout de force
A Harare aujourd'hui, une femme à la sortie du bureau de vote. (Photo Reuters)
Etranglée par l’hyperinflation, la population veut tourner la page Mugabe à l'occasion de la présidentielle, samedi. L'élection la plus importante depuis que le Zimbabwe a pris son indépendance de la Grande-Bretagne, en 1980.
«Cette fois, Mugabe va perdre. Nous avons trop souffert !» lance Bennett, un habitant de Killarney, chercheur clandestin d’or dans le lit des rivières autour de Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe. Dans ce bidonville situé dans la banlieue de la deuxième ville du pays, les habitants ont particulièrement souffert du régime Mugabe.

Punir. Jadis, il y avait plus de 400 commerces et maisons en brique à Killarney. En 2005, les bulldozers ont tout rasé. «Même l’église !» se souvient le pasteur Albert Chatindo. Dans le cadre d’une opération visant à «assainir» et surtout à punir les quartiers pauvres des villes acquis à l’opposition, Mugabe a fait expulser 700 000 personnes vers les zones rurales. «Un camion nous a déposés en rase campagne, raconte Margaret, une veuve en robe blanche et foulard coloré, amaigrie par la tuberculose. «Avec mes trois enfants, on a logé pendant un mois sous une tente, avant de revenir ici. Mais la vie est de plus en plus difficile : les prix augmentent chaque jour, parfois même quand on fait la queue !»

L’inflation dépasse largement 100 000 % par an. Le taux de change au noir du dollar zimbabwéen est ainsi passé, en un an, de 13 000 pour un dollar américain à 45 millions ! Grâce à l’intervention des Eglises, Killarney a retrouvé une partie de ses habitants. Les familles reçoivent de l’aide alimentaire et des soins. «Au début, on traitait une dizaine de patients, explique sœur Page. Aujourd’hui, ils sont 180.» Les malades attendent leur tour dans le jardin de l’église anglicane, située dans un beau quartier. Joyce Harris, 58 ans, s’est habillée avec soin : «J’ai travaillé pendant vingt-deux ans à la poste, raconte cette retraitée. A l’hôpital, la consultation coûte plus de 350 millions de dollars. Mais je ne reçois qu’une pension de 4 millions.»

Sida. A la clinique, sept bénévoles parent au plus pressé. «Il faut faire preuve d’imagination, explique une médecin. Dans les hôpitaux publics, c’est un désastre. Il y a très peu de médicaments et la plupart du personnel est parti à l’étranger.» Depuis mai, une pénurie d’antirétroviraux a forcé les médecins à des choix déchirants entre les trop nombreux malades du sida. Un stock vient d’arriver mais ce sera peut-être trop tard pour le fils de Joseph : «Il est en train de mourir du sida, explique ce veuf de 48 ans. Ici, on veut tous un changement !»

La plupart des Zimbabwéens pensent que le chef de l’Etat, qui a dépensé 800 000 euros, en février, pour fêter son 84e anniversaire, va manipuler le résultat du vote. «Il va tricher ou lancer une nouvelle vague de répression», assure Praise Mlangeni. Avec ses quatre sœurs, cette femme de 38 ans, qui réside dans un quartier pauvre de Bulawayo, s’est lancée dans le militantisme : depuis 2002, elles font partie d’un mouvement de femmes, Women of Zimbabwe arise («Les femmes du Zimbabwe se soulèvent»), qui a organisé de nombreuses manifestations. «J’ai été arrêtée onze fois, raconte Praise. Le plus pénible, c’est quand nous avons dû passer cinq jours en cellule, sans nourriture, ni couverture. Mais je continuerai à manifester pour nos enfants, pour ma fille de 7 ans qui ne va pas à l’école parce que c’est trop cher.» Dans la petite maison de brique avec deux chambres, où vivent 5 adultes et 9 enfants, il y a juste un peu de farine de maïs et du café. Les sœurs sont sans mari et une seule gagne, comme vendeuse, un salaire qui ne couvre même pas les frais de transport. «On est tous millionnaires mais on ne peut plus acheter de pain, d’huile, du sucre et de viande», se plaint Sithembile, 26 ans. Pour s’en sortir, beaucoup de Zimbabwéens (entre 3 et 5 millions) travaillent clandestinement en Afrique du Sud : les enseignants y gagnent mieux leur vie en faisant le ménage. Le Zimbabwe est devenu ce pays où la majorité vit dans une misère effroyable - l’espérance de vie des femmes a chuté de 60 ans, en 1990, à 34 ans - tandis qu’une minorité profite du marché noir. Pour les ministres, qui peuvent acheter des dollars américains au taux officiel de change (un pour 30 00 dollars zimbabwéens), la crise est tout bénéfice. Mais jusqu’à quand ? Le vote de samedi pourrait être décisif.

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