Le G8 à Bolzanetto : matraquages et meurtre de pacifistes en pleine europe démocrate civilisée, au 21ème siècle ...

 

Italie : L’ultraviolence policière en procès

 


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Brutalités policières contre les manifestants du G8 de Genova, en 2001

Charges furieuses de la police, matraquage de militants pacifistes, assaut nocturne à l’école Diaz qui abritait des jeunes altermondialistes : les images du G 8 de Gênes, marqué par la mort de Carlo Giuliani, le 20 juillet 2001, avaient relégué au second plan les sévices subis, à l’abri des regards, par 307 personnes interpellées au cours du sommet international et conduites à l’extérieur de la ville, dans la caserne de Bolzaneto. Sept ans après les faits, le procès intenté à quarante-six policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et médecins a enfin permis de reconstruire de manière détaillée les trois jours de brutalités à l’intérieur de cette structure qui devait être le lieu de triage des manifestants arrêtés.

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Italia

« L’enfer », « Le lager [camp de concentration, ndlr] de Bolzaneto », titre la presse transalpine qui publie, depuis quelques jours, de larges extraits des témoignages des victimes au procès et le réquisitoire très dur des procureurs de Gênes. Ceux-ci ont requis des peines pour un total de soixante-seize ans et quatre mois à l’encontre de quarante-quatre inculpés. Ils sont pêle-mêle accusés d’abus de pouvoir, de violences privées, d’injures ou encore de coups. Le délit de « torture » n’a pas été retenu. Celui-ci n’existe toujours pas dans le Code pénal italien. « Nous étions tout proches de la torture », ont tout de même fait savoir les procureurs. « Bolzaneto a été un lieu où, pendant trois jours interminables, les droits humains ont été suspendus », a précisé l’un d’entre eux, Vittorio Ranieri Miniati, qui a dénoncé les « humiliations et l’anéantissement des personnes recluses ». L’acte d’accusation parle de « comportements inhumains, dégradants et cruels » et encore de « la violation systématique des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

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Brutalités policières contre les manifestants du G8 de Genova, en 2001

A leur arrivée à la caserne de Bolzaneto, les manifestants étaient immanquablement insultés, bousculés, menacés et obligés, pour certains, de rester des heures durant les jambes écartées les bras tendus contre le mur. Une fois conduits dans leurs cellules, ils ont subi une pluie de coups de matraques, des crachats, des gifles, des coups sur la nuque et des jets de gaz lacrymogène. « Bienvenue à Auschwitz », lançaient les policiers entre deux « Viva il Duce » ou le petit refrain « 1-2-3 vive Pinochet, 4-5-6 à mort les juifs ». Traités de « communistes de merde », de « pédés » de « putains », menacés de sodomie ou de viol (« grâce à Dieu, il n’y a pas eu de violence sexuelle », notent les procureurs), frappés à coup de saucisson ou de matraque dans les testicules pour les uns, à coups de poing dans le visage pour les autres, ils ont tous été humiliés. Les filles devaient tourner nues sur elles-mêmes, sous les rires des policiers. Une jeune femme s’est vue retirer son piercing vaginal, malgré ses règles, devant cinq personnes. A. D. a eu les côtes fracturées. Un troisième, des brûlures de cigarettes sur le pied. Handicapé, Massimiliano A. supplie d’être accompagné aux toilettes, en vain. « Si tu ne signes pas ta mise en état d’arrêt, tu ne reverras plus tes enfants », lancent les policiers à l’adresse d’une manifestante française. Étudiants pour l’essentiel, employés, ouvriers ou chômeurs, mais aussi avocat ou journaliste, leurs récits ont notamment été confirmés par Marco Poggi, un infirmier : « J’ai vu des détenus giflés, frappés à coups de poing ou de tête contre le mur. Pour certains, c’était un vrai lynchage. J’ai assisté à des choses que je croyais inimaginables. Pendant des jours, je me suis tu, puis j’ai fait la chose la plus juste... »

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Vue de la caserne de Bolzaneto

« Nous ne croyons pas à des explosions de violence à l’improviste , soulignent les procureurs, le procès a prouvé que les chefs de cette caserne ont permis et consenti cette grave atteinte aux droits des personnes. » Malgré cela, aucune enquête interne n’a été ordonnée par la police. Le procès de Bolzaneto a laissé quasiment indifférente toute la classe politique italienne, actuellement en campagne électorale pour le scrutin législatif des 13 avril et 14 avril 2008, que ce soit la droite de Silvio Berlusconi qui était aux affaires au moment du G8, comme le centre gauche de Walter Veltroni. « Comme si, écrit le quotidien La Repubblica , la promesse d’une Italie nouvelle pouvait exonérer de se demander pourquoi l’enfer de Bolzaneto a eu lieu. » L’ancien président de la Cour constitutionnelle, Valerio Onida, a pourtant rappelé qu’un « Etat qui vexe et maltraite les personnes privées de liberté n’est pas un Etat démocratique. Une police qui utilise la force pour commettre des délits au lieu de les empêcher ne peut être considérée une force de l’ordre ».

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Brutalités policières contre les manifestants du G8 de Genova, à la caserne de Bolzaneto, en 2001

Le verdict du procès en première instance devrait être prononcé avant l’été 2008. Mais quel qu’il soit, aucun des inculpés n’ira en prison. Dans un an, tous les délits commis à Bolzaneto seront considérés comme prescrits.

Éric JOZSEF

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Des taches de sang dans une cellule de la caserne de Bolzaneto, en 2001




Bolzaneto G8 Gênes 2001 les tortionnaires quasi relaxés

de Vittorio Agnoletto

Ci-dessous le communiqué du porte-parole du Genoa Social Forum suite aux réquisitions du procureur lundi 10 mars 2008.

Les témoignages de plus de 200 victimes des violences subies à la caserne de Bolzaneto ont confirmé les affirmations du mouvement de Gênes quant aux dramatiques "journées chiliennes" de 2001 : les forces de l’ordre et le personnel médical ont pratiqué (ou laissé faire par leurs collègues) de véritables tortures physiques et psychologiques sur les manifestants arrêtés.

A ce drame vient s’ajouter cette mauvaise farce : de 1984 à 2001, les gouvernements italiens n’ont trouvé ni le temps, ni la volonté de faire une loi suivant la Convention de l’ONU contre la torture. Mais il y a pire, quand après les affaires graves de Gênes a commencé la discussion sur la loi, la proposition a été faite que le délit de torture ne soit reconnu qu’au cas où celle-ci serait réitérée ; comment peut-on dire que la torture infligée la première fois pourrait être tolérée !

Même sous le gouvernement Prodi, il n’a pas été possible de faire approuver par le Sénat une loi contre la torture. Il en résulte qu’aujourd’hui, celui qui a torturé est et restera libre, sans faire un seul jour de prison ; en fait, il y aura prescription pour tous les délits.

J’espère que ceux qui seront reconnus coupables seront au moins relevés de leur fonction, de police ou d’une quelque institution publique ; et que, dans le cas du personnel médical impliqué, l’Ordre des médecins prendra les mesures qui s’imposent. Aucun italien ne peut confier sa sécurité et son salut entre les mains de ceux qui ont torturé.

Le torture, infligée à plus de 200 personnes, est ainsi comparée au délit d’abus dans l’exercice de ses fonctions, délit grave pour un maire ou un magistrat qui profite de sa position, mais assortie d’une peine quasi ridicule au regard des dommages causés non seulement à la personne mais aussi à l’image de l’Etat, de la société toute entière. Il est clair que les violences ont été autorisées et que tous ont au moins eu la garantie de l’impunité.

Vittorio Agnoletto, porte-parole du Genoa Social Forum pendant le G8 de Juillet 2001.

Traduction de l’italien, Franca


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