Franquisme, le refus de refermer les blessures

Pour Santiago Carrillo, 93 ans, figure historique du communisme espagnol, l’Espagne contemporaine n’a toujours pas refermé les "blessures" du passé, comme le démontre à ses yeux la "résistance" de la droite face à l’enquête du juge Garzon sur le franquisme.

"Nous n’avons toujours pas dépassé le cap de la Guerre civile (1936-39), surtout à droite", estime dans un entretien à l’AFP, l’ex-secrétaire général du Parti communiste d’Espagne (PCE) et acteur majeur de la "transition" après la mort du dictateur Francisco Franco (1975).

"Les blessures de la Guerre restent proches" et "l’Espagne a encore besoin de deux générations pour que les gens ne se sentent liés à aucun des deux camps qui se sont affrontés", estime celui qui fut l’un de responsables de la défense de Madrid face aux troupes franquistes en 1936.

La preuve, selon lui : la "résistance" organisée par la droite espagnole face à l’enquête du juge Baltasar Garzon sur les "disparus" du franquisme (les dizaines de milliers de républicains fusillés par les franquistes et "oubliés" depuis dans des fosses communes) que le magistrat a décidé, in fine, de refermer la semaine passée.

"L’intention de Garzon était louable : condamner le franquisme, ce qui dans ce pays ne s’est pas encore fait. Mais avec la magistrature que nous avons, dominée par la droite, nous n’obtiendrons pas ce résultat", estime Carrillo, retraité de la politique depuis 1991.

Cette question "devrait être résolue politiquement" alors que la loi de "Mémoire historique", votée en 2007 par le pouvoir socialiste, n’est pas allée assez loin sur le chemin de la réhabilitation des victimes du franquisme, juge-t-il.

"Les républicains demeurent dans les fosses communes comme s’ils étaient des délinquants" alors que les autorités devraient faire cette chose "très simple" : rendre ces victimes à leurs familles pour leur donner une sépulture.

Le passé continue de hanter l’Espagne, soutient Carrillo. Son dernier livre "La crispation en Espagne" s’en veut une illustration.

Pour lui, la confrontation politique actuelle entre socialistes au pouvoir et conservateurs du Parti populaire (PP), est le fruit direct de la guerre civile et de la dictature.

"Cette crispation est due fondamentalement au fait que nous essayons de résoudre aujourd’hui des problèmes que nos voisins ont résolus il y a deux siècles ou plus" écrit-il.

"L’Espagne n’a jamais fait de révolution bourgeoise" et "la Guerre civile et 40 ans de dictature ont eu des effets catastrophiques sur ce pays", argumente-t-il.

La droite espagnole a peut-être adouci son discours après sa défaite aux législatives de mars 2008, mais demeure convaincue qu’elle "tire sa capacité à diriger du droit divin" et que la "gauche est usurpatrice lorsqu’elle est pouvoir", assure l’ancien leader.

Autre résultat de l’histoire, "l’influence" toujours importante de l’Eglise, seule organisation espagnole capable de véritablement "mobiliser des foules" comme ce fut le cas contre la loi socialiste instaurant le mariage homosexuel, selon Carrillo.

"S’il y avait quelque chose à faire, ici, ce serait de rendre ce pays vraiment laïque et faire en sorte que, sans aucune persécution religieuse, l’Etat devienne réellement séparé de l’Eglise".

Santiago Carrillo reste républicain de coeur mais s’est accommodé de la monarchie constitutionnelle héritée de la transition : "Nous avons une monarchie comme jamais nous n’avions eu, neutre avec les partis et non imposée par la droite."

Vouloir instaurer aujourd’hui une république en Espagne serait une "erreur", un "obstacle très sérieux pour le développement de la démocratie", juge-t-il.

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