IGS : un complot politique contre des policiers de gauche

 jeudi 12 janvier 2012 
 En 2007, des fonctionnaires de l'Intérieur ont été suspendus après une enquête de la « police des polices ». Le Monde révèle que cette affaire a été montée.
 Des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur ont été suspendus à la suite d'une procédure de l'Inspection générale des services (IGS), la « police des polices », en 2007. Quatre d'entre eux ont alors été mis en examen. Aujourd'hui, une enquête du Monde révèle que cette affaire a été bidonnée par les « bœufs-carottes ».

Qui était visé ?

Cinq fonctionnaires ont été touchés par cette affaire :

  • Yannick Blanc, directeur de la police générale à la préfecture de police (PP) de Paris,
  • son adjoint Bruno Triquenaux,
  • et deux femmes travaillant à la PP depuis des décennies, Dominique Nicot et Zohra Medjkoune.

Le cinquième est le policier Christian Massard, qui était l'officier de sécurité de l'ancien ministre de l'Intérieur (2000-2002) du gouvernement Jospin, Daniel Vaillant. Ce dernier, à l'époque candidat aux élections législatives, était donc indirectement visé.

Sous quel prétexte ?

L'IGS leur reprochait un prétendu trafic lucratif de titres de séjour au sein d'un service chapeauté par Yannick Blanc, celui des « affaires réservées » (celles qui concernent des personnalités). Selon Le Monde, les quatre personnes mises en cause « n'ont pas fait mystère, lors de leurs interrogatoires, des multiples services qui leur étaient demandés en tant que fonctionnaires délivrant des titres de séjour, et même des relations qu'ils entretenaient avec des demandeurs ».

Mais début 2011, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a annulé toute la procédure, en se basant sur les enquêtes menées par quatre juges d'instruction après des plaintes des fonctionnaires mis en cause.

La chambre de l'instruction a pointé les irrégularités suivantes dans l'enquête de l'IGS, selon Le Monde :

« Plusieurs procès-verbaux ont été truqués, des retranscriptions d'écoutes téléphoniques caviardées, des déclarations déformées, sans parler des pressions sur des témoins… »

Pourquoi ce « chantier » ?

Il s'agissait donc d'un « chantier », selon le mot désignant une procédure montée de toute pièce, dans le jargon policier.

Yannick Blanc, actuellement directeur adjoint du cabinet du président du conseil régional d'Ile-de-France Jean-Paul Huchon (PS), était marqué à gauche. Idem pour Bruno Triquenaux et Christian Massard. En 2006, Blanc avait donné une interview au Monde, dans laquelle il prédisait « des milliers de régularisations » de sans-papiers à la suite d'une directive du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.

Cette cabale montée contre des fonctionnaires de gauche s'apparente à une chasse aux sorcières au moment de l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy.

Qui est menacé par cette affaire ?

Au premier chef, l'affaire est très gênante pour Michel Gaudin, le préfet de police de Paris, l'un des piliers du système policier sarkozien, entendu par un juge le 15 décembre et ressorti avec le statut de « témoin assisté » (l'intermédiaire entre « témoin simple » et « mis en examen »).

Un autre préfet et « grand flic », l'ex-patron des renseignements généraux Pascal Mailhos, est aussi témoin assisté. Le rôle de Claude Bard, le patron de l'IGS à l'époque, est également pointé par l'instruction.

Au-delà de ces hauts fonctionnaires, le pouvoir politique lui-même pourrait pâtir de ce scandale : l'actuel ministre de l'Intérieur Claude Guéant (à l'époque directeur de cabinet et de campagne du ministre de l'Intérieur et candidat Nicolas Sarkozy), et le président de la République lui-même.

Porte-parole de François Hollande, Bruno Le Roux accuse Claude Guéant d'être « au cœur de l'affaire ». Jeudi 12 janvier, le ministre de l'Intérieur a officiellement demandé à son collègue de la Justice de « poursuivre en diffamation » Bruno Le Roux.

Daniel Vaillant, lui, met à demi-mot en cause le pouvoir actuel, dans Le Monde :

« Je n'arrive pas à faire la distinction entre les gens qui dirigent la police depuis 2002. »

Interrogé mercredi par Rue89 à l'Assemblée nationale, l'ex-ministre de l'Intérieur socialiste se refuse à désigner plus explicitement son successeur place Beauvau :

« Les accusations graves sont inconséquentes, quand elles ne sont pas étayées. »

Daniel Vaillant pointe en revanche le rôle de Bard et de Mailhos.

Où en sont les procédures ?

Le Monde n'évoque aucune mise en examen émanant des six instructions menées sur le « chantier de l'IGS ». Elles « visent notamment des faits de “faux en écritures publiques” – un crime passible de la cour d'assises –, “violation du secret de l'instruction”, “dénonciation calomnieuse” et autres “violences volontaires” », écrit le quotidien.

L'enquête litigieuse sur le trafic de titres de séjour, elle, a donc été annulée en février 2011 par la cour d'appel. Depuis, les fonctionnaires accusés à tort n'ont pas été réintégrés, ni indemnisés, souligne leur avocat.

Plusieurs d'entre eux témoignent dans Le Monde de leurs carrières, de leurs vies brisées.

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Date de dernière mise à jour : 17/01/2012

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