Cartes biométriques : l’usurpation d’identité prétexte au fichage

   le 14 Décembre 2011

Lutter contre un « crime », avec des chiffres douteux à l'appui, pour imposer une nouvelle privation des libertés, voilà un crédo bien de droite. Preuve en est l’adoption de la nouvelle carte nationale d’identité biométrique, ce mardi à l’Assemblée.

Cette nouvelle carte d’identité, qui sera en place à partir de 2012 et concerne donc les 45 millions de Français de plus de 15 ans, contiendra deux puces électronique. La première, obligatoire car régalienne, intègre l’Etat civil complet du citoyen, couplé à sa photo, mais aussi ses empreintes digitales numérisées. La seconde est, elle, optionnelle et purement commerciale. Elle à pour but de s’assurer de l’identité de l’acheteur en cas de transaction en ligne. Avec un lecteur de carte approprié dans l’ordinateur, celui-ci assurera que l’identité de l’acquéreur est bel-et-bien la bonne. Toutes ces informations seront concentrées dans la base TES. Une belle quantité de données sur chaque citoyen accessible en un clic, à tel point que la CNIL, qui n’est clairement pas un organe progressiste, s’en est inquiétée.

Et sous l’impulsion de Claude Guéant, cette base d’informations va permettre d’alimenter les opérations judiciaires. De fait, ce fichier normalement purement administratif sera accessible aux employés du ministère de l’Intérieur et deviendra donc fichier policier. Pour justifier ce douteux mélange des genres, la proposition de loi relative à l’usurpation d’identité évoque 210 000 cas par an en France, soit plus que les cambriolages. Problème, l’observatoire national de la délinquance évoque de son côté 13900 cas, soit plus de 15 fois moins tout de même. Les députés de gauche ont donc tenté de s'opposer à la création de ce dispositif, qui selon Marc Dolez (Parti de gauche) "équivaut à un fichage général de la population française, disproportionné au regard de l'objectif poursuivi".

Claude Guéant veut même aller plus loin, et ajouter à l’empreinte digitale la reconnaissance faciale. Amendement qui a été massivement rejeté au Sénat (seulement 4 voix pour) mais que le ministre ne compte pas enterrer pour autant, alors qu’il reconnait lui-même que la technologie n’est pour l’instant pas fiable. En plus d’être inquiétante, puisque c’est la porte ouverte aux pires fantasmes dont nous a abreuvés la science fiction.

Sous couvert de sécurité, une mesure pas très sûre

Techniquement, les composants électroniques contenant toutes ces informations sont des puces RFID. Des outils pratiques, qu’on peut « lire» à distance par magnétisme (40 cm environ), comme les passes Navigo de la RATP, que les Franciliens connaissent bien. C’est déjà assez peu rassurant qu’on puisse lire une carte d’identité sans rien demander, et à distance, mais il faut savoir que ces puces RFID sont assez facilement copiables. Avec un peu de matériel, un pirate pourrait donc dupliquer une carte d’identité, sans même toucher sa victime. Certes, on peut espérer que les données contenues dans la puce seront correctement cryptées. Rappelons-nous de ces hackers qui avaient publié les donnés confidentielles de plus de 1000 cadres et élus UMP, hébergés sur des serveurs non protégés et non cryptées, en mettant en avant : c’est ceux-là qui veulent ficher informatiquement 45 millions de français…

Enfin, et pour être complet, il faut savoir qu’il y a un lobby industriel derrière cette décision. Ce qui fut justement pointé en séance par la sénatrice communiste Eliane Assassi : « Comment ignorer (…) que le passage au biométrique est une formidable opportunité de créer un marché lucratif pour les quelques entreprises spécialisées dans ce domaine ? ». Cette loi fait en effet suite à une énorme campagne de lobbying des industriels spécialisés, et en particulier de Morpho, ex Sagem Sécurité et filiale de Safran, qui sont déjà derrière les passeports biométriques.

Source :

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Commentaires (1)

Clode
  • 1. Clode | 07/01/2012

Rappelons-nous de ces hackers qui avaient publié les donnés confidentielles de plus de 1000 cadres et élus UMP, hébergés sur des serveurs non protégés et non cryptées, en mettant en avant : "c’est ceux-là qui veulent ficher informatiquement 45 millions de français…"

Refaites nous ça chers Hackers.

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Date de dernière mise à jour : 14/12/2011

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