Des lycéens arrêtés pour avoir insulté la fille d'une policière

Par Thomas Vampouille / Le Figaro.fr / 06/04/2010 (désolé pour la source Non décidé)

Interpellés par une douzaine de policiers dans leur lycée, les trois adolescents ont passé plusieurs heures en garde à vue. Parents d'élèves et syndicats de professeurs ne décolèrent pas.

«Mon papa, il est policier et il va t'arrêter». La menace est souvent proférée à tort et à travers dans les cours de récréation. Le vendredi 26 mars, elle a été mise à exécution. Une douzaine d'agents de police ont débarqué dans un lycée de Marseille pour procéder à l'arrestation de trois élèves. Ceux-ci, ni dangereux ni dealers, étaient impliqués… dans une dispute avec une de leur camarade de classe, qu'ils avaient apparemment insultée. Pas de chance, la mère de cette dernière est commandante de police au commissariat de la ville voisine de Plan-de-Cuques.

L'altercation s'est déroulée devant le lycée Antonin-Artaud, dans le XIIIe arrondissement de Marseille. Il est dix heures et les adolescents, élèves de première, sont sortis sur le parking des scooters pour une pause cigarette. C'est alors que, pour une raison indéterminée, le ton monte entre une jeune fille et trois garçons. Les noms d'oiseaux volent, ainsi qu'un bouchon de champagne, selon le témoignage de la jeune fille. Aucune autre violence n'est rapportée.

«Dans la demi-heure suivante, douze fonctionnaires de police, à bord de trois véhicules de service, dirigés par un commandant de la police nationale du commissariat de Plan-de-Cuques se rendaient au lycée», raconte le syndicat d'enseignants Snes, confirmant une information de France 3 Provence. Les policiers se rendent dans le bureau du proviseur et exigent que les trois élèves leurs soient amenés. Sinon, ils menacent de les arrêter devant le lycée au moment de la sortie. Pris de court, le proviseur capitule.

«Un abus de pouvoir»

Les trois ados passeront huit heures en garde à vue. Fouilles, prise d'empreintes, de photos et prélèvements ADN, détaille le Snes. L'un des lycéens, majeur, aurait même été menotté au moment de l'arrestation. «C'est un abus de pouvoir, dans la mesure où cette maman a utilisé un pouvoir qu'elle a pour régler un compte personnel», accuse Maria Ignacio, responsable Snes au lycée Antonin-Artaud. «Il s'agit d'une réaction exagérée à un événement anodin dans un établissement scolaire, que celui-ci aurait très bien pu gérer sans intervention de la police», poursuit l'enseignante, qui souligne que «ce genre de dispute arrive en primaire.»

Indignés, les parents ont demandé à être reçus par le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). Au cours de leur rencontre, vendredi dernier, celui-ci leur a assuré que les traces de cette garde à vue seraient effacées. «Les parents ont été rassurés par les propos entendus mais attendent des actes», a déclaré la présidente de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) du lycée Artaud, Mathilde Cavin.

«Informé des faits par l'Inspecteur d'académie, le DDSP a ordonné une enquête de commandement, qui a confirmé les conditions malheureuses de cette intervention», a déclaré ce mardi la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui reconnaît que l'intervention de police «a eu lieu dans des circonstances discutables». Une enquête a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). La préfecture précise toutefois que les policiers du commissariat de Plan-de-Cuques «sont habilités à intervenir sur l'ensemble du territoire de Marseille».

Mais selon le Snes, «la police n'avait pas à intervenir au lycée Artaud : il n'y avait ni flagrant délit, ni plainte, ni commission rogatoire, ni demande du proviseur». Contactée par lefigaro.fr, la mère officier de police se réfugie quant à elle derrière son devoir de réserve.

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