Anduze : dérapage des forces de l'ordre

"La violence des forces de l’ordre à Anduze, ancienne terre de dragonnades"

par Paul Villach mercredi 2 février 2011 / 

Incompréhensible ! Mais qu’est-ce qui a piqué les forces de l’ordre, vendredi 21 janvier 2011, pour disperser avec une telle violence une manifestation si pacifique sur la voie ferrée du petit train à vapeur des Cévennes en Gare d’Anduze dans le Gard ? On se pince pour le croire ! (Voir la vidéo amateur diffusée sur Internet, en fin d'article)

Est-ce une bavure ou un ordre venu du sommet de leur hiérarchie, le ministre de l’Intérieur ou le Président de la République eux-mêmes ? C’est cette interrogation qui rend cette violence disproportionnée non plus seulement incompréhensible mais préoccupante, du moins en France.
 
L’enjeu : une réforme territoriale refusée
 
Maires en écharpe tricolore en tête, entre cent et deux cents personnes s’étaient réunies, les unes sur le quai ou sur la voie ferrée au nez de la locomotive, les autres derrière les barrières blanches de la gare d’Anduze. Elles protestaient contre la suppression programmée de « la 2C2A  », la Communauté de Communes Autour d’Anduze, appelée à se fondre dans un regroupement de communes dit du « Grand Alès  ».
 
Cette restructuration s’inscrit dans le cadre général de la réforme territoriale qui prétend « rationaliser » l’intercommunalité, comme elle vise à supprimer les départements au profit des régions. Les communes rurales moins prodigues sont appelées, selon un des maires, à venir renflouer les budgets déficitaires des futures métropoles et communautés d’agglomération.
 
Une manifestation des plus pacifiques devant le petit train à vapeur des Cévennes
 
La 2C2A ne veut pas de cette rationalisation-là ! Regroupant autour d’Anduze huit communes qui se sont choisies pour coopérer, Saint Sébastien d’Aigrefeuille, Tornac, Générargues, Ribaute les Tavernes, Cardet, Lézan, Massillargues-Atuech, elle entend ne pas se laisser absorber par le « Grand Alès » : « Non à l’adhésion au grand Alès ! Oui à la 2C 2A  ! » lisait-on sur les pancartes brandies posément.
 
Sans doute le petit train à vapeur était-il bloqué en gare, mais ce n’était pas le TGV ! La voie était envahie par des manifestants amusés de tenir tête au monstre d’acier noir crachant sa vapeur comme autrefois. On y comptait nombre de têtes grisonnantes, des enfants courraient ça et là. Aucune excitation de mauvais aloi ! Des slogans étaient sagement scandés comme c’est l’usage ; « 2C / 2A/ Démocratie vivra !  ». Les gradés de la gendarmerie courtois avaient serré la main des maires souriants debout sur la voie ferrée. Derrière eux, des citoyens sereins entendaient simplement manifester sur la voie publique leur opposition à la réforme qui anéantissait une coopération entre des communes désormais habituées à mutualiser leurs moyens, par exemple dans les domaines de la voirie, du réseau routier, des crèches, d’une école de musique, d’une professionnalisation du tourisme : qui n’a pas entendu parler du Gardon d’Anduze et de ses gorges, de la Bambouseraie, et surtout du Désert, cette région montagneuse où les Protestants ont trouvé autrefois refuge pour échapper aux dragonnades d’un roi catholique ?
 
La violence soudaine des forces de l’ordre 
 
Or, on ne sait pourquoi, les gendarmes ont commencé à vouloir déplacer des manifestants, des dames gentiment assises sur le bord du quai, les pieds sur la voie. Il ne leur était opposé que la seule force de l’inertie. Très vite, les gendarmes en sont venus à lâcher à bout portant des jets de bombes lacrimogènes sur les manifestants, à les en asperger, puis à les frapper, les ceinturer. Femmes et hommes âgés en ont pris plein la tronche comme des voyous. Seulement, on se demande quels sont ceux qui en cette circonstance se sont conduits correctement ? Agresse-t-on de la sorte en usant d’une violence aussi disproportionnée de simples citoyens, parfois âgés, emmenés par leurs maires pour défendre pacifiquement un mode de coopération intercommunale auquel ils sont attachés ?
 
Cette conception du maintien de l’ordre ne peut qu’indigner. L’escadron de gendarmerie n’avait rien à craindre de ce rassemblement de citoyens paisibles qui exprimaient calmement leur opinion. Le petit train touristique à vapeur des Cévennes allait avoir du retard ? Et alors ? Et si c’était la contre-réforme territoriale qui en faisait prendre à ce pays de la Réforme. Que signifie cette violence injustifiée ? D’abord une perte de sang-froid d’un pouvoir fébrile. On s’interroge ensuite sur l’idée que des gendarmes peuvent se faire de leurs fonctions en agissant ainsi. En terre huguenote comme Anduze, prennent-ils pour modèles les dragons qui pourchassaient naguère les Protestant dans les Cévennes ?
 


violences des forces de l'ordre gratuites


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