L'émission TV "Le jeu de la mort", test de l'obéissance humaine

Quand je vois la soumission et l’obéissance vers laquelle on veut nous faire glisser, quand je vois les mensonges de notre leurre de démocratie qui nous orientent vers la peur, l’intolérance ; quand je sens monter les conséquences de cette orientation politique totalement cautionnée par les médias (nationalisme exacerbé, individualisme dopé au viagra, etc,…) il me semble presque indispensable de remettre à l’ordre du jour, ce documentaire, que beaucoup d’entre vous ont sans doute raté, à l’époque.

Face à l’individualisme ravageur, qui engendre toutes les peurs (celle d’être môche, celle d’être vieux, celle d’être pauvre, celle d’être en danger, celle de perdre ses loisirs et son confort surdimensionné), ce documentaire (et les deux articles qui le suivent) donne à réfléchir sur le pourquoi du comment de l’état des lieux de l’être humain nombriliste, cupide, joueur, futile …
81% de candidats à une éventuelle future gestapo, soyons optimistes : ça laisserait un potentiel de 19% de résistants !

SVP, toi qui lis cet article, regarde le documentaire jusqu’au bout …


"Le jeu de la mort" (2009), Documentaire coproduit par France Télévisions et la Radio Télévision Suisse 1 en 2009, diffusé pour la première fois en mars 2010, et mettant en scène un faux jeu télévisé (La Zone Xtrême) durant lequel un candidat doit envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à un autre candidat, jusqu'à des tensions pouvant entraîner la mort. La mise en scène reproduit l'expérience de Milgram réalisée initialement aux États-Unis dans les années 1960 pour étudier l'influence de l'autorité sur l'obéissance : les décharges électriques sont fictives, un acteur feignant de les subir, et l'objectif est de tester la capacité à désobéir du candidat qui inflige ce traitement et qui n'est pas au courant de l'expérience. La différence notable avec l'expérience originelle est que l'autorité scientifique est remplacée par une présentatrice de télévision, Tania Young.

Quand la télé explore les limites

Mercredi, 17 Mars, 2010 / L'Humanité
 
Le sociologue des médias, François Jost, livre une analyse critique sur l’expérience du "Jeu de la mort", imaginée par Christophe Nick. (Entretien).

François Jost est professeur à la Sorbonne nouvelle, directeur du Centre d’étude sur les images et les sons médiatiques (Ceisme), auteur de plusieurs livres sur la télé- réalité, dont l’Empire du Loft (la suite), éditions La Dispute, et Téléréalité, éditions Le Cavalier bleu.

Selon vous, le documentaire de Christophe Nick permet-il de mesurer le pouvoir de la télévision sur les individus ?

_ François Jost. C’est d’abord une expérience sur l’obéissance. En tant que telle, elle aurait donc pu être menée dans n’importe quel autre milieu, comme l’armée, l’école, ou une autre institution. Donc le fait que des candidats obéissent aux règles d’un « jeu télévisé » ne me paraît pas révéler quelque chose sur le petit écran en soi, mais plutôt sur l’individu en général. Il est très difficile de mesurer le pouvoir de la télé, car je pense qu’il n’existe pas de mauvais médias en soi. Ce qui a été fait à la télé aurait très bien pu l’être à la radio ! Que l’on critique les émissions de télé-réalité parce qu’elles flattent les pulsions des téléspectateurs, c’est une chose, mais cela ne justifie pas que l’on condamne la télévision en général.

Est-ce à dire que cette émission démontre plutôt les mécanismes de l’obéissance de façon générale ?

_ François Jost. Oui. Christophe Nick conclut que cette expérience, fondée sur celle de Milgram et montrant que tout individu placé dans une situation d’autorité obéit, fonctionne aussi bien avec la télévision, or ces mécanismes d’obéissance peuvent être démontrés dans n’importe quel autre contexte. Ce qui est très faussé par rapport à l’expérience de Milgram, c’est que, dans cette émission, il n’y a plus de relation de confiance entre un scientifique et un sujet d’expérience, l’individu est placé dans une situation où il y a des caméras qui le surveillent, un plateau, une animatrice, un public… Et dans ses conclusions, Christophe Nick néglige complètement l’influence du public sur les candidats.

Pourquoi insistez-vous sur l’importance du rôle du public dans cette expérience ?

_ François Jost. Lors du passage du premier candidat de la journée, le public n’était pas au courant que le jeu était truqué, alors qu’ensuite, il le savait… Or, dans le film, rien ne permet de faire la différence entre ce public « complice » ou non. On voit simplement des gens qui crient « châtiments, châtiments ! », sans savoir s’ils jouent leurs rôles ou s’ils sont vraiment « portés » par le jeu. C’est extrêmement gênant pour juger de la validité de l’expérience : le public est-il sadique ou joue-t-il à l’être ? Car, dans ses interprétations, Nick fait un amalgame, un saut considérable de l’individu à la foule : il conclut sans arrêt sur le phénomène d’obéissance d’un groupe, alors qu’il s’agit d’individus isolés placés sous la pression d’une foule. Et ça n’est pas la même chose d’avoir une foule qui vous pousse à agir ou d’être face à un scientifique dans un laboratoire, comme dans l’expérience de Milgram.

Le public aurait donc participé au fait que tant de candidats (81 %) acceptent d’infliger des décharges électriques à leurs adversaires ?

_ François Jost. Oui, les candidats sont manipulés, tout le monde est au courant qu’ils participent à un faux jeu, sauf eux. La pression du public et de l’animatrice est très forte. Ce que je me demande, et je l’ai dis à Nick, c’est : ne faut-il pas plutôt s’interroger sur le rôle du public que sur celui de la télévision ? Ce qui me frappe toujours dans les émissions d’aujourd’hui, c’est ce public qui pousse au crime. S’il ne le faisait pas, ces émissions s’arrêteraient.

Que révèle justement le fait que public et téléspectateurs s’intéressent à des jeux qui mettent en scène des candidats dans des situations extrêmes ?

_ François Jost. La télé-réalité encourage à libérer les pulsions. Les pulsions ne sont pas nouvelles, ce qui est nouveau, c’est que le petit écran les autorise. Car ce phénomène existait déjà dans les arènes romaines, où le public décidait réellement de la vie ou de la mort de quelqu’un, ou encore au cirque, où les spectateurs préfèrent voir un funambule sans filet, parce qu’il existe un risque de mort. Je pense que l’être humain est assez attiré par des spectacles qui mettent en valeur la pulsion de mort. Christophe Nick débute son documentaire en montrant des jeux de télé-réalité très violents diffusés sur des chaînes à l’étranger, on y voit par exemple des Japonais s’ébouillanter…

Risque-t-on d’en arriver là en France ?

_ François Jost. Non, Nick part de l’idée, psychologique, qu’au fond, quelles que soient les classes sociales, les cultures, nous avons tous la même façon de penser et de réagir aux événements. Or, il faut tenir compte de la différence des cultures. La culture japonaise, par exemple, présente une autre forme de violence et d’autres traditions que celles de notre culture occidentale. Dans ces conditions, on peut aisément comprendre que leurs jeux de télé-réalité aillent plus loin qu’en France.

La charte de la société Endemol, qui produit la plupart des jeux de télé-réalité sur TF1 et M6, vise à garantir une certaine éthique dans ces émissions. Est-ce une protection supplémentaire pour la télé française ?

_ François Jost. Non ! La charte d’Endemol est une pure opération de communication. Lorsqu’on examine de près tout ce que promet Endemol, comme le respect de la dignité des candidats ou le fait de ne pas attenter à la vie humaine, on constate que ce type de texte figure déjà dans les conventions qui régissent les obligations des chaînes !

{{ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNA MUSSO}}

« Jeu de la mort » : les animaux sont plus gentils que les humains

ONE VOICE | Association pour une éthique animale et planétaire/ 18/03/2010

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Des singes en pâte à modeler prennent le thé (SpiritMama/Flickr)
 

Dans le jeu « La Zone Xtrême », des humains ont choisi d’infliger un choc électrique à l’un d’entre eux. Chez les animaux, des expériences similaires révèlent un choix différent.

Sous prétexte d’un jeu télévisé, des personnes, soutenues par le public, se sont montrées capables de mettre en péril la vie d’un être humain. Si la victime était en réalité un acteur, chargé de mimer une douleur croissante, les résultats n’en sont pas moins inquiétants.

81% des participants ont accepté de torturer le candidat

Ce premier épisode du reportage, encadré par une équipe scientifique, s’inspire d’une expérience de psychologie sociale plus ancienne, réalisée en 1963. L’étude d’alors révélait que face à l’autorité d’hommes en « blouses blanches », 60 % des personnes acceptaient d’administrer un choc électrique à un autre humain, au prétexte qu’un homme de science le leur avait demandé.

En 2010, d’après les résultats obtenus, ce sont 81 % des participants à la « Zone Xtrême » qui sont prêts à se transformer en bourreau si une animatrice le leur ordonne... Les bourreaux d’un instant ont tout de même bénéficié d’un soutien psychologique à l’issue des expériences.

Châtier n’est pas un acte anodin. Ce résultat bouscule la notion « d’humanité ». Qualité suprême d’après les humains -car servant à les définir- que devient-elle une fois soumise à l’autorité ? L’autorité, qu’elle soit incarnée par des scientifiques ou par un média, nous conduit-elle à perdre notre libre arbitre, à oublier notre conscience et notre capacité de compassion ?

Plutôt ne pas manger que de faire du mal aux copains

Des expériences similaires ont été réalisées avec des animaux mais leurs conclusions sont largement différentes. Les animaux préfèrent ne pas recevoir de nourriture plutôt que d’infliger un choc électrique à autrui (à noter que dans « Zone Xtrême » il n’y avait rien à gagner).

Il en va ainsi des singes rhésus par exemple. Dans une expérience réalisée en 1964, 80% des singes ont arrêté d’actionner la chaîne qui leur délivrait de la nourriture quand ils se sont aperçus que cela infligeait une décharge à l’un de leurs compagnons. Ils ont préféré avoir faim plusieurs jours durant...

Même expérience, réalisée avec des rats, et mêmes conclusions : les rats ont préféré cesser de s’alimenter plutôt que de faire souffrir un de leurs congénères.

Le dernier livre de Frans de Wall, « L’âge de l’empathie » rapporte également d’autres cas. L’éthologue relate des expériences où les animaux souffrent de voir l’un des leurs souffrir... Il décrit notamment comment le cœur d’une oie femelle s’accélère lorsque son mâle est prix à partie par une autre oie.

Il reprend aussi une expérience réalisée avec des souris, qui montre que lorsque deux souris ont passé du temps ensemble, un stimulus douloureux appliqué à l’une rend l’autre plus sensible à la douleur.

Ou encore : lorsqu’un singe capucin a le choix entre un jeton qui lui donne droit à de la nourriture, et un autre jeton qui fait également gagner de la nourriture pour son compagnon, il choisit systématiquement celui qui permet de récompenser les deux...

S’interroger sur la nature humaine

Tandis que la notion de « sentience » animale s’installe peu à peu, la diffusion du premier volet du documentaire de Christophe Nick et la publication du livre de Frans de Wall, poussent à s’interroger sur la nature humaine. Que devenons-nous face à l’autorité ?

Comment se réapproprier l’humanité que -finalement (sic)- nous semblons partager avec d’autres membres du règne animal ? Pour retrouver notre libre arbitre, ne devrions-nous pas réapprendre à écouter notre conscience ?

Car en développant la place de la compassion dans nos vies, en apprenant que le respect de toute vie, c’est aussi le respect de soi, nul doute que l’humanité -justement- en sortirait grandie...

Source : http://rue89.nouvelobs.com/2010/03/18/jeu-de-la-mort-les-animaux-sont-plus-gentils-que-les-humains-143232

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Date de dernière mise à jour : 26/04/2015

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