Un jeune journaliste irakien annonce son assassinat par les escadrons de la mort dans l’Irak occupé


Il s’agit d’un des derniers articles que Sardasht Osman a écrit au mois de janvier 2010 juste après avoir reçu des menaces de mort. Sardasht Osman, âgé de 23 ans, a été assassiné le 6 mai 2010, après avoir été kidnappé par des hommes armés dans la ville d’Erbil sous contrôle du KRG. Il savait que cela arriverait. 

 

Osman_Sardasht
Auteur : Osman SARDASHT


  Ces derniers jours Ils m’ont dit que les occasions de respirer l’air seront rares, donc mes jours sont comptés. Mais peu m’importe de mourir ou d’être torturé ; j’attendrai ma fin, le dernier rendez-vous avec mes assassins. J’espère qu’ils m’offriront une mort tragique à l’image de ma vie tragique. Je dis cela pour que vous sachiez que dans ce pays la souffrance des jeunes est si grande que la mort est une de leurs options la plus probable.

Pour que vous sachiez aussi que ce qui nous terrifie le plus, c’est de continuer à vivre et non pas de mourir. C’est le sort de mes petits frères qui reste mon plus grand souci, pas le mien. Face à ces menaces, ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’il y a encore beaucoup à dire avant de disparaître. Le problème de ce régime, c’est que la mort de ses enfants ne le dérange pas.

  Hier, j’avais averti le doyen de ma faculté que quelques jours auparavant, ils m’avaient humilié et menacé de mort. Il m’a répondu que ces faits étaient du ressort de la police. Tout de même ! Existe-t-il un pays au monde où une Université choisisse d’ignorer les menaces de mort adressées à l’un de ses étudiants et de ne pas se préoccuper du danger qu’elle court ? Il était du devoir du doyen de ma faculté de prendre en charge ce problème ; la responsabilité lui en incombait, ou incombait à l’université, puisque j’en suis membre. Cependant, je n’ai pas été étonné car depuis déjà pas mal de temps je sais que les universités de ce pays ne sont pas des havres de paix.

  J’ai donc pris contact avec le commissaire Abdeljaleq, directeur de la police d’Erbil. Celui-ci m’a dit : «  Les menaces que vous avez reçues par téléphone peuvent aussi provenir de l’étranger, ou peut-être s’agit-il d’un problème personnel. Ces menaces se répèteront probablement mais la ville d’Erbil est sécurisée et il ne peut y avoir de suites à des problèmes de ce type ». J’imaginais alors, en souriant ironiquement, qu’en effet, c’était certainement Sarkozy qui me menaçait. J’ai également réfléchi aux moyens de protéger ma vie, car l’un de mes amis, qui avait été frappé et humilié à cause de divers articles qu’il avait récemment publiés, avait finalement été amené à fuir la ville.

  Arrive que pourra, car je ne vais pas quitter cette ville, j’attendrai ma mort. Je sais que l’heure de ma mort va sonner, et qu’en fin de compte, le glas qui sonnera pour moi sonnera pour les jeunes de ce pays. Mais cette fois-ci, je ne me plaindrai pas, je n’informerai pas non plus les autorités compétentes. C’est une décision personnelle et j’en assume les conséquences. À partir de maintenant chaque mot que j’écris, je l’écris comme étant le dernier de ma vie. Comme Jésus Christ, je serai la vérité même. Je suis heureux car j’ai toujours quelque chose à dire bien qu’il existe toujours des gens qui ne veulent pas écouter. Mais plus nous faisons de révélations, plus ces gens s’inquiètent. Il ne nous reste donc plus qu’à continuer à dire la vérité pendant que nous sommes encore vivants et que, là où ma vie s’arrêtera, mes ami(e)s mettent un point et passent à la ligne suivante.
 

Traduction : Esteban

Révision . Michèle Maliane (Tlaxcala)

Source: http:// www.kurdmedia.com/article.aspx?id=16311

 

 


Un crime au Kurdistan irakien

Le journaliste Sardasht Osman, 23 ans a été enlevé en plein jour devant l’université où il étudiait, puis retrouvé torturé et assassiné. Le parti du fils du président du Kurdistan est accusé du meurtre.

L’Agence de sécurité de la Région kurde (SAKR), service de renseignement plus connu sous le nom de Parastin, accuse le parti d’opposition kurde Gorran d’avoir attisé les tensions au Kurdistan irakien en la rendant responsable de l’assassinat du journaliste Sardasht Osman.

Le jeune homme (23 ans) a été enlevé en plein jour, le 4 mai, devant l’université Salah Eddine (Saladin) à Erbil, où il étudiait. Les gardiens de l’établissement dépendant de l’Unité Zerevani, du PDK (Parti démocratique du Kurdistan, dirigé par Massoud Barzani, président de la Région autonome), ne sont pas intervenus.

Sardasht Osman dénonçait la corruption et le népotisme au Kurdistan. Il avait publié un article satirique titré : « Je suis amoureux de la fille de Massoud Barzani » où il énumérait les avantages – exorbitants - dont bénéficient les membres de la famille Barzani, et – surtout - brisé un tabou en signalant que les palais du président kurde sont protégés par des Israéliens.

Deux balles dans la tête

Ayant fait l’objet de menaces de mort, Sardasht Osman avait écrit en janvier dernier : « Ces derniers jours, pour la première fois, on me dit que ma vie touche à sa fin, et, comme ils disent, que ma permission de respirer ne sera bientôt plus valable, mais je ne crains ni la mort ni la torture, j’attends ce rendez-vous pour voir mes meurtriers, et je prie pour recevoir une mort tragique digne de ma vie qui fut tragique… J’ai contacté ensuite le brigadier de la police d’Erbil qui m’a dit : "Le portable qui vous menace est extérieur à ce pays !" ; il m’a dit aussi qu’à Erbil rien ne se passe, et il m’a répété que je devais avoir un problème personnel. J’ai alors pensé, avec un sourire, qu’il avait peut-être raison et que Nicolas Sarkozy  pouvait m’avoir téléphoné et menacé ! ».

La camionnette où l’ont jeté ses ravisseurs a passé sans difficulté plusieurs postes de contrôle tenus par le PDK. Son corps, portant des traces de torture et deux balles dans la tête, a été retrouvé, le 6 mai, sur une autoroute près de Mossoul. Le Parastin, dirigé par Masrour Barzani (fils de Massoud Barzani), a été aussitôt accusé du meurtre.

A l’annonce de la mort de Sardasht Osman, plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté devant le siège du PDK à Erbil et à Soulimaniya, 74 journalistes kurdes ont demandé à Hillary Clinton que les Etats-Unis « réagissent de façon appropriée à l’incident ».

Masrour Barzani sur la sellette

Ce n’est pas la première fois que Masrour Barzani s’en prend violemment à des journalistes. En février 2006, il avait ordonné à ses gardes du corps de tirer - en plein Vienne – sur l’écrivain Kamal Saïd Qadir. Cet intellectuel kurde – citoyen autrichien – connu pour ses articles fustigeant la nomenklatura d’Erbil, avait eu la mauvaise idée d’aller en 2005 au Kurdistan pour se rendre compte de la situation. Arrêté, il avait été condamné à … 30 ans de prison, puis libéré quelques mois plus tard grâce aux pressions exercées par l’Autriche.

Au Kurdistan irakien, le Parastin et le Dazgay Zaniyari (son alter ego dans le camp de Jalal Talabani) sont régulièrement accusés de détentions arbitraires, de torture, d’exécutions sommaires, et de nettoyage ethnique à Kirkouk et dans les régions limitrophes.

http://www.bakchich.info/Un-crime-au-Kurdistan-irakien,10865.html

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