Confession d’un membre du premier parti de France.

 

 Je suis abstentionniste, ma vie est pourtant la même que quand je votais, les élections avec ou sans mon bulletin, n’ont donc pas modifié cette belle société française si profondément  inégalitaire.

Cependant, je m'intéresse à la politique et aux résultats des élections pour essayer de suivre et de comprendre ce qui se passe. Vaguement libertaire, je me suis  forcé à me syndiquer ou a adhérer à des associations mais je  souffre aussi d’une abstention en nombre pour manifester avec moi et mes collègues d’autres mouvances, pour signer des soutiens, filer du fric ou donner un coup de main à de toutes petites luttes locales ou de grands mouvements (quoique, ça fait  un bail que l'on a rien vu, hein ..le 18 mars, quelle solitude dans les rues….). Moi aussi je me sens seul parfois, face à cette abstention-là,  elle m'inquiète beaucoup plus que le vote acceptation du conservatisme français. Elle valide juste le fait qu’une majorité de français croient que seul, le code électoral pourrait changer les choses.

Les français consomment de l'homme politique, comme le reste. Le marketing politique a achevé d'assimiler les élections à un produit d'usage,  et les plans com de leurs spins doctors de nous conditionner à leur vision et leur usage de la démocratie. Ainsi, voter une à deux fois par an  serait comme une sorte de prestation de service qui nous fera déléguer notre responsabilité à un individu  ou un mouvement providentiels, et tel le client pas content, on pourra, à la condition de patienter sur la durée du mandat donné, en changer et compter sur l'alternance. Elle est là pour cela, pour nous faire oublier notre précédent quitus et recommencer ce mouvement perpétuel et inutile. Car changer de bonhomme ou d’étiquette ne change pas grand chose à l’orientation des lois et de la gestion du pays par ces gouvernements successifs, un vague soubresaut en 81 et 82, mais depuis et avant, rien. 

Je ne participe qu'à des scrutins ou l'on me demande mon avis, mais je ne mandate plus un homme ou une femme pour pouvoir le faire à ma place. Au dernier référendum pour le traité européen, j'ai voté, ce n'est pas de chance, hein,  les élus m'ont volé le résultat, j'étais -pour une fois- avec les majoritaires.

Sans vouloir vous effrayer ni être trop utopique pour vous parler d’assemblées locales qui débattraient puis se prononceraient sur des décisions locales et  remonteraient au national si besoin, on pourrait au moins s'inspirer -par exemple- de la votation suisse, ça serait un progrès même si les résultats qu'elle peut donner ne changeraient pas de notre ordinaire franchouillard (c'est peu de l'écrire), ils seraient à tout le moins un peu plus légitimes démocratiquement.

A minima, cela mettrait fin à l’existence de cette élite politique, qui s’est substituée à nos anciens rois et leur noble cour. A minima toujours, cela mettrait fin à la personnalisation médiatique, qui fait que les journalistes nous racontent surtout  la vie des politiques et de leurs ambitions, nous parlent si souvent des promesses de leur dossier de presse, mais si rarement des conséquences de leurs décisions.

 Le FN ne me fait pas peur, Jacques Bompard est maire d’Orange depuis presque vingt ans,  en toute respectabilité en toute légalité. Ça les gêne les autres politiques, ils vous en ont souvent parlé ? Bé non.

Ils auraient pu plaindre les municipaux qui ont été  l’objet de la chasse aux sorcières sans acte d’allégeance, plaindre  les habitants les plus touchés par l’exclusion et qui sont abandonnés à leur sort loin du centre-ville, ou priés de déguerpir pour ne pas faire tâche sur la photo, plaindre  les cultureux qui ont disparu, envier les commerçants et la bourgeoisie qui ont une belle voirie avec de zolies fleurs et un passage policier par jour ou encore, plaindre les bénévoles des associations délaissées ou brimées car non référencées au traditionalisme de la cuvée 1940.

Ils ne nous parlent donc du FN que lorsque leur mandat est à renouveler, ou à sauver après le premier tour…. Ils  ne nous  parlent  du FN  que lorsque les effets de leurs décisions sont bien trop difficiles à assumer, ils ne  nous  parlent du FN que pour nous faire voter pour eux sous sa menace supposée.

Et d’ailleurs, ils continuent de nous parler encore que du FN alors qu'il s'est installé durablement de par leur fait,  le FN n’est que le produit de leur inconséquence sur leurs électeurs. L’abstentionniste n’est donc pas coupable, cet abstentionniste se demande même si on parlerait de lui, si le FN n’existait pas.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/joseph-g/240314/confession-d-un-membre-du-premier-parti-de-france

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Date de dernière mise à jour : 26/03/2014