LES CARTES DE LA GUERRE ET DE LA PAIX

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor

Réalisation : Didier Ozil

Graphisme : Pierre-Jean Canac

  Peut-on représenter la guerre ? Peut-on représenter la paix ? Comment définir des situations complexes et les traduire en données objectives ? Le Dessous des Cartes présente les visions cartographiques de plusieurs centres de recherche internationaux, autant de visions de la guerre avant, pendant et après.

Diffusion sur Arte le 10.04.2010

Le Dessous des Cartes aujourd’hui s’interroge sur les représentations cartographiques des conflits.
Peut-on représenter la guerre ?
La paix est-ce exactement l’absence de guerre ?
Et puis quels critères prendre : l’intensité ou la durée de la guerre, les fournisseurs d’armes, ou bien le nombre de morts ?
Voici donc plusieurs réponses, plusieurs cartes issues des travaux de centres de recherches internationaux, et de plusieurs agences de notation qui font du risque-pays.

Les “conflts armés majeurs” selon le SIPRI

Les “conflts armés majeurs” selon le SIPRI

Cette première carte a été élaborée à partir des travaux du SIPRI, un centre de recherche sur la paix, qui est basé à Stockholm.
Elle nous montre les conflits armés majeurs identifiés dans 15 pays en 2008.

Des conflits en dehors du sol national

Des conflits en dehors du sol national

En regardant ce planisphère, on se pose tout de suite une question.
L’Afghanistan est un territoire où il y a la guerre, dès lors pourquoi les Etats-Unis sont-ils affectés de la même couleur que ce pays ?
Réponse : le SIPRI considère que les Etats-Unis n’affrontent pas des batailles sur leur sol national, mais sont engagés dans une guerre dite contre la terreur, en Afghanistan, au Pakistan, et en Irak.

Des conflits “oubliés” ?

Des conflits “oubliés” ?

Deuxièmement, pourquoi la guerre entre la Géorgie et la Russie n’est-elle pas mentionnée sur la carte des conflits en 2008 ?
Réponse : le Sipri adopte le critère de « au moins 1000 victimes enregistrées en une année depuis le début des hostilités ». Or, ce chiffre n’est pas atteint lors de cette guerre en 2008.

Les critères du UCDP

Les critères du UCDP

Ces critères ne sont pas ceux du Uppsala Conflict Data Program, qui en 2008 recense 36 conflits armés dans le monde.
Tout simplement parce qu’il abaisse le nombre de morts pris en compte, soit 25 victimes au cours d’une seule année, pour un conflit. Dès lors, le nombre de conflits dans le monde augmente mécaniquement.

Des échelles géographiques plus précises

Des échelles géographiques plus précises

Or, ces cartes paraissent incomplètes : quand on aime la géographie, on ne peut se contenter de la seule échelle nationale.
L’Inde toute entière par exemple est colorée en rouge. Comment croire une seule seconde que la totalité de ce grand pays est en situation de conflit ? La précision géographique est là, tout à fait insuffisante.

Une définition des conflit plus large et plus complexe

Une définition des conflit plus large et plus complexe

Le Heidelberg Institute, pour élaborer son baromètre des conflits, prend une définition plus large, ce qui d’ailleurs correspond à la réalité.
A partir de cela, il peut y avoir conflit politique sans forcément violence physique. Le baromètre présente donc une échelle à 5 niveaux.

L’exemple de Cuba et des Etats-Unis

L’exemple de Cuba et des Etats-Unis

Par exemple, le conflit entre Cuba et les Etats-Unis autour de la base de Guantanamo, ou sur le maintien de l’embargo. C’est le niveau 1, le plus bas sur une échelle de 5.

Les cartes de l’ONU

Les cartes de l’ONU

L’ONU produit aussi des cartes, localisant ses opérations de maintien de la paix, dans différentes régions du globe.
Néanmoins, cela ne reflète pas non plus avec exactitude l’état de notre monde en guerre. Et puis, ces missions onusiennes parviennent-elles toujours à bien remplir leur mission de pacification ?

Peut-on cartographier la paix ?

Peut-on cartographier la paix ?

En sens inverse, peut-on cartographier la paix ?
C’est ce que fait le Global Peace Index, qui classe les pays en fonction de leur état de paix, plus ou moins haut, plus ou moins bas, cela se fonde sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs.

Du lien entre l’économie et la paix

Du lien entre l’économie et la paix

Le rapport du Global Peace Index de 2009, nous indique que le monde est devenu moins pacifique qu’en 2008, du fait aussi de la crise financière.
Et bien à raison, car le financier touche l’économique, qui touche le social, qui peut fabriquer de la vulnérabilité et donc affecter la stabilité nationale.
Toute vulnérabilité d’un Etat pose problème au niveau économique national, régional, voire mondial, on l'a bien vu avec les crises en Islande ou en Grèce.

Les cartes du “risque-pays”

Les cartes du “risque-pays”

En France, la Coface élabore des notes où entrent en ligne de compte la qualité et la transparence des informations financières du pays, l’environnement institutionnel, la vulnérabilité financière de l’Etat, ou encore la fragilité du secteur bancaire.
Les pays sont notés de A à D.
A représente une « situation économique et politique qui influe favorablement sur le paiement des entreprises ».
D, c’est un « environnement économique et politique qui présente des risques élevés ».
Ce type d’évaluation, que les Anglo-Saxons nomment rating, c’est aussi ce que font quelques agences de renommée mondiale comme Fitch, Moody’s ou encore Standard&Poor’s.
Et ces notes ont un réel impact auprès des décideurs économiques, puisque cela influe directement sur les investissements.
Ce qui préoccupe les investisseurs, par exemple, c'est le risque qu’une nationalisation dans les secteurs énergétiques ait lieu sans dédommagement pour les entreprises étrangères ayant investi dans ce secteur. Ou encore, un coup d’Etat qui pourrait amener au pouvoir une élite peu disposée à solder les dettes du gouvernement précédent. Ou bien le risque d’insolvabilité.

 

Il faut toujours se demander qui sont après tout ces professeurs et comment sont données ces notes.
Parce que derrière ces diverses représentations se loge tout de même la compréhension du monde où nous vivons.
Ce qui nous amène évidemment à l’éternelle question entre guerre et paix, à l’éternel débat sur les liens de causalité directe entre l’état économique d’un pays et sa propension à sombrer dans un conflit. Ou encore aux voies qui mènent de la pauvreté à la richesse, et de la dictature à la démocratie.
De toute façon, les pays ne sont pas égaux en termes de poids géopolitique, d’où les deux poids deux mesures pour faire face aux différentes crises.
Par exemple, la situation de la Corée du Nord est beaucoup plus inquiétante que celle de la Birmanie pour les décideurs internationaux.
Parce que la Corée du Nord est un risque pour la sécurité globale. Alors, que le régime en Birmanie est une tragédie, mais pour les seuls Birmans.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=3146666.html

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