Le Sahel : des états fragiles

Dix ans après les attentats du 11-Septembre, le terrorisme semble se déplacer en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Théâtre d’attentats et d’enlèvements à l’encontre des gouvernements locaux et des intérêts occidentaux, le Sahel est-il devenu une nouvelle frontière d’Al-Qaida ? Le Dessous des Cartes propose une analyse des facteurs d’instabilité de la région.

Emission diffusée en décembre 2011 sur Arte :  

La zone d’activité d’AQMI

Voici une carte montrant la zone d’activité d’Al-Qaida au Maghreb islamique : l’AQMI. La cartographie, dans un tel cas de figure, est forcément imprécise, car cette zone ne correspond pas à un territoire où le contrôle serait effectif et total. Non, il s’agit plutôt d’une localisation à l’intérieur de laquelle des cellules terroristes sont actives. 
 

Les cibles d’AQMI

Le groupe est actif. Ses phalanges, que l’on nomme les Katibas, ciblent surtout la Mauritanie. Après que quinze militaires mauritaniens aient été assassinés en 2005, à Lemgheity, quatorze ont été massacrés à Tourine, fin 2008. On se souvient aussi de la trentaine de soldats maliens assassinés en juillet 2009, de l’attentat contre une académie militaire à Cherchell, près d’Alger, en août 2011. Et de l’attaque contre la cité minière d’Arlit, au Niger, en 2010, où cinq français ont été pris en otage.
 

Les effectifs d’AQMI

Les effectifs d’AQMI

AQMI ne compterait que 500 combattants actifs autour de Droukdal, le chef du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, dans ses repaires du nord-est de l’Algérie, plus 400 autres logés dans leur sanctuaire du nord du Mali. Soit au total un faible nombre de terroristes, au sein d’une organisation traversée par des tensions internes entre chefs de ces Katibas, dont certains sont idéologiquement intransigeants et d’autres tout simplement des trafiquants. 
 

Le Sahel

Et puis, il y a le contexte sahélien lui même. Le Sahel c'est une bande qui traverse le continent africain, séparant le Sahara aride, au nord de l’Afrique, de la forêt humide, au sud. 
 

Les routes caravanières du Sahel

Dans le passé, cette région était traversée par les routes caravanières du sel, de l’or, des esclaves, des pèlerinages, préexistant aux États souverains tels que nous les connaissons aujourd’hui.
 

Les commerces transnationaux dans le Sahel

Aujourd’hui, les commerces transnationaux de drogues – cannabis et cocaïne –, d’armes, de migrants, empruntent ces mêmes routes, et traversent le Sahara vers la Méditerranée et l’Europe. Donc, l’insécurité dans le Sahel ne relève pas uniquement de la présence d’AQMI, mais d’un ensemble de facteurs qui ont transformé la région en zone grise.
 

Les Etats sahéliens

Les États concernés sont : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et les deux Soudan ; et, plus au sud, le nord du Nigeria, le Burkina Faso et le Sénégal. Les trois premiers États sont très vastes, avec une superficie moyenne d'un million de km2, dont la moitié nord est occupée par le désert, donc souvent considérée comme un territoire « non utile ». De plus, ces États sont pauvres, rangés dans la catégorie des « pays les moins avancés », et ils ont de moins en moins de capacité à fournir les services de bases.
 

L’Afrique occidentale française

Regardez cette carte des colonies françaises en Afrique, vers 1914. On voit l’Afrique occidentale française (AOF) qui s’étend alors du Sénégal au Niger. Or, cette carte de l’AOF recoupe pratiquement la carte de la zone grise que nous étudions aujourd’hui. Et lors des indépendances africaines, dans les années 1960, l'intangibilité de ces frontières a été préférée par les nouveaux dirigeants. Sauf que cinquante ans plus tard se posent de lourds problèmes de gouvernance, sur des espaces difficiles à contrôler.
 

La zone de peuplement touareg

Le peuple touareg – nomade, berbérophone – a été divisé entre plusieurs entités étatiques : Algérie, Libye, Niger, Burkina Faso, Mali. Depuis les années 1990, les Touaregs se soulèvent contre les gouvernements de Niamey et de Bamako, pour dénoncer leur mise à l’écart politique, mais aussi économique, puisque les ressources sont très mal redistribuées.
 

L’exploitation de l’uranium au Niger

Penchons-nous un instant sur le cas du Niger qui détient d’importantes réserves d’uranium. La France assure environ 30% de l’approvisionnement de ses centrales nucléaires grâce à l’uranium nigérien, et la présence d’Areva au Niger cumule des intérêts français, espagnols et japonais. Au Niger, on trouve aussi des compagnies canadiennes, australiennes. La Chine exploite aussi l’uranium sur le site d’Azelik. Or, cette rente de l’uranium captée par le gouvernement de Niamey est très peu redistribuée aux Touaregs.
 

Les facteurs d’instabilité au Sahel

Donc, en résumé, plusieurs facteurs expliquent l’instabilité de cette région du Sahel : des routes de commerce occupées par des trafics divers ; des États pauvres qui ne contrôlent pas la totalité de leur territoire ; des ressources minières importantes ; et des rivalités entre Algérie et Maroc, Algérie et Libye, où Touaregs et Sahraouis sont instrumentalisées. C’est de tout cela dont peut profiter l’AQMI pour développer sa stratégie d’implantation.
 

Les forces militaires des États sahéliens

Pour répondre à l'insécurité, les États sahéliens ont sollicité l’aide de leurs partenaires occidentaux, car les budgets de ces États sont faibles et leurs effectifs militaires aussi : 147 000 militaires en Algérie, 25 350 au Tchad, 15 870 en Mauritanie, 7 750 au Mali et 5 300 au Niger.
 
Source : Le Dessous des Cartes © ARTE, en collaboration avec le Lépac

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Date de dernière mise à jour : 07/02/2013

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