Le Sahara, pas si désert que cela !

Pas si désert que cela !

Recherches et écriture: LEPAC / Frank Tétart
Réalisation : Alain Jomier
Graphisme : Anne Criou

Diffusion sur Arte le 04.01.2006 à 22:30

Avec 8,5 millions de km2, le Sahara est le plus grand désert du monde. Or il n’est ni un espace vide, ni une barrière entre Méditerranée et Afrique subsaharienne. Au contraire, il est depuis une décennie redevenu un espace attractif, lieu d’échanges et de vie et voie de passage pour les migrants vers l’Europe.
 

Dans les relations entre Etats, comme dans les préjugés qu'on peut avoir sur les peuples, les clichés ont la vie dure.
Prenez le Sahara : c'est un désert, vide, qui fait barrière entre Méditerranée et Afrique subsaharienne, et où bien sûr personne ne peut vivre. Je vais donc tenter de vous montrer que le Sahara n'est pas une frontière mais une charnière, un nouveau lieu de commerce et de vie. Et une voie entre l’Afrique et l’ Europe.

Le plus grand désert du monde

Le plus grand désert du monde

Avec une superficie de 8,5 millions de km2, le Sahara est le plus grand désert du monde.
Il s’étend de l'Atlantique à la mer Rouge (6000 km) et de la côte Méditerranéenne aux steppes du Sahel (2000 km).
Son nom est dérivé d'un mot arabe qui veut dire
« ocre », en référence à la couleur dominante de ses paysages.

Un territoire en partie montagneux

Un territoire en partie montagneux

Le Sahara comprend de grands massifs montagneux. En Algérie, par exemple, le massif du Hoggar culmine à 3000 mètres d’altitude et, au nord du Tchad, le volcan de l'Emi Koussiou, dans le massif du Tibesti, atteint 3500 mètres.

Des terres localement fertiles

Des terres localement fertiles

Le Sahara n’est pas un espace entièrement aride. Les oasis et la vallée du Nil, qui s’étend le long d’un grand axe Sud-Nord, concentrent notamment une végétation abondante.
Le climat actuel du Sahara ne s'est d’ailleurs mis en place qu'il y a 3 ou 4000 ans comme l’indiquent la faune et la flore très riches des peintures rupestres retrouvées en Algérie, en Libye et au Soudan.

Une contrée autrefois mythique

Une contrée autrefois mythique

Le Sahara est longtemps resté, aux yeux des Européens, une frontière ultime.
Au Moyen Age, on le croyait peuplé d'animaux fantastiques.

Un espace perçu comme vide

Un espace perçu comme vide

Les Européens conçoivent le désert du Sahara comme un espace vide et sec, uniquement parcouru par des Touaregs nomades.

De très anciennes routes commerciales

De très anciennes routes commerciales

Le désert saharien est, depuis de longs siècles, parcouru par plusieurs routes commerciales dont les principales relient :
Aoudaghost à Fez ;
Gao au Mzab ;
et Bilma, au Niger, à Tripoli, en Lybie.
Ces routes s'appuient sur des oasis-relais tels que Rissani, Mzab, Fezzan ou Ghadamès.
Ce sont des points de carrefour où s’échangent des produits venus du Nord (laine, étoffes, chevaux, armes, perles et verroterie), dont le livre du Coran, ce qui a permis l'expansion de l'islam en Afrique subsaharienne ; contre des produits venus du Sud (notamment le sel extrait des mines du nord du Mali ou du Niger, les esclaves, l'ivoire et l'or de l'Empire du Ghana).

La parenthèse coloniale

La parenthèse coloniale

La pénétration des Européens, au XVIIIème siècle, puis la colonisation du continent africain, au XIXème siècle, vont introduire plusieurs ruptures.
Désormais, le commerce transsaharien Nord-Sud se détourne au profit des comptoirs et des ports construits par les Européens. Les villes du Sahara vont alors s’appauvrir.

Le découpage du territoire

Le découpage du territoire

La fin de la colonisation, au milieu du XXème siècle, conduit au partage du Sahara en dix Etats indépendants.

Les conflits territoriaux

Les conflits territoriaux

Les frontières des Etats issues de la décolonisation sont des tracés arbitraires qui freinent le nomadisme et entraînent des conflits territoriaux.
Ainsi, à l’indépendance en 1975, le Sahara espagnol devient l'enjeu des rivalités entre Marocains, Mauritaniens et Algériens. Au Tchad, la bande d'Aozou est revendiquée par la Libye. Et, au Niger et au Mali, les Touaregs s'élèvent contre des tracés de frontières qui entravent l'organisation de l'élevage et de la transhumance.

Le développement des villes

Le développement des villes

Dans les années 1950, seule la ville algérienne de Biskra, aux portes du désert saharien, dépassait les 50 000 habitants, désormais plusieurs dizaines de villes comptent plus de 100 000 habitants (Layoune au Sahara Occidental ; Rabouni, Béchar, Gardhaïa, Ouargla, et Tamanrasset en Algérie ; Sabha en Libye, Arlit et Akoban au Niger ; et Nouakchott, la capitale mauritanienne qui dépasse les
700 000 habitants).
En une trentaine d'année, le Sahara a gagné environ 5 millions d'habitants.

Des ressources minières abondantes

Des ressources minières abondantes

La croissance urbaine s’explique notamment par l'exploitation des ressources minières
(pétrole et gaz en Algérie, en Libye et en Egypte ; fer en Mauritanie, en Algérie et en Libye ; phosphate au Sahara occidental ; cuivre en Mauritanie ; étain et l'uranium au Niger).
L'exploitation de ces ressources a permis la construction d'infrastructures, favorisant le maintien de populations locales et l'arrivée de migrants. Ainsi, la population de Hassi Rmel est passée de 73 habitants en 1977 à 12 000 aujourd'hui.

Une agriculture moderne

Une agriculture moderne

L’afflux de populations responsable de la croissance urbaine est également liée à la modernisation agricole.
Ainsi, l'agriculture dans les oasis, autrefois basée sur la datte, s'est aujourd’hui diversifiée.
La construction de barrages, la diffusion des pompes à eau, l'entretien des canaux et l'irrigation à partir des nappes aquifères ont permi le développement de l'agriculture céréalière et des cultures maraîchères.

Le projet d’irrigation libyen

Le projet d’irrigation libyen

Pour livrer de l'eau dans le désert et développer son agriculture, la Libye a fait construire la « grande rivière artificielle » entre Koufra et la mer Méditerranée.
Mais ce projet de pompage des nappes fossiles conduit à une érosion et une salinisation des sols. Il ne donne que de faibles rendements pour un prix de revient considérable à la production.

La reprise des échanges transsahariens

La reprise des échanges transsahariens

La croissance urbaine s’explique également par l’augmentation des échanges entre les États sahariens.
La Libye et le Tchad, à la fin du contentieux territorial en 1994, ont relancé leurs échanges. La construction d'une route est ainsi prévue entre Koufra et N'Djamena via Abéché, avec un embranchement vers le Niger.
Le Maroc et la Mauritanie ont rétabli leurs relations, dans les années 2000, rendant possible la construction d'une route entre Nouakchott et Nouadhibou, ce qui relie la Mauritanie à Tanger.

Une terre de transit

Une terre de transit

Aujourd’hui, les routes transsahariennes sont devenues celles des migrants subsahariens cherchant à rejoindre l'Union Européenne.
Elles partent du Sénégal, du Burkina Fasso, du Tchad, et du Soudan pour déboucher sur le Maroc ou la Libye. Les villes d'Agadez, Tamanrasset, ou Sabha sont devenues des plaques tournantes de l'immigration africaine, où ces derniers peuvent se constituer un petit pécule pour poursuivre leur voyage. Une économie de transit se met alors en place avec des restaurants, des cafés, des garages, des parkings, et des centres téléphoniques.
Les villes sahariennes sont donc de plus en plus cosmopolites, où se côtoient populations locales, cols blancs et migrants en quête de travail. Or en renforçant les contrôles des flux migratoires, l'espace Schengen impose le long du littoral du Maghreb une barrière quasiment infranchissable. Les migrants passent alors clandestinement par bateau vers les îles italiennes de Lampedusa, les îles espagnoles des Canaries, ou tentent de franchir à la nage les 14 km du détroit de Gibraltar. Entre 1997 et 2001, 3300 cadavres y ont été repêchés. Et en octobre 2005, à Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles en territoire marocain, l'assaut de migrants africains sur ces enclaves a conduit à la mort de plusieurs d'entre eux et à l'expulsion des autres par les autorités marocaines dans des conditions lamentables.

 

En reportant la pression migratoire « en amont », l'Union Européenne contribue à l'augmentation du nombre des migrants présents dans le Sahara.
Ces gens là sont alors exposés à plusieurs types de pressions :
celle de l'Union Européenne,
celle des Etats où ils transitent,
plus la xénophobie des populations locales, nationales, qui voient dans ces migrants des concurrents directs, embauchés pour de faibles salaires sur des marchés de l'emploi déjà saturés.
Donc on l’a compris sur cet espace que nous venons de décrire, des nouvelles routes de commerce, l’urbanisation des anciennes oasis, les voies de transit des migrations des zones pauvres vers les zones riches : le Sahara n'a plus les moyens d'être un désert.

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Commentaires (1)

Miville Couture
  • 1. Miville Couture | 04/10/2015
Même si ces renseignements datent de plusieurs années déjà, ils sont néanmoins très utiles aujourd'hui en 2015. Pendant de nombreuses années, le gouvernement de Kadhafi avait réussi à contenir ou à régler le flux des migrants venus du Sud qui désiraient se rendre en Europe. La chute de Kadhafi a aggravé dangereusement la situation. Le chaos provoqué par l'intervention de L'OTAN en 2011 n'a pas fini de coûter cher en vies humaines.

Il est toujours bon d'étudier l'Histoire en se référant à des cartes qui sont à jour. Napoléon reprochait souvent à ses maréchaux de ne pas prendre le temps de lire et de comprendre les cartes. Celles qui nous sont proposées dans cet article sont très utiles pour remettre les pendules à l'heure dans bien des domaines. En effet, malgré tous les moyens technologiques dont nous disposons, nous sommes encore à l'heure de l'ignorance. Les connaissances fiables ont des capacités organisatrices alors que l'ignorance a des capacités destructrices.

Malgré les changements profonds dont nous sommes témoins, je crois que les grandes caravanes vont continuer de parcourir le Sahara. Il y a des traditions qui sont en accord avec les lois fondamentales de la nature et c'est pourquoi elles vont durer malgré les soubresauts de l'Histoire et malgré la cupidité des puissants.

Au Sahara, il y a un proverbe très utile dont le sens doit nous faire réfléchir: "Les chiens jappent mais la caravane passe". Je crois que les caravanes vont continuer de passer.

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Date de dernière mise à jour : 25/11/2011

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