Géopolitique paramilitaire

NÉO-MERCENAIRES : LA GUERRE PRIVATISÉE


Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Didier Ozil
Graphisme : Pierre-Jean Canac

Diffusion sur Arte le 17.04.2010 à 00:00

Nées des décombres de la guerre froide, les sociétés militaires privées sont devenues un acteur incontournable des conflits d’aujourd’hui, à tel point que leur nombre dépasse parfois celui des armées nationales. Le Dessous des Cartes s’intéresse à ces sociétés aux statuts juridiques flous et aux règles éthiques discutables.

Des acteurs nouveaux pour des conflits nouveaux

Des acteurs nouveaux pour des conflits nouveaux

Les conflits qui naissent après la fin de la guerre froide, ou qui y survivent, s’écartent du schéma des guerres conventionnelles.
Ce sont des guerres dites asymétriques, par exemple en Somalie, en Bosnie, en Tchétchénie, ou bien des conflits internes.
Plus tard s’amorcent les guerres contre les groupes djihadistes, et les longues phases de guérilla.
Ce sont donc des guerres qui ne portent pas vraiment ce nom, qui fournissent un terrain adapté au développement d’acteurs privés, au côté des armées nationales.

La baisse des budgets de défense

La baisse des budgets de défense

Plusieurs facteurs ont joué pour favoriser cette privatisation.
D’abord, les dépenses militaires ont baissé dès la fin de la guerre froide. On le voit bien sur ce graphique.
C’est spectaculaire pour la Russie, qui divise par 5 ses budgets militaires, et pour l’Afrique du Sud qui les réduit après la fin de l’apartheid.
Les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni baissent aussi leurs dépenses.

La diminution des effectifs militaires

La diminution des effectifs militaires

On assiste aussi à une baisse des personnels militaires, liée à la professionnalisation des armées, c'est-à-dire moins de conscription et aux restructurations. De nombreux Etats externalisent vers le secteur privé de multiples fonctions et services.

En Afrique, les origines des sociétés militaires privées

En Afrique, les origines des sociétés militaires privées

Comment en est-on arrivé là ?
Regardons une carte de l’Afrique occidentale et de ses zones minières. C’est là qu’éclatent la plupart des conflits des années 1990, et c’est dans ce contexte que se développe une compagnie sud-africaine, Executive Outcomes, que l’on peut considérer comme le premier exemple de société militaire privée.
Elle est intervenue d’abord en Angola, puis en Sierra Leone, pour protéger les intérêts pétroliers et miniers des multinationales, puis ensuite celui des gouvernements de ces pays et elle est parvenue à imposer le calme.

Le “test” colombien

Le “test” colombien

Deuxième exemple, la Colombie, où, entre 1999 et 2005, a été mis en place un « Plan Colombia » pour empêcher l’émergence d’un narco-Etat.
C’est là que pour la première fois, le gouvernement fédéral américain a embauché ce type de compagnies pour remplacer les forces armées américaines, d’abord pour la fumigation des cultures de coca, puis pour le soutien des forces armées colombiennes.

Des contractuels très présents en Irak

Des contractuels très présents en Irak

Les sociétés militaires privées sont très présentes sur le théâtre irakien : différents rapports estiment que les contractuels privés américains étaient 170 000 fin 2009, pour 120 000 soldats « nationaux » américains.
Il faut ajouter à ce chiffre près de 40 000 autres contractuels travaillant comme personnel de sécurité, et équipes de reconstruction civile, postées dans les bases arrière au Moyen-Orient.

Une présence en augmentation constante

Une présence en augmentation constante

Pendant la première Guerre du Golfe en 1991, le ratio était de 1 privé pour 100 hommes de troupes.
Ce ratio était de 1 pour 10 au début de la guerre de 2003.
Il est aujourd’hui de plus de 1 agent contractuel pour 1 soldat de l’armée régulière américaine.
Le désengagement américain devrait être achevé en principe pour fin 2011.
On peut donc s’attendre à ce que ces contractuels viennent en plus grand nombre pour compenser une partie des départs.

Un statut juridique très flou

Un statut juridique très flou

Dernier point, les conflit génèrent évidemment un très fort climat de tension sur le terrain, et les salariés de ces compagnies ont commis de nombreuses bavures.
Par exemple en 2007, des employés de la compagnie Blackwater ont tué 17 civils irakiens dans une fusillade au square de Nissour, à Bagdad. Traduits en justice ensuite aux Etats-Unis, ils n’ont pas été condamnés par la justice américaine et de fait, l’Etat employeur en cas de crime commis par les agents contractuels n’est pas mis en cause.

L’implantation croissante en Afghanistan

L’implantation croissante en Afghanistan

L’armée américaine se désengage de l’Irak et s’investit plus sur le théâtre afghan.
Et les sociétés militaires privées vont les suivre.
On voit ici une carte du pays, avec la localisation des Régions militaires tenues par l’ISAF, c'est-à-dire l’Otan.
En 2009, le personnel privé embauché par le Département de la Défense américain représentait 57% des forces américaines présentes en Afghanistan et cette proportion - plus d’un homme sur deux - pose plusieurs questions.

Le Document de Montreux

Le Document de Montreux

On le voit bien l’emploi de personnels civils en zones de conflits soulève de nombreuses questions, juridiques et éthiques. Alors comment réguler ?
Fin 2008, 17 Etats ont signé le « Document de Montreux », élaborant un code de conduite pour l’emploi de ces personnels.

 

Cet effort de régulation a-t-il une chance d’aboutir ?
Le problème, c’est que la demande est forte car les instabilités sont nombreuses à travers le monde, et de diverses natures.
Par exemple, on assiste à une baisse des effectifs des casques bleus mis à la disposition par les Etats pour les opérations de maintien de la paix.
Or, ces sociétés privées sont plus efficaces, ne dépendant pas de la structure très lourde de l’ONU et aussi elles aident à réduire les coûts.
Leur emploi par exemple coûterait jusqu’à 5 fois moins cher qu’une opération onusienne.
Alors l’ONU est contre, mais leur lobbying sert justement à trouver de nouveaux marchés, notamment dans les actions de pacification.
Voilà, vous l'avez compris, c'est une question complexe.
Le problème c'est qu'on est tout de même au cœur de la souveraineté de l'Etat : or voilà des sociétés privées qui produisent maintenant une violence dont seul l’Etat devrait avoir le monopole légal.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=3163022.html

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