GÉOPOLITIQUE DU FOOTBALL

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor

Réalisation : Alain Jomier

Graphisme : Pierre-Jean Canac

Diffusion sur Arte le 12.06.2010
Diffusion sur TV5 le 13.06.2010 


Cet été, l’Afrique accueille pour la première fois la coupe du monde de football. A l’occasion de ce grand rendez-vous sportif, le Dessous des Cartes retrace l’histoire du football moderne, phénomène par excellence de la mondialisation.

Voici donc venu, à nouveau, le temps du football mondial.
Ce sport, peut-être plus que d’autres, permet d’interroger les relations internationales à travers un prisme différent, parce que cette Coupe du monde entraîne des enjeux économiques qui sont très importants, mais aussi des enjeux politiques, car le football mondial nourrit les passions nationales.

Les origines anglaises du football

Les origines anglaises du football

Le football tel qu’on le pratique aujourd’hui est né en Angleterre au XIXe siècle.
Ce nouveau sport gagne ensuite l’Europe puis, avec la présence coloniale et commerciale anglaise, il acquiert une dimension internationale.
À l’origine, le foot est en effet surtout pratiqué par les marins anglais.

La naissance de la FIFA

La naissance de la FIFA

En 1904 est fondée la FIFA, la Fédération Internationale de Football.
Elle va connaître une évolution spectaculaire qui reflète bien les changements politiques internationaux :
entre 1950 et 1975, les fédérations africaines se multiplient, suivant ainsi le rythme des indépendances sur ce continent.
Puis, avec la fin de l’URSS, et l’éclatement de la fédération yougoslave en 1992, de nouveaux États apparaissent, et viennent à nouveau grossir les rangs de la FIFA.

Plus d’Etats qu’à l’ONU ?

Plus d’Etats qu’à l’ONU ?

Aujourd’hui, la FIFA, dont le siège est à Zurich, compte 208 membres inscrits, soit plus que le nombre d’Etats reconnus par l’ONU. Comment est-ce possible ?
D’après les statuts, une fédération de football représentant une région peut être admise à la FIFA, si elle a l’accord de l’Etat dont elle dépend.
C’est le cas par exemple du Royaume-Uni qui a 4 équipes à la FIFA : l’Écosse, le Pays de Galle, l’Angleterre, l’Irlande du Nord.

Des territoires sans Etat dans la FIFA

Des territoires sans Etat dans la FIFA

Les Antilles néerlandaises, sont inscrites à la FIFA, à côté de l’équipe nationale des Pays-Bas.
Autre exemple, la Nouvelle Calédonie qui est un Territoire français d’Outre Mer.

La Coupe du Monde, événement planétaire

La Coupe du Monde, événement planétaire

Le succès de ce sport repose sur une idée simple : celle d’organiser une compétition vraiment « mondiale » où s’illustreraient les plus grandes équipes du moment.
C’est l’Uruguay qui accueille la première Coupe du Monde en 1930.
Depuis, la Coupe a lieu tous les 4 ans. D’abord en Europe et en Amérique Latine.
Puis, en 1994, elle débarque en Amérique du Nord, jusque-là plus familière du base-ball ou du basket-ball .
Et c’est là un immense marché à conquérir.
En 2002, c’est au tour de l’Asie d’accueillir la Coupe du Monde.
Et elle est organisée par le Japon et la Corée du Sud, deux Etats avec une histoire très conflictuelle, mais qui parviennent à s’entendre le temps de la compétition.

Football-business ?

Football-business ?

La mondialisation du football n’est pas que politique, il y a aussi toute une dimension financière que révèle bien l’évolution des clubs européens.
Cette carte montre les Etats membres de l’UEFA, - l’Union des associations européenne de football.
En 2000, les principaux clubs européens se regroupent en une véritable organisation de lobbying, qui devient, en 2008, l’Association Européenne des Clubs.
Là on trouve aussi les équipes les plus riches, dont 20 clubs ayant affiché un revenu total de 4 milliards d’euro en 2009.

Les transferts de joueurs

Les transferts de joueurs

A côté de ces flux financiers, il y a les flux de personnes.
Les transferts internationaux de joueurs sont importants : lors de la saison 2008/2009, 58% des joueurs de la Premiere League anglaise étaient étrangers.
On en comptait 49% dans la Bundesliga allemande et 42% des joueurs de la Série A italienne étaient également étrangers.

Les risques du “foot-drain”

Les risques du “foot-drain”

La Ligue 1 française comptait, quant à elle, 33% d’étrangers, avec une prédominance des joueurs sénégalais, ivoiriens, camerounais, maliens, nigérians.
Donc, une fois encore, merci le continent africain, sur lequel est largement pratiqué le « Foot-drain » pour parodier l’expression
« brain-drain » employée pour désigner les flux migratoires des scientifiques.
Les recruteurs européens font en effet venir de nombreux jeunes joueurs africains, souvent mineurs.
Pour certains, la naturalisation peut être facilitée, mais pour d’autres, s’ils ne sont pas sélectionnés, ils se retrouvent - certes en France - mais livrés à eux-mêmes, sans moyens de subsister et parfois même sans papiers !

La “guerre du football”

La “guerre du football”

Le football demeure pourtant ce qu’il a toujours été, une rencontre populaire, et souvent même un facteur de mobilisation nationale.
Il peut aussi devenir un révélateur des tensions entre deux pays.
Par exemple fin des années 60, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du Monde de Mexico, trois matchs opposent le Salvador et le Honduras, et entraînent des heurts violents dans les stades.
Après la fermeture de la frontière entre les deux pays, l’armée du Salvador attaque le Honduras. La guerre va tout de même durer 3 mois, et entre dans l’histoire comme la « guerre du football ».
Sauf que le football n’est en rien la cause de ce conflit, mais il a fait éclater la rivalité géopolitique ancienne entre ces deux pays centraméricains.

La “diplomatie du football”

La “diplomatie du football”

Les rencontres de football peuvent avoir également un effet inverse, c’est-à-dire renforcer un processus de rapprochement politique en cours.
En septembre 2008, le match Arménie-Turquie a été l’occasion de confirmer que les deux pays étaient engagés dans un processus de réconciliation.

2010, la Coupe du Monde de l’Afrique

2010, la Coupe du Monde de l’Afrique

En 2010, pour la première fois, la Coupe du monde est organisée sur le continent africain. Elle va se dérouler cet été en Afrique du Sud.
Les matchs se disputeront dans 10 stades, rénovés ou construits pour l’occasion.
Parmi eux, il y a le complexe de Soccer City - la cité du football - , qui est en soi un symbole. Car cet immense stade se trouve tout près de Soweto, là où est né le mouvement anti-apartheid, et c’est là que Nelson Mandela avait tenu son premier meeting, après sa libération de 1990.
Donc, la symbolique dépasse de loin la seule compétition sportive, cette Coupe du Monde 2010 met à l’honneur un pays qui avait été interdit de match international pendant près de 40 ans pour cause d’apartheid.

 

On le voit par ces divers exemples, ce sport n’est pas apolitique.
D’autant plus, chacun le sait, les stades deviennent souvent des tribunes pour la violence, le racisme, la xénophobie.
D’où la nécessité d’augmenter le niveau des sanctions contre les clubs, pour qu’ils agissent sur leurs supporters qui utilisent à l’excès le stade comme exutoire.
Ou alors, il y a les sifflets contre la Marseillaise, l’hymne national français, en plein débat sur l’immigration dans le pays, et ce sont des sifflets instrumentalisés comme preuve d’une intégration qui serait défaillante dans notre pays.
On peut aussi donner des exemples inverses : en France, la victoire lors de la coupe de 1998 a rassemblé sous un même drapeau l’équipe « black-blanc-beur », vue justement comme une image d’intégration réussie et de la diversité de la société française.
Et en Allemagne, en 2008, la rencontre Allemagne/Turquie lors de l’Euro 2008 a également été présentée par la presse allemande comme un « test » pour l’intégration, puisque la communauté turque est très importante en Allemagne.
Le football est donc bien l’une des expressions de la mondialisation.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=3265070.html

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Commentaires (1)

clode
  • 1. clode | 17/06/2010
Le foot c'est le racisme, la xénophobie, le nationalisme. Et en premier le fric.
Très peu pour moi, les coupes du monde !

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