Géopolitique des exilés du climat

RÉFUGIÉS CLIMATIQUES

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Alain Jomier
Graphisme : Pierre-Jean Canac

Diffusion sur Arte le 05.01.2008 à 20:00

Les évolutions climatiques actuelles commencent déjà à menacer certaines populations dans le monde, qui seront bientôt poussées à l’exil.

Il existe en droit international la notion de réfugié politique, c’est à dire lorsqu’on fuit son pays parce qu'on n’est pas libre de parler comme les Chiliens sous Pinochet, ou aujourd'hui des Iraniens ou des Chinois.
Il existe aussi la notion de réfugié économique, ou plus exactement de migrants économiques, c’est-à-dire des gens qui fuient la pauvreté dans leur pays.
Voici que se développe maintenant une autre réalité, celle des réfugiés environnementaux.
C’est cette réalité que nous allons évoquer aujourd'hui en vous montrant ce que des photographes et des écrivains du Collectif Argos ont rapporté sur la vie de ces premiers réfugiés climatiques.

Les 9 régions observées par le collectif Argos

Les 9 régions observées par le collectif Argos

La carte présente les neuf régions où l’enquête du collectif Argos a été conduite pendant deux ans : au Népal, en Chine, au Bangladesh, au Tchad, en Allemagne, en Louisiane, en Alaska, à Tuvalu dans le Pacifique, et aux Maldives dans l’Océan Indien.

La situation du Népal

La situation du Népal

Depuis les années 1980, les glaciers de la chaîne de l’Himalaya au Népal reculent en moyenne de 10 à 60 mètres chaque année, ce qui favorise la formation des lacs glaciaires.

Le lac Imja au Népal

Le lac Imja au Népal

Au Népal, on peut repérer la vallée de Khumbu, à environ 4000 m d’altitude. Cette vallée de haute montagne est très peuplée, environ 5000 habitants, très touristique, car ses pistes de trek conduisent au camp de base de l’Everest.
C’est au-dessus que se situe le lac Imja à quelque 5000 mètres d'altitude.
Ce lac s’est formé il y a une trentaine d’années, par la fonte rapide d’un glacier, et maintenant il menace de se déverser dans cette vallée de Khumbu.
Et sur la vingtaine de lacs glaciaires (indiqué par un point bleu sur la carte) qui se gorge d’eau au Népal, les scientifiques estiment que le lac le plus dangereux à court terme est lac Imja.

La situation de Dig Tsho au Népal

La situation de Dig Tsho au Népal

Ces lacs qui explosent littéralement sous la pression, ce n’est pas qu'une hypothèse qui s’est produite à Dig Tsho en 1985.

1985: rupture de la digue du lac Dig Tsho

1985: rupture de la digue du lac Dig Tsho

Un énorme bloc de glace s’est alors détaché de la montagne, et s’est effondré dans le lac glaciaire, sous le choc, la digue naturelle a rompu, l'eau a emporté des villages, des ponts, des pistes de trek, une station hydro-électrique et cinq personnes ont été emportées par les eaux.
C’est exactement ce qui menace au lac Imja, et c'est pour cela que les habitants sont soit piégés, soit décident de partir.

L’Himalaya: château d’eau de l’Asie

L’Himalaya: château d’eau de l’Asie

La chaîne de l’Himalaya c'est le château d’eau de l’Asie, elle donne naissance à plusieurs grands fleuves, dont le Gange et le Brahmapoutre, qui se jettent dans la mer au niveau du Bangladesh, où le changement climatique engendre là d’autres types de menaces.

L’eau au Bangladesh

L’eau au Bangladesh

Le Bangladesh reçoit l’essentiel des eaux provenant du Tibet, du Bouthan, de l’Inde, du Népal, tout se déverse au Bangladesh, où l'on trouve la plus grande mangrove au monde.

La fonte des glaciers au Bangladesh

La fonte des glaciers au Bangladesh

Or, depuis une vingtaine d’années, on observe trois phénomènes.
Premièrement, celui que l’on vient de constater au Népal : en amont, la fonte des glaciers entraîne une augmentation des débits fluviaux.
Dans un pays aussi plat que le Bangladesh, 3 cm d’eau en plus, c’est une extension des zones inondées.

Le phénomène de mousson au Bangladesh

Le phénomène de mousson au Bangladesh

Deuxièmement, l’augmentation des pluies de mousson et la dilatation de l'eau de mer, plus chaude freinent l’écoulement fluvial, et entraînent une élévation des eaux de l'estuaire qui se mêlent à l’eau de mer du Golfe du Bengale.
Alors, l’eau de mer remonte dans le delta, et vient polluer les nappes phréatiques et entraîne la disparition de la riziculture.

Scènes de vie dans la région de Munshinganj (Bangladesh)

Scènes de vie dans la région de Munshinganj (Bangladesh)

On voit ici des scènes de la vie dans la région de Munshinganj, une région de mangrove, où plus de 8000 familles vivent de la riziculture et de l’agriculture.

Informations sur les conséquences du réchauffement climatique au Bangladesh

Informations sur les conséquences du réchauffement climatique au Bangladesh

Il y a deux possibilités face à la montée des eaux :
informer sur les conséquences des changements climatiques, planter des arbres, surélever les habitations et les digues, introduire des semences de riz moins sensibles au sel.

Dacca: entre pression climatique et pression démographique

Dacca: entre pression climatique et pression démographique

Deuxième possibilité, on s'en va.
Du fait des migrations internes la superficie de Dacca a déjà augmenté de 40% en 20 ans.
Si comme le prévoit le rapport du GIEC, la pression climatique se poursuit sur le Bangladesh, il faut dès à présent planifier des migrations massives.
Dacca ne pourra pas accueillir tout le monde.
Les habitants du pays iront-ils en Birmanie, ou en Inde ?
Comment seront-ils accueillis ? Avec quelles aides vivront-ils? Avec quels statuts ?
Mais pourtant cette fuite est peut-être un moindre mal.

Menace sur l’archipel des Maldives

Menace sur l’archipel des Maldives

Un troisième cas de figure : que fait-on quand on vit sur une île ?
Voici l’archipel des Maldives formé par 1200 îles.
Il s’agit d’un Etat indépendant, à proximité du sud de l’Inde, et du Sri Lanka.
Et quand on arrive en avion, on comprend tout de suite la vulnérabilité de l’archipel, et donc celle de ses habitants.
Les Maldives sont des îles coralliennes, entourées de plages, surmontées de cocotiers.
C'est une nature très agréable pour les touristes, mais très dure pour les habitants, qui sont au nombre de 360 000, et qui vivent sur seulement 200 îles de l’archipel.

Malé, le petit Manhattan des Maldives

Malé, le petit Manhattan des Maldives

Sur l’une d’elles, les hommes ont remplacé le sable par une dalle de béton, et les arbres par une forêt de building.
C’est la capitale Malé, où vivent 100 000 personnes. Soit le tiers des maldiviens.
Malé, c’est comme un petit Manhattan perché sur un pic de corail, tirant la croissance du pays généré par le tourisme, et le boom de la construction après le tsunami.
D’ailleurs, les indicateurs économiques sont intéressants à relever : un taux de croissance très élevé à 19% en 2006, mais le plus mauvais du classement «risque-pays ».
Car ce petit Manhattan, tout comme les autres îles, est planté à seulement un mètre au-dessus du niveau de la mer, celle-ci monte de 5 mm par an, sous l’effet de la fonte globale des glaciers que l’on a évoqué plus haut et de la dilatation des eaux marines qui se réchauffent.

Les conséquences du réchauffement sur les coraux

Les conséquences du réchauffement sur les coraux

À cela s’ajoute l’érosion liée aux courants marins qui raclent les rives. Le corail sert de brise lame et protège les plages. Tout repose en fait sur cet organisme vivant sensible aux variations des températures de l’eau. Plus l’eau est chaude, plus le corail meurt.

Hulumalé: construite à 2 m au-desus de la mer

Hulumalé: construite à 2 m au-desus de la mer

Pour décongestionner l’île capitale Malé, et anticiper la montée des eaux, le gouvernement maldivien crée une île artificielle sur un massif corallien. Hulhumalé est construite cette fois à 2 mètres au-dessus de l’océan. Et d’ici 20 ans, elle devrait accueillir près de 150 000 personnes.

Gestion politique du réchauffement aux Maldives

Gestion politique du réchauffement aux Maldives

Donc deux possibilités pour préserver l’avenir des Maldiviens :
Il faut à la fois construire plus haut, mais si l'eau monte de 50 cm, la force des tempêtes et de l’érosion s’en trouve décuplée .
Et regrouper les habitants : il y a 1200 îles aux Maldives, 200 sont habitées et 75 de ces îles ne sont peuplées que de 500 personnes, essentiellement des pêcheurs car cette dispersion coûte cher en transport, en sécurité, en santé publique... et maintenant en risque climatique.
D’où l’idée de regrouper peu à peu les Maldiviens sur 80 îles ce qui permet de concentrer l’effort budgétaire de l’Etat.
On pourrait aussi prendre l’exemple dans l’océan Pacifique de l’atoll de TUVALU, où vivent 11 000 personnes. Ceci dit attention, la crise climatique n’a rien d’exotique. Ce n’est pas que pour « les autres ».

La péninsule de Schleswig-Holstein en Allemagne

La péninsule de Schleswig-Holstein en Allemagne

En Allemagne, dans la péninsule du Schleswig-Holstein, des digues doivent être construites ou surélevées devant les îles Halligen, pour protéger les villages de la mer du nord qui elle ne cesse de monter, et de perturber le mode de vie des Allemands qui vivent là.

 

Nous avons pu travailler à partir des photos et des textes du livre « Refugiés climatiques », cette longue enquête de plusieurs années sur le terrain a été réalisée par le Collectif Argos qui regroupe photographes et écrivains.
J’ai voulu me faire l’écho de ce travail parce que nous sommes dans une phase intéressante et difficile.
Intéressante, parce que enfin, il y a une prise de conscience de la gravité de la crise.
Mais la phase est difficile parce que les décideurs exécutifs, économiques mais peut-être surtout législatifs, ont du mal peut-être, à prendre les mesures à la hauteur des enjeux qui se présentent à nous.
Des régions entières dans le monde vont devenir inhospitalières, leurs populations vont se déplacer, provoquant alors des tensions géopolitiques. Le climat et l'environnement peuvent, au XXIe siècle, être des facteurs de guerre ou de paix.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=1884442.html

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