Géopolitique des deux Corées

CORÉES : UNE HISTOIRE COMMUNE ?

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Alain Jomier
Graphisme : Frédéric Lernoud

Diffusion sur Arte le 06.03.2010 à 17:45

Séparée aujourd’hui en deux entités politiques distinctes et rivales, la péninsule coréenne a partagé dans le passé le même destin, lieu de passage pour les influences et échanges culturels, mais aussi pour les armées. En ce début 2010, le Dessous des Cartes propose un voyage dans l’histoire de ce territoire et s’interroge sur l’hypothèse de sa réunification.

Le Dessous Des Cartes va consacrer deux émissions à la péninsule coréenne. Aujourd'hui, je vais vous parler de l’histoire, pour vous montrer comme elle pèse sur le destin de cette péninsule. Et dans un deuxième numéro, je vous raconterai ce que j’ai appris, et ce j’ai compris, lors d’un récent voyage dans cette région.

Une péninsule sous influences ?

Une péninsule sous influences ?

Voici la péninsule coréenne, tout au bout du continent eurasiatique. Elle fait 223 0000 km2, soit à peu près la superficie de la Grande Bretagne, et elle s’étend de la frontière chinoise au nord, jusqu'au détroit de Corée au sud, c'est-à-dire face au Japon.
La péninsule à deux grandes façades maritimes qui ouvrent sur la Mer Jaune, à l’ouest, et sur cette Mer du Japon, à l’Est, que d'ailleurs les Coréens aimeraient bien voir rebaptisée Mer de l'Est. Elle est voisine de la Russie, de la Chine et du Japon, un tel voisinage ayant pesé lourd dans l’histoire de ce territoire, devenu au fil des siècles voie de passage pour les influences, mais aussi pour les armées.
Ce qu'il y a d'intéressant dans cette région, c'est que malgré les changements dynastiques, les influences chinoises permanentes, les occupations japonaises, les pressions occidentales au XIXe siècle, et soviétiques au XXe siècle, elle a conservé sa propre culture, son peuplement et sa langue.

L’unification du pays sous Shilla

L’unification du pays sous Shilla

On peut retenir quelques grandes étapes de l’histoire coréenne.
L'unité de la péninsule se fait dès le VIIe siècle de notre ère sous l'influence du royaume Shilla unifié, qui régnera jusqu'en 935. C’est là l’un des foyers de la civilisation coréenne.

La dynastie de Choson

La dynastie de Choson

Retenons aussi la dynastie de Choson, d'abord parce que c'est cette dynastie qui va donner au pays son nom de « Pays du matin clair et frais » , et cette dynastie va régner du XIVe au XXe siècle, donc sur une très longue période.

Invasions et influences culturelles chinoises

Invasions et influences culturelles chinoises

Aujourd’hui, le pays reconstruit certains monuments des anciennes dynasties régnantes; des palais qui furent détruits lors des invasions : chinoises, Khitans, Djurchets, puis Mongols au XIIIe siècle, et à nouveau Mandchous au XVIIe siècle.
Et par ces influences, comme par ces invasions, la Chine apporte en Corée aussi bien des techniques que certains des fondements de la culture coréenne.
Des moines venant de Chine introduisent au IVe siècle le Bouddhisme, de l’école du Mahayana, c'est-à-dire celui du Grand Véhicule.
Les Chinois apportent aussi le Confucianisme, que les Coréens adoptent comme système d'administration. Cela devient au XIVe siècle la règle de fonctionnement de la société coréenne, et c’est encore très net aujourd'hui.

Une nouvelle écriture

Une nouvelle écriture

L'imprimerie est également introduite par les Chinois.
Les Coréens vont importer, et utiliser dans leur pays les caractères chinois, les Han Zi, mais à partir de là sera créée une écriture originale, le hangul, plus simple que les caractères chinois : les formes, les ronds, les traits, les angles, les croisements, s'inspirent des motifs géométriques des portes des temples bouddhistes.
C'est donc une longue période d'échanges et d'ambassades, avec cette influence chinoise qui est considérable.

Des relations conflictuelles avec le Japon

Des relations conflictuelles avec le Japon

Du Japon vers la Corée, donc cette fois de l’Est vers l’Ouest, les relations sont moins simples.
L'unité de l'empire du Japon est réalisé pour la première fois au XVIe siècle par le Shogun Hideyoshi. Porté par ses succès, le Shogun décide alors de soumettre la Chine en prenant la Corée pour couloir d'invasion. Il mène ainsi deux campagnes successives, en 1592 et en 1597, mais son attaque est repoussée par l'amiral coréen Yi Sun-sin, avec l'aide des soldats chinois de la dynastie Ming. Yi Sun-sin est devenu un héros national en Corée, et d’ailleurs, la victoire navale contre la flotte japonaise fut possible parce que l'amiral Yi avait inventé un nouveau type de navire, un "bateau-tortue", en somme le premier cuirassé de l'histoire.

Des invasions multiples, jusqu’à la colonisation

Des invasions multiples, jusqu’à la colonisation

Trois siècles plus tard, la Corée est à nouveau envahie par le Japon : lors de la guerre sino-japonaise de 1894/95 ; puis pendant la guerre russo-japonaise de 1904/1905 pour le contrôle de la Mandchourie. La Corée est alors annexée en 1910. Et devient colonie japonaise.
Commence alors pour les Coréens une longue période inscrite dans leur mémoire collective : répressions, expropriations, privations, esclavagisme sexuel, cela tout au long des 35 années de ce joug colonial japonais qui impose une politique de déculturation des Coréens. Cette occupation de la Corée va à la fois moderniser le pays, et en même temps imposer une véritable politique d'assimilation des Coréens : le japonais obligatoire à l'école, shintoïsation de la religion et ce, jusqu'à la défaite japonaise de 1945, c'est-à-dire à la fin de la deuxième guerre mondiale.

La division de la péninsule

La division de la péninsule

La libération du pays arrive par l'extérieur, avec l'entrée des troupes russes le 10 août 1945, et celle des troupes américaines, par le sud. Le pays est alors divisé en deux zones de contrôle, soviétique au nord, américaine au sud, de part et d'autre du 38e parallèle. Et ainsi, deux républiques sont instaurées à partir de 1948.

La guerre de Corée

La guerre de Corée

C’est sur ce territoire de la Corée que sera livrée la première guerre de l'affrontement est-ouest liée à la guerre froide :
en juin 1950, des troupes nord-coréennes soutenues par l'URSS lancent une offensive au sud du 38è parallèle, et vont jusqu'à Séoul.
Les forces américaines, sous mandat des Nations unies, parviennent à repousser les troupes communistes en novembre de la même année.
Puis la Chine entre en scène avec plus de 800 000 hommes, repousse à son tour les alliés, et reconquiert Séoul.

Le retour au statu quo

Le retour au statu quo

Ce va et vient s'interrompt en janvier 1953, sur la ligne du 38e parallèle.
Le pays est dévasté, on compte près de 2,5 millions de victimes chez les militaires, entre 2 et 5 millions de morts parmi les civils. L'armistice est signée à Pan-Mun-Jom en juillet 1953, mais trois années de guerre acharnée n’ont modifié ni les frontières, ni même vraiment le rapport de force. Retour au «statu quo ante bellum», le pays reste coupé en deux par ce 38e parallèle. Et il l’est toujours aujourd’hui, en 2010 : dans la péninsule coréenne, la fin de la guerre froide n’a pas fait tomber le mur. Voilà donc le décor historique brièvement planté.

La zone démilitarisée

La zone démilitarisée

Fin novembre 2009, je me suis rendu le long de ce 38e parallèle, pour voir à quoi cela ressemble exactement.
D’une mer à l’autre, d’Est en Ouest, la ligne de séparation entre les deux Corée fait 250 km de long sur 4 km de large. Cette largeur correspond à un no man's land, les deux armées sont encore face à face, mais pas directement au contact.
Ce territoire presque vide, hors souveraineté, c’est ce que l’on appelle la DMZ, la Zone DéMilitarisée. Plusieurs villages d’agriculteurs sont restés là, ni vraiment au nord, ni vraiment au sud.
Et après l’armistice, des tunnels ont été secrètement creusés par les armées de la Corée du nord. Ils partent du nord de la ligne de démilitarisation, pour déboucher en Corée du sud, permettant ainsi en principe des attaques surprises. Des déserteurs nord coréens ont révélé leur existence, puis indiqué leur emplacement. Mais ces tunnels permettent le passage de deux soldats de front tout au plus, ils sont étroits, donc leur fonction militaire est tout de même douteuse. Ils auraient plutôt comme une fonction symbolique, ou de mobilisation, chaque régiment de l’armée nord coréenne devant creuser son propre tunnel. Ou alors encore une fonction commerciale, pour permettre des trafics en tout genre.
Et bien la Corée du Sud a fait de ces tunnels un outil de propagande, pour montrer comme le régime du nord demeurait agressif. Mais moins classique, les tours operators en ont fait un but touristique.
Des bus remplis de visiteurs étrangers débarquent chaque jour pour visiter la DMZ. Chacun avec un casque sur la tête, ils s’enfoncent par dizaines dans les tunnels avec humidité très forte et intérêt très faible : on écoute un peu de propagande, on achète des casquettes et des T-Shirt DMZ, sans avoir le moindre élément de réponse aux deux questions majeures qui demeurent : quid de la réunification ? Et deuxièmement, quid de l’armement nucléaire en Corée du nord ?

Menace militaire

Menace militaire

La Corée du nord a procédé à des tests nucléaires, le dernier date de mai 2009. Elle est dotée d’un important arsenal balistique, à courte, moyenne et longue portée. On voit sur cette carte la portée de ses missiles. Et ils peuvent menacer la Corée du sud, mais aussi le Japon.
Le régime nord coréen fait alterner menace nucléaire, et appel à la générosité. Car cette dictature communiste en place de père en fils, depuis 60 ans, fait en sorte que sa propre population, qu’elle ne sait pas nourrir, ne meurt pas de faim.

 

Dès lors, faut-il négocier avec le leader nord coréen, Kim Jong Il, pendant qu’il est encore vivant, parce qu’il détient l’autorité sur l’armée nord coréenne ? Ou bien faut-il au contraire attendre son successeur, un de ses fils probablement ?
Faut-il poursuivre la politique de sanctions et d’embargo, pour fragiliser le pays et le régime ? Sauf que le régime ne souffre pas de l’embargo, et l’utilise au contraire comme outil de cohésion nationale. Faut-il alors augmenter le niveau de l’aide, compte tenu du niveau de souffrance des Nord-Coréens ?
En tout cas de tous mes entretiens sur ce sujet, je ne dégage qu’une seule certitude : la réunification n’est pas pour demain. Personne ne semble y avoir intérêt, ni la Chine, ni le Japon, ni la Corée du Nord, dont ce serait la fin du régime.
Les Coréens du sud ne craignent pas la reprise d’un conflit, et n’attendent pas non plus spécialement la réunification ; non, ils travaillent, ils « développent » leur pays, leur moitié de péninsule.
Et c’est bien cela que je vous raconterai dans un prochain numéro.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=3092378.html

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