BOMBARDER L’IRAN ?

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Didier Ozil
Graphisme : Frédéric Lernoud

La menace nucléaire iranienne va-t-elle se concrétiser dans un futur proche ? Là où la diplomatie et les embargos semblent échouer, certains stratèges avancent déjà l’hypothèse d’une frappe préventive venant d’Israël, première cible de la rhétorique nucléaire de Téhéran.

Diffusion sur Arte le 03.04.2010

Ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis, ni les monarchies arabes sunnites, ni bien sûr Israël ne veulent d’un Iran doté d’un arsenal nucléaire militaire. Dit autrement, personne ne veut que l’Iran ait la bombe.
L’option diplomatique est tentée depuis plusieurs années, mais l’option militaire ne peut plus être éludée.
Aujourd’hui, je vais vous décrire la simulation d’une attaque, en m’appuyant sur les études qui ont été faites en 2009 par deux chercheurs, Toukan et Cordesman du CSIS à Washington, et par le Français Sami Cohen, du CERI au CNRS.

La doctrine nucléaire israélienne

La doctrine nucléaire israélienne

L’Etat d’Israël est doté de l’arme nucléaire depuis plusieurs années et complète sa volonté de dissuasion par ce que l’on appelle la « doctrine Bégin », à savoir interdire à tout autre Etat de la région de devenir lui aussi détenteur de l’arme nucléaire.
C’est pour cela que l’aviation israélienne a bombardé l’Irak en juin 1981, pour détruire le réacteur nucléaire d’Osirak, et la Syrie, en septembre 2007, pour détruire l’installation de Deir ez–Zor.

Scénarii de bombardement

Scénarii de bombardement

Les militaires ont repéré trois couloirs aériens.
L’itinéraire idéal passe par la Jordanie et l’Irak, il est central, il est plus court, mais pose des problèmes de relation diplomatique avec la Jordanie, avec qui Israël a signé un traité de paix en 1994.

Des options problématiques pour la diplomatie

Des options problématiques pour la diplomatie

Le couloir numéro 2, au sud, passe par la Jordanie, l’Arabie Saoudite, l’Irak, et pose donc les mêmes problèmes diplomatiques.

Une option possible, mais peu pratique

Une option possible, mais peu pratique

Le troisième passe par le nord : il longe la frontière Syrie/Turquie, traverse le nord de l’Irak avant de pénétrer dans l’espace aérien iranien. C’est le plus plausible, mais c’est le plus long.

L’option alternative d’une frappe balistique

L’option alternative d’une frappe balistique

Pour éviter les pertes humaines et d’appareils, l’autre option serait d’aller frapper avec des missiles israéliens, les Jericho 3.
On a calculé que 42 missiles Jéricho 3 étaient nécessaires pour détruire les installations iraniennes.

Des sites nucléaires très nombreux

Des sites nucléaires très nombreux

De plus, il y a des dizaines d’installations nucléaires dispersées sur le territoire iranien, et il est impossible de les attaquer toutes en un seul bombardement.
Il faut donc frapper le maillon central des installations iraniennes, c’est-à-dire le centre de recherche nucléaire d’Isphahan, l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, l’usine de production d’eau lourde de Arak et le réacteur nucléaire de Busher.
Or, un seul bombardement serait-il bien suffisant ?

Des installations enfouies

Des installations enfouies

Deuxièmement, il y a la dispersion des installations, mais il y a aussi leur enfouissement.
L’usine d’enrichissement de Natanz est construite à 8 mètres de profondeur, protégée par un mur de béton de 2 mètres et demi d’épaisseur ! Les centrifugeuses sont enterrées à 25 mètres sous terre, et recouvertes d’une chape de béton armé de plusieurs mètres d’épaisseur.
Donc, il faut frapper avec précision, mais également en profondeur.

La possible riposte iranienne

La possible riposte iranienne

L’Iran pourrait aussi effectuer des représailles. Il dispose de missiles Shihab 3, dont la portée atteint Israël et pourrait riposter par des tirs de missiles à têtes conventionnelles.

L’influence iranienne sur le Hezbollah

L’influence iranienne sur le Hezbollah

En 2008, l’administration Bush a livré à Israël un radar américain de surveillance, installé maintenant dans le Néguev et servi avec l’aide de techniciens américains.
Au sud du Liban, l’allié Hezbollah pourrait tirer des missiles Zel Zal, qui peuvent atteindre Tel Aviv, et, s’ils sont envoyés en grand nombre, l’Etat major israélien confirme qu’il ne peut pas les intercepter tous.

Le risque de blocage du détroit d’Ormuz

Le risque de blocage du détroit d’Ormuz

Enfin, Téhéran conserve aussi comme option le blocage du détroit d’Ormuz, aggravant ainsi la crise internationale, car c’est par ce détroit qu’est exportée environ 40% de la production pétrolière mondiale.

 

Une telle simulation permet de mesurer que l’opération est complexe à monter, et son issue nullement garantie.
On voit bien que les hypothèses se répondent les unes aux autres.
La perte du monopole atomique pour Israël dans cette région reviendrait à un séisme pour tous les Israéliens.
Or, Israël ayant toujours été adepte du « zéro risque », l’état-major pourrait préférer quand même une attaque préventive.
Vu son histoire, on peut comprendre que le peuple juif se crispe à toute idée de menace d'anéantissement.
Les monarchies et les régimes arabes ensuite : les sunnites, redoutent énormément que l’Iran franchissent ce cap, d’abord pour leur propre sécurité. Et ensuite parce que cela entraînerait une prolifération dans le monde arabe lui-même.
Donc, si on pousse un peu loin le raisonnement, on comprend que ces régimes arabes ne seraient en fait pas fâchés que Israël se charge du travail.
Sauf que les conséquences d’un tel bombardement sont, on l’a compris, d’une considérable gravité.
Dès lors comment imaginer qu'Israël puisse opérer sans concertation avec les Etats-Unis, voire même avec l’Union européenne.
Alors que faire ?
Et bien l’Iran ne fera pas coïncider ses propos odieux, antisémites et belliqueux avec des actes, et ne décidera pas de rayer Israël de la carte, comme cela a été annoncé : la capacité de dissuasion d’Israël fera réfléchir les dirigeants iraniens, qui sont fort intelligents.
Mais en sens inverse comment garantir à l’Iran sa sécurité ?
Ce pays ne renoncera sans doute plus à se doter de l’arme atomique.
Ou alors, Téhéran monnayera son accord de non-prolifération contre une supervision de l’arsenal nucléaire israélien par l’AIEA !
Ce que refusera Israël. Et bien cela s’appelle une impasse.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/le-dessous-des-cartes/392,CmC=3132006.html

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