Le Ché au Congo

A Cuba, on les appelle les internationalistes. Ce sont les volontaires qui ont combattu sur les fronts de la guérilla en Afrique et en Amérique latine. Parti clandestinement de La Havane, malgré les réticences de Fidel Castro qui s'inquiétait de son " impatience ", Che Guevara rejoignit le Congo, où il commanda, du 24 avril au 21 novembre 1965, plus de cent vingt militaires cubains, tous noirs, engagés aux côtés des forces antigouvernementales. Installés sur les rives du lac Tanganyika, ils devaient constituer le noyau d'une force de libération capable de renverser le pouvoir " colonialiste " de Moïse Tshombe, premier ministre, installé au Katanga.
La situation en Afrique semblait avoir un énorme potentiel révolutionnaire, ce qui amena le Che à la conclusion que l’Afrique était le maillon faible de l’impérialisme. C’est à l’Afrique qu’il décida de dédier ses efforts.

Contexte historique

Depuis l’assassinat du premier ministre Patrice Lumumba en 1961, le Congo de l’indépendance est plongé dans le chaos.
Le gouvernement central du président Kasa Vubu, soutenu par les puissances occidentales, doit faire face à deux fronts de rébellion menés par le Comité National de Libération, d’inspiration communiste : l’un à l’ouest, dirigé par monsieur Mulele, ancien ministre de Lumumba et un second à l’Est, plus important, dirigé par Gaston Soumialot et Laurent Désiré Kabila.
Après avoir tenu un moment les deux tiers du pays, la contre offensive sanglante menée au mois d’août 1964 par les mercenaires du président Kasa Vubu et du chef d’Etat major Mobutu, a obligé les rebelles à quitter les villes qu’ils contrôlaient, pour se réfugier dans les montagnes de l’Est du Congo.
C’est dans ce contexte qu’arrive dans les montagnes du Kivu, en avril 1965, le Che Guevara, alias «commandant Ramon» alias «Tatu», en grand secret, à la tête d’un contingent de soldats noirs cubains, sur-entraînés.

Rappel des faits

L’opération cubaine est planifiée pour aider le mouvement marxiste Simba pro-Patrice Lumumba (dont l’assassinat en 1961 avait indigné Guevara) au Congo-Kinshasa (ancien Congo belge, futur Zaïre et actuelle République démocratique du Congo). Le but du Che est d’exporter la révolution cubaine en formant les combattants Simba à l’idéologie communiste et aux stratégies du combat de guérilla

Le rêve africain du Ché

Guevara et ses hommes collaborent un moment avec le dirigeant Laurent-Désiré Kabila, avec qui ils organisent le maquis d’Hewa Bora. Kabila aide alors les partisans de Lumumba à mener une révolte qui est éliminée en novembre de la même année par l’armée congolaise.
D'abord impressionné par le personnage, le Che s'aperçoit au fil des semaines que ce dernier repousse sans raison des rendez-vous importants, s'adonne à la boisson et aux femmes, manifeste une évidente mauvaise volonté à son égard. Il estime finalement que l'homme n'est pas crédible. Il écrira dans ses carnets : « Rien ne m’amène à penser qu’il soit l’homme providentiel ».

La désillusion

Guevara se heurte vite à la réalité congolaise. La nourriture est peu abondante, le paludisme et les maladies vénériennes, contractées dans les maisons closes de Kigoma, font des ravages parmi les troupes.
Le choc le plus brutal est d'ordre culturel : animisme, polygamie, schémas comportementaux qui se fracassent... Lorsqu'il apprend que les Congolais absorbent de la dawa, une « potion magique » censée rendre invulnérable aux balles, et que les soldats refusent par superstition de se réfugier dans des tranchées, le Che s'aperçoit que sa vision du monde est à mille lieues de celles des autochtones. L'optimisme des débuts laisse place à l'inquiétude.
Il découvre aussi qu'il existe de nombreuses dissensions chez les guérilleros. Entre combattants rwandais et congolais tout d'abord, ce qui rend difficile la lutte commune: les rivalités ethniques masquent les rapports de force, malgré un ennemi commun, les Etats-Unis. Entre les combattants congolais du front et leurs dirigeants qui restent à l'arrière, ensuite. De plus, la situation n'est guère plus brillante: les désaccords au sein de l'état-major de la rébellion congolaise se font chaque jour de plus en plus évidents. Au bout d'un mois et demi, le Che définit, dans son Journal, l'Armée de libération comme une « armée de parasites », qui ne sait ni s'entraîner ni travailler. L'indiscipline est totale. Les rares combats sont des fiascos. Guevara et le commandant rwandais Mundandi étudient un plan d'attaque contre la centrale électrique de Bendera, située sur le fleuve Kimbi. Bilan: vingt-deux morts, dont quatre Cubains, tués par un déluge d'artillerie. L'attaque prévue au même moment contre la caserne de Katenga, se solde aussi par un échec.

L’échec congolais

Après sept mois de frustration, malade de la dysenterie et souffrant de l’asthme, débordé par les troupes de Mobutu, Guevara quitte le Congo avec les survivants cubains (six membres de sa colonne sont morts sur 200). Ils doivent abandonner une bonne partie des combattants congolais faute de place dans les embarcations qui retraversent le lac Tanganyika. À un moment, le Che estime devoir rester seul pour combattre jusqu’au bout comme exemple pour la révolution. Il en est dissuadé par ses compagnons et deux émissaires spéciaux envoyés par Castro. Quelques semaines plus tard, quand il écrit la préface de son journal du Congo, il la commence avec les mots: « Ceci est l’histoire d’un échec ».

La république démocratique du Congo subira par la suite la dictature sanglante du mégalomane Mobutu pendant 32 ans …

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