Bénicio del Toro dédie son trophée à Guevara

 

 

Benicio Del Toro reçoit le prix d'interprétation masculine à Cannes

"Je tiens à dédier ce prix à l'homme qui a inspiré le film, Che Guevara", a déclaré Del Toro après avoir reçu son prix, qu'il a tenu à partager avec le réalisateur Steven Soderbergh.

 


«Che» un bon film

Benicio del Toro dans  

Warner Bros. France ¦ Benicio del Toro dans "Che"

 Il est facile d’imaginer les jeux de mots qui se faisaient sur le titre «Che» avant la projection du film de Steven Soderbergh, ce mercredi soir. Et pourtant, non malgré ses quatre heures vingt-huit, cette fresque sur le révolutionnaire argentin n’a pas «Che» les spectateurs. Ils étaient bichonnés pour supporter le marathon. Les organisateurs, prudents, avaient préparé des sandwiches pour l’entracte, histoire de remonter le public entre les deux parties!

«Che» démontre par l’exemple que le temps est une notion subjective car le film a connu moins de grands départs et reçu moins de huées que La femme sans tête de Lucretia Martel qui ne dure que 90 minutes. La performance de Benicio Del Toro, méconnaissable en Che Guevara plus vrai que nature, le place au rang de favori pour le Prix d’interprétation masculine voire pour l’Oscar de l’année prochaine. Le réalisateur d’«Ocean’s 13» signe son meilleur film depuis longtemps en suivant l’évolution de ce personnage iconique dont il montre l’évolution de la victoire à Cuba aux côtés de Fidel Castro à son exécution en Bolivie le 9 octobre 1967.

Un « Che » qui met George W. Bush en fureur

 Benitio Del Toro est définitivement Ernesto Guevara de la Serna. Troublant mimétisme.  :    
Benitio Del Toro est définitivement Ernesto Guevara de la Serna. Troublant mimétisme. :

A ce rythme de provoc' là, George W. Bush fera un jour bombarder la Croisette. Rasée de la carte cette bande de terre où, mai après mai, on s'escrime à le titiller. Quand on n'y sacre pas le gros Michael Moore, on y fait campagne ouvertement pour les Démocrates. Un coup John Kerry y pistonne fifille dans une sélection parallèle, un coup c'est Al Gore, le Nicolas Hulot ricain, qui vient y sataniser la « plus grande démocratie pollueuse du monde ». Et là, cette année, cerise sur le gâteau empoisonné, le Che se multiplie sur la Croisette.

Un vrai festival de Barbudos. Armando Diego Maradona d'abord métamorphosé en mini-Che par Emir Kusturica. Et hier, Benicio Del Toro et Steven Soderbergh qui présentent en avant-première mondiale (et en compétition officielle) leur monumentale fresque technicolorisée sur le compagnon d'armes de Fidel Castro.

Iconisation toute ? Bush en mangerait volontiers son Stetson. Qu'on s'exhibe de par le monde avec des tee-shirts barrés du portrait du Che, ça l'a toujours fait ricaner. Fatal : qu'un tel business planétaire puisse être totalement libre de droit - la mythique photo du Commandante n'a jamais rapporté un peso à son socialiste d'auteur, Alberto Korda - ne lui inspire sans doute qu'un goguenard « ils sont fous ces cocos ? ». Après tout, 4/5 des détenteurs de ses tee-shirts ne savent pas trop bien si « le mec sur leur poitrail » est un joueur de foot, une rock-star d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un poète maudit ou le logo d'une marque de luxe... Mais là ce Che made in Hollywood - donc grand public -, c'est une autre affaire. Un scandale. Pire une provocation anti-américaine.

Le Commandante Benitio

Le trait est à peine grossi. Hier, le Che du réalisateur palmé de Sex, mensonges et vidéo a été enfin dévoilé. Événement. On s'est bousculé pour en être. On a pris des vitamines pour tenir le choc d'une fresque de plus de 4 heures et demie dont le premier volet couvre les années 1952 à 1959, soit la lutte des « barbudos » contre la dictature du général Fulgencio Batista. Le second volet étant consacré au cavalier seul d'un Che rêvant toujours, malgré ses échecs africains, d'une révolution permanente... jusqu'à sa mort, seul, trahi, lâché par les siens dans la jungle bolivienne. On s'est extasié quand Benicio Del Toro est apparu à l'écran : troublant mimétisme. Benicio est définitivement Ernesto Che Guevara de la Serna. Magistral. Colossal. On a admiré la maestria de maître Soderbergh et de sa RED, nouvelle caméra numérique qui mélange du grain d'un film 35 mm à la perfection de la haute définition. Fascinante dichotomie entre les travellings en scope de la guérilla dans la Sierra Maestra et le noir et blanc pixelisé qui transmute la fiction en images d'archives.

Mais derrière tout cela, ce qu'on n'a pas vu, c'est la somme de galères, d'intimidations dont le chemin de ce Che fut pavé... depuis 2001. Car le projet a sept ans. Sa génèse : le fameux tee-shirt frappé de la photo de Korda dont Benicio s'accoutra un jour sur le plateau de tournage de Traffic. « C'est là que tout a débuté. Benicio ne s'était pas habillé ainsi par hasard, raconte Laura Bickford, la productrice. Il rêvait d'un film sur le Che. »

Tir de barrage de l'administration Bush

La suite, c'est l'histoire d'une aventure cinématographique « infinançable ». Alors que Soderbergh tente de trouver l'argent, une agence de presse américaine comparera son scénario à « une histoire de la vie d'Adolph Hitler qui ferait l'impasse sur l'Holocauste, et ne se concentrerait que sur la reprise économique de l'Allemagne ».

Tout est entrepris pour que le Che ne voit pas le jour. Le Maccarthysme a de beau reste. Si on ne « blackliste » plus les fauteurs d'idées subversives à Bervely Hills, on sait encore couper le robinet à dollars. Tir de barrage sur le terrain financier comme sur celui des autorisations de tournage : la partie cubaine - la guérilla, la Sierra Madre, la prise de La Havane - a été filmée entre Porto Rico et le Mexique suite au veto de George W. à un tournage américain à Cuba.

Mais c'est sans compter sur l'entêtement Soderbergh. Les USA font la résistance, c'est en Europe qu'il ira chercher le nerf de sa guerre d'indépendance cinématographique. Résultat, le budget de 70 millions de dollars est totalement assumé par la vieille Europe, par les Français de Wild Bunch et les Espagnols de Telecinco (Maradona by Kusturica, c'est déjà eux).

Pourtant, alors qu'à Cannes, Benicio del Toro monte les marches, la bataille continue. Les droits du film ont été vendus dans le monde entier... sauf aux Etats-Unis. Officiellement, en hommes d'affaires avertis, les distributeurs américains ne chercheraient qu'à juger sur pied... avant de l'acheter ou de le bouder. Et sans sombrer dans la paranoïa, Soderbergh peut légitiment se demander si la cabale politico-obsessionnelle ne continue pas. Insidieusement.

Pour contourner l'obstacle, Soderbergh a donc tout fait pour être à Cannes tout en haut de l'affiche. Quitte à devoir monter ses 4 heures et demie de film en moins de quatre mois. Quitte à ce que, quelques heures avant l'annonce de la Sélection, Benitio Del Toro soit encore en train de boucler la post-production. Car, selon que son Che fasse ou pas l'événement sur la Croisette, les jeunes étudiants US pourraient continuer longtemps encore de porter leurs tee-shirts... sans trop savoir pourquoi !

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Commentaires (1)

tony
  • 1. tony | 07/06/2010
http://forget.e-monsite.com/rubrique,che-revolutionne-cannes,1111075.html#null
j'adore Ernesto Che Guevara de la Serna.

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