Charlie Chaplin était proche du parti communiste

 par Robert Paris

Charlie Chaplin, un rouge !

Les lumières de la ville, le kid, les temps modernes, l’immigrant et le dictateur, les films qui ont le plus fait connaitre Chaplin, sont tous marqués socialement politiquement... Tous attaquent directement le système social et pointent ouvertement la division de la société en classes. Tous prennent parti clairement et nettement. Mais il faut avoir vu Monsieur Verdoux pour savoir ce que Chaplin pensait de la société bourgeoise, de l’Etat, de la guerre, de la religion, des classes dirigeantes... Ces dernières sont présentées comme bien plus criminelles que l’assassin Landru !

"Quelles sont vos opinions politiques ? Pourquoi n’avez-vous pas adopté la nationalité américaine ? Tournerez-vous encore des films avec le Tramp ? Tournerez-vous d’autres films à message ?" Voilà quelques-unes des nombreuses questions posées à Charles Chaplin par des journalistes acerbes et hostiles, lors de la conférence de presse de Monsieur Verdoux. Chaplin s’y attendait, il avait d’ailleurs ouvert les hostilités en lançant un vibrant : "Que le massacre commence !"

Citons le dans le film : "Lorsqu’on tue à l’unité, on est un criminel ; quand on tue les gens par milliers, on est militaire et on reçoit des médailles..."

Mr Verdoux :

“Quant à l’assassinat collectif, le monde ne l’encourage-t-il pas ? Ne construit-il pas des armes de destruction dans le seul but d’assassiner en masse ?”

Et il dit à un journaliste venu l’interroger dans sa cellule : “Un meurtre fait un bandit, des millions, un héros. Le nombre sanctifie.”

Charles Chaplin :

« Je crois qu’une démocratie qui ne peut pas contenir tous ses ennemis, aussi virulents soient-ils, est finie en tant que démocratie. »

Visionner Monsieur Verdoux

Charlie Chaplin :

"Je suis un internationaliste, pas un nationaliste, et je ne changerai pas de nationalité."

"J’ai voyagé à travers le monde, et mon patriotisme n’est pas resté qu’à un seul endroit, il est resté avec le monde entier, la compassion pour le monde entier et les gens du peuple, et cela inclus ceux qui m’attribuent cette sorte de patriotisme."

"J’ai l’intention de me rendre en Russie, parce que ce grand pays et ses tentatives de reconstruction sociale pour sortir du chaos m’intéressent énormément." (1921)

Charlie Chaplin, de son vrai nom Charles Spencer, est né le 16 avril 1889, à East Lane, l’un des quartiers les plus pauvres de Londres. Ce dernier, est issu d’une famille appartenant au monde du spectacle.

Son père travaillait dans un music-hall, et était célèbre pour sa voix de baryton, alors que sa mère elle, était une danseuse d’opérette ainsi qu’une actrice passionnée par la scène se produisant sous le nom de Lily Harley. Charlie Chaplin n’a pas connu les joies d’une enfance facile, ses parents s’étant séparés avant ses trois ans. De plus, son père est décédé très jeune suite à l’alcool, laissant peu de souvenirs paternels à Chaplin. Quant à sa mère, celle-ci souffrait de graves troubles nerveux, qui la menèrent à l’hôpital psychiatrique en 1894. Charlie et son frère, Sydney, sont alors placés dans un orphelinat à Hanwell. Cette enfance critique, laisse de tristes souvenirs à Chaplin, comme la pauvreté, la famine ou bien l’absence d’un cadre familial, dont il s’inspirera pour la réalisation et le choix des sujets de ses films.

Charles Spencer Chaplin passe son enfance dans une troupe de théâtre. En 1912, il s’installe aux Etats-Unis et travaille pour la compagnie de film Keystone. En 1914, à partir de la création du personnage de Charlot, il a un succès considérable. En 1920, Chaplin est l’une des plus grandes fortunes du jeune Hollywood imposant ses sujets et ses productions qui devaient devenir des classiques. Le personnage de Charlot est certainement la réponse des misérables aux puissants du moment. Il défie l’ordre, combat les flics, crève "la dalle" et dort avec des chiens ou avec un ...gamin. The kid a un énorme succès et le film touche énormément le grand public. En fait, Chaplin était révolté par les injustices de son époque. Ainsi, il vit les ouvriers des usines de Détroit dans les années 30 devenus des loques au travail à la châine. Ce sera "Les temps modernes" l’un des plus grands films à message de cet éternel vagabond. Ses films prirent peu à peu une dimension politique ! Encore absente des Lumières de la ville, elle fut manifeste dans les Temps modernes où il fait une description virulente du travail à la chaîne. Dans ces deux premiers parlants, Charlot reste cependant silencieux. Abandonnant par la suite le personnage du vagabond, il endossa des rôles différents. Marquant cette transition, le Dictateur, véritable pamphlet anti-hitlérien, utilise toutes les ressources du parlant. Chaplin traita ses sujets en mélangeant satire et pathétique, et en révélant un amour de l’humanité et de liberté individuelle.

Il ne lui faudra pas plus de cinq années pour s’imposer. Il aura réalisé et joué dans plus de soixante-dix courts et moyens métrages, où il célèbre le personnage de Charlot, clochard frondeur et généreux. En 1921, il réalise son premier long métrage ’The Kid’, une oeuvre bouleversante. Ses films dénonceront les injustices de la société américaine, tout en refusant initialement le passage au cinéma parlant (’ L’ Opinion publique’ en 1923, ’Les Temps modernes’ en 1936). Les Temps modernes sont une satire sans concession du travail à l’usine, de ses nouveaux systèmes comme le taylorisme et la robotisation, mais surtout l’exploitation exacerbée.

Avec le parlant, Chaplin enterre Charlot et s’attaque aux plus sombres pulsions de l’époque : ’Le Dictateur’ (1940) reste la critique cinématographique la plus intelligente produite contre le fascisme. En 1952, il réalise son dernier chef-d’ oeuvre, le tragique ’Limelight’. Entre-temps, ses sympathies communistes inquiètent le CIA, qui le force à un exil européen. Il réalisera deux dernier films, dont un colorisé.

Dès qu’il ouvre ses propres studios, Chaplin ne cache pas ses amitiés pour certains sympathisants socialistes ou communistes. Son oeuvre cinématographique est dès lors, marquée par une critique de la société et une volonté tout au moins de défendre les plus pauvres : dans le Kid (1921) par exemple. Dans la Ruée vers l’Or (1925), il égratigne également le rêve américain en montrant que tous les chercheurs d’or ne font pas fortune, bien au contraire. Avec les Temps Modernes (1936), Chaplin bien sûr, nous offre une belle critique du taylorisme, de l’aliénation de l’homme par la machine....ah, cette prodigieuse machine à nourrir les ouvriers est diaboliquement drôle. Sa critique n’en demeure pas moins prudente quant aux mouvements de foule. Dans le film, Charlot ramasse un drapeau rouge tombé d’un camion, le brandit pour le rendre à son propriétaire. Une horde de manifestants en colère le suit. alors...Il devient bien malgré lui, le porte drapeau d’une manifestation.

En 1947, Chaplin fut accusé de sympathies communistes par la Commission des activités anti-américaines. L’hostilité à son égard ne désarma pas et, en 1952, il quitta les États-Unis pour l’Europe. En 1953, Chaplin, venu faire la promotion d’un de ses films à Londres, se voit interdire tout retour en Amérique, en proie à la fièvre anti-soviétique du MacCarthysme, malgré ses dénégations sur ses sympathies communistes. Un roi à New York, tourné en Grande-Bretagne en 1957, contient une violente condamnation de l’obscurantisme du maccarthysme. Installé en Suisse, il ne retournera qu’une seule fois aux États-Unis pour y recevoir un oscar récompensant sa contribution à l’industrie cinématographique.

Qu’en dit Chaplin ? Etait-il communiste ?

« Voyez-vous, ma pensée politique a été forgée par quatre de mes amis auxquels je vouais une admiration considérable. Que ce soit Frank Harris, Max Eastman, Rob Wagner ou Upton Sinclair, tous quatre avaient épousé les idées socialistes et pensaient que la Révolution russe de 1917 marquerait le début d’une ère nouvelle de liberté et de bonheur pour les masses. Mais bon, est-ce que le fait d’avoir côtoyé ces personnes fait de moi un communiste ? Est-ce que le fait, dans certains de mes films, de voir le Vagabond en butte au pouvoir politique et économique fait de moi un communiste ? Voyez-vous, la presse a ce pouvoir de magnifier le moindre de nos gestes en un événement sous lequel on est vite, trop vite, catalogué. Ma renommée était telle, que chacune de mes déclarations faisait les gros titres. Lorsque j’ai visité l’Union Soviétique en 1921, les médias ne se sont pas privés de relater l’événement. Les exemples de ma sympathie pour le communisme pourraient être nombreux. Oui, effectivement, je me suis intéressé à ce grand pays qu’est la Russie et ses efforts de reconstruction sociale après le chaos. Et alors ? Où est le problème ? Si je m’étais intéressé à la religion musulmane, m’aurait-on taxé de fervent pratiquant des croyances d’Allah ? Non, Monsieur, je n’ai jamais partagé les idées des Rouges. Mon enfance misérable m’a appris que les pauvres sont des êtres nobles, mais qu’il n’y a rien de noble à le rester. Pour aller plus loin, sachez que le capitalisme, basé sur une présomption d’inégalité financière, doit cependant s’écrouler un jour ou l’autre sous le poids de sa culpabilité auto destructrice. »

Historique et filmographie

Film le dictateur

Quatre courts métrages de Chaplin

Extraits

« Toute la poésie que j’ai acquise - et la souffrance m’a révélé la vanité des choses terrestres – je tente de la définir dans mes comédies. Je m’efforce de fixer sur la pellicule mon doute philosophique de la vie. »

Source : http://www.matierevolution.org/spip.php?article2193

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Commentaires (1)

Serge LEFORT
  • 1. Serge LEFORT (site web) | 02/10/2014
Il ne faudrait pas abuser le la tequila =-)
Chaplin fut un ardent propagandiste de la première guerre mondiale. Qu'on se le dise !

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Date de dernière mise à jour : 22/09/2014

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