Qui est Marc Fievet, le Marc Duval du film « Gibraltar »?

Marc François Xavier Jean Philippe Fievet (21 septembre 1944, Cambrai, France) a été un aviseur des douanes françaises, inscrit sous le matricule « NS 55 DNRED ». Il est surtout connu pour ses actions d'infiltration qui ont fait tomber d'importants narcotrafiquants de la mafia. Il a purgé plus de dix ans de prison (3888 jours) en Espagne, en Angleterre, au Canada et en France, trahi par les gens qui l'employaient.
À l’heure où certains protestent contre l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite à taux plein, lui n’a pas de question à se poser : à 69 ans, Marc Fiévet, l’ex-agent NS55, exerce toujours… mais comme chauffeur routier à Valenciennes. Ce n’est sans doute pas de gaîté de cœur qu’il se lève à 3h du matin tous les jours, mais il doit "travailler pour vivre et assurer ses responsabilités parentales", comme il le déclarait récemment dans La Voix du Nord.
Du transport de drogue, l’homme est revenu au transport de marchandises licites, après un passage par la case prison. À sa sortie de prison, l'aviseur avait échoué comme veilleur de nuit à Boulogne-sur-Mer avant de reprendre le volant d'un poids lourd.
Après cinq grèves de la faim et un tour de France au volant d'un camion, l'agent «NS 55» entend plus que jamais laver son honneur.

Nom de code: «agent NS 55». Mission (confidentielle): «aviseur» des Douanes ayant infiltré pendant six ans le marigot des «narcos» avant de purger onze années de prison pour trafic de drogue. Signe particulier : estime avoir été trahi par son administration et, au terme d'un imbroglio juridique, réclame 91 millions d'euros de dommages et intérêts. Une somme astronomique, presque extravagante. À l'évidence, l'une des plus importantes jamais exigée par un «collaborateur occasionnel» de l'État. Pourtant, «NS 55», de son vrai nom Marc Fiévet, est sûr de son bon droit. À 69 ans, l'ex-super «indic» - même s'il n'aime guère ce qualificatif - veut être réhabilité. Pugnace, il mène son ultime combat devant le tribunal administratif de Paris, qui a examiné le 27 mars dernier son ubuesque affaire remontant à 1988.
À l'époque, Marc Fiévet, aventurier polyglotte tour à tour routier international en Irak, pilote d'avion en Afrique et skipper basé à Gibraltar, est recruté par les Douanes. «NS 55» s'impose comme un informateur hors pair. Associé à de multiples opérations à travers le monde, il livre une avalanche de renseignements. Son tableau de chasse se solde par l'arrestation de 97 trafiquants et la capture de 21 bateaux. Il revendique la saisie d'une centaine de tonnes de produits, dont «150 kg de cocaïne et 18 tonnes de résine de cannabis» officiellement homologués. Michel Charasse, alors ministre du Budget, le reçoit à Bercy en lui servant du «cher ami».
Marc Fiévet se hisse jusqu'aux côtés d'un certain Locatelli, parrain présumé de Cosa Nostra distribuant les ballots de cocaïne comme d'autres des bonbons. «Au bout de trois mois, j'ai demandé à être exfiltré, car la partie devenait trop dangereuse, confie l'ex-aviseur. J'étais entouré de sbires armés comme des porte-avions, et je ne contrôlais plus rien. Mais on m'a demandé de tenir bon, jusqu'à une dernière livraison au large de la Corse…» Celle-ci n'aura jamais lieu: le 23 septembre 1994, l'agent «NS 55» est interpellé par Interpol à Fuengirola, au sud de l'Espagne, après l'interception de l'un de ses navires transportant 5,4 tonnes de poudre au large du Canada. Le naufrage de l'agent prend un tour kafkaïen. Des émissaires français dépêchés dans ses geôles en Espagne, puis en Angleterre et au Canada où il est extradé lui conseillent, selon ses avocats Mes Christophe Pech de Laclause et Jérôme Pentecoste, de «dissimuler aux juges sa qualité d'aviseur et d'agent infiltré et donc de plaider coupable (…), et ce en contrepartie de l'assurance de se voir condamner à une peine symbolique après son transfert en France». Dont acte, «NS 55», «bon soldat», comparaît sans avocat.

Marc Fievet a plaidé coupable des charges qui pesaient sur lui au Canada sur les « conseils » des autorités françaises lui garantissant en échange sa libération dès son retour sur le territoire français. Mais, lors de son retour en France en 1998, les promesses faites par Christian Gatard, directeur des douanes de Marseille, et Bernard Roux, attaché douanier à l'ambassade de Washington, D.C., émissaires de la Direction générale des douanes françaises lorsqu'ils ont rencontré Marc Fievet au pénitencier canadien de Renoux au Nouveau Brunswick n'ont jamais été tenues. Les directeurs généraux Pierre Mathieu Duhamel et François Auvigne refuseront d'assurer la continuité du service de l'État, laissant Marc Fievet en prison et trahiront ainsi la parole de l'État. François Auvigne signifiera à Jean Puons, directeur de la DNRED, qu'il ne voulait plus entendre parler de cette affaire. De plus, la justice française, en refusant sa libération, a prolongé son incarcération. En effet, s'il avait purgé sa peine au Canada, il aurait été libéré le 11 juin 2004 alors que sa libération effective en France ne le fut qu'onze mois plus tard. Sur ce sujet, le député français Arnaud Montebourg a déclaré, lors d'une émission de Tout le monde en parle : « La France doit des excuses à Marc Fievet et réparations… ».

La situation est ubuesque, condamné au Canada à la prison à perpétuité pour trafic de drogue avant d'être transféré en France, où sa peine a été « réduite » en 1999 à vingt ans de prison, Marc Fievet, aviseur des douanes — c'est-à-dire « indicateur » — a été « blanchi » par la justice française. L'agent NS55, soupçonné d'avoir importé plusieurs tonnes de cocaïne en Grande-Bretagne et au Canada, avait déposé plainte contre son administration pour « complicité de trafic de stupéfiants » et « subornation de témoin». Considéré comme l'un des meilleurs aviseurs de toute sa génération qui a permis l'arrestation de 97 trafiquants, adoubé par Michel Charasse, alors ministre du Budget, il assure avoir été « lâché » par l'État français. Michel Charasse qui avait porté plainte contre Marc Fievet pour diffamation, a perdu en première instance et en appel. Tout en reconnaissant que les propos à l'égard de Michel Charasse étaient bien diffamatoires, la 17e chambre a relaxé Marc Fievet en lui reconnaissant « le bénéfice de la bonne foi ». Le tribunal a notamment motivé son jugement en soulignant la « légitimité » des critiques que l'ancien aviseur avait pu tenir à l'encontre de l'administration des douanes, coupable d'un « traitement à tout le moins aventureux - de l'agent NS 55 - au regard des conséquences pénales qui ont suivi »
En 2013, il réclame à l'État 91 millions d'euros de préjudice correspondant à ses primes d'aviseur (rémunération jusqu'à un tiers de la valeur des biens saisis).

La juge d'instruction parisienne, Sophie Clément a rendu le 16 mai 2006 un non-lieu : elle assure qu'il n'y a pas lieu de poursuivre quiconque pour complicité de trafic de drogue car « les investigations entreprises, les auditions réalisées. l'étude des documents figurant en procédure, ne permettent pas de caractériser à l'encontre de Marc Fievet les faits de trafic de stupéfiants ». Elle estime, par ailleurs, qu'il n'y a pas lieu non plus de poursuivre pour « subornation de témoins » le personnel des douanes, qui avait convaincu l'agent de plaider coupable dans le but d'obtenir une libération rapide après son transfert en France, car il ne pouvait imaginer que cet engagement ne serait pas suivi d'effet après l'arrivée du nouveau directeur des douanes ». Marc Fievet qui a passé onze ans en prison, dont huit en France, estime que les douanes ne l'ont pas « couvert » lors de son arrestation. L'administration assure, elle, que l'agent NS55 aurait caché des opérations « intermédiaires ». Une version démentie par l'instruction. L'ancien directeur de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), Jean Henri Hoguet, a affirmé à la juge qu'il n'avait « jamais entendu la DNRED dire que ce dernier avait tenté de faire du trafic pour son propre compte ».
Il confirme que plusieurs responsables des douanes sont allés rendre visite à Marc Fievet en Espagne, puis en Angleterre et au Canada : « On lui a dit de plaider coupable et qu'ensuite on le ferait rapatrier en France pour arranger les affaires », assure le haut fonctionnaire.
Cependant, Jean-Henri Hoguet assure qu'il s'est passé ensuite « quelque chose de tout à fait inhabituel » : le nouveau directeur général des douanes, qui ne connaissait pas l'affaire, devait intervenir auprès du ministre des Finances, qui devait lui-même avertir le ministère de la Justice pour tenter d'obtenir — via le parquet — sa remise en liberté. « Une peine symbolique, comme cinq ans avec sursis », précise l'ex patron de la DNRED. Une promesse faite à l'agent infiltré qui n'a jamais été tenue.
La situation a scandalisé M. Hoguet : « Si je suis sorti de ma réserve, c'est que je trouve inadmissible ce qui s'est passé (…). C'est la première fois que je rencontre un tel comportement qui fait que la continuité de l'État n'est pas assurée ou assumée ». L'avocat de l'aviseur, Christophe Pech de Laclause, entend bien s'appuyer sur cette ordonnance pour relancer la procédure de révision du procès au Canada et engager la responsabilité de l'État français. Pendant ce temps, les tracas se sont poursuivis pour Fievet, puisque libéré en conditionnelle le 26 mai 2005, il ne sera libre qu'en mai 2013.

L'« affaire Fievet » a été évoquée par un grand nombre de médias télévisés et de presse écrite français, et plus particulièrement dans les émissions d'investigation telles que Pièces à conviction (quatre reportages diffusés en 2003, 2004, 2005 et 2006), Dossier Scheffer, Zone interdite. En 2005, les droits du livre L'Aviseur ont été acheté par le producteur Dimitri Rassam. Le film a été réalisé par Julien Leclercq en 2012 en Espagne et au Canada avec Abdel Raouf Dafri au scénario. L'avant-première s'est faite au festival du film d'Angoulême 2013 et la sortie en salle a eu lieu le 11 septembre 2013 avec pour titre : Gibraltar.
De mai 2007 jusqu'en avril 2008, Marc Fievet a effectué un tour de France pour informer de la problématique « drogue » et sensibiliser les douaniers sur sa situation. Ce « tour de France » a été suivi par une équipe de journalistes qui ont mis en ligne des infos et des images de ce « narcotour de France ».

N.B (définition du mot « aviseur ») : Avant de faire solde de tout compte avec ce qu'il appelle un «monde de tordus», Marc Fiévet, alias «NS 55», a été l'un des quelques 2000 «aviseurs» employés par les douanes en France mais aussi à l'étranger. Aussi appelées officiellement «rapporteurs d'avis», ces précieuses sources sont gérées par un très discret «service central des sources» situé au sein de la Direction nationale des recherches et enquêtes douanières (DNRED). Plus de la moitié de ces «indics» sont traités en direct par les agents depuis le siège parisien, les autres étant pris en main par les «échelons» régionaux basés à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Nantes, Rouen et Toulouse mais aussi dans les zones Antilles-Guyane. Pendant longtemps, leurs statuts ont été encadrés par un décret d'avril 1957 signé par Guy Mollet, alors président du Conseil de la IVe République. Dans la foulée, Jean Filippi, alors secrétaire d'État au Budget, pond un arrêté qui fixe une grille pour rétribuer les aviseurs. L'article 2 prévoit en effet que «toute personne étrangère aux administrations publiques, qui a fourni au service des douanes des renseignements ou des avis sur la fraude, reçoit une part, susceptible d'atteindre le tiers du produit disponible de l'affaire considérée.» Cette prime ne pouvait excéder 300.000 francs, sauf décision contraire du directeur général des douanes.
Les règles du jeu ont changé depuis un arrêté d'avril 2007. Depuis lors, la rémunération d'un informateur ne peut dorénavant plus «excéder la somme de 3100 euros». Mais, là encore, sauf décision contraire du directeur général des douanes...

Sources :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/04/05/01016-20130405ARTFIG00484-l-aviseur-ns-55-estime-sa-rehabilitationa-91-millions-d-euros.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Fievet

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Date de dernière mise à jour : 24/10/2013