Que font les entreprises françaises en Iran?

PSA s'est retiré du marché iranien fin février, officiellement en raison du renforcement des sanctions. Mais qu'en est-il des autres groupes installés dans le pays? Enquête...

L’Iran a-t-il fait chuter PSA? C’est ce que pensent certains syndicalistes. Il faut dire que ce marché était le deuxième plus important pour le constructeur, juste après la France. Il y écoulait 13% de sa production. Avant de s’en retirer subitement, fin février. «Le renforcement des sanctions contre l'Iran, notamment la collaboration entre les banques iraniennes et occidentales, rendait impossible le financement de ces exportations», explique au Point.fr un porte-parole de PSA. Selon le site de l’hebdo, la fusion avec la firme américaine General Motors aurait précipité la décision du constructeur français de rompre avec l'Iran, une des conditions de l'accord étant la rupture des activités avec cette République islamique.

Mais qu’en est-il des autres entreprises françaises installées en Iran? Se détournent-elles également de ce marché? Pour Total, la réponse est oui. Dès le mois de janvier, le groupe a cessé d'acheter du pétrole iranien pour se mettre en conformité avec les sanctions européennes contre Téhéran. Il achetait auparavant chaque jour environ 80.000 barils de brut. 

Les investissements directs en chute libre

Reste que ce retrait n’est pas soudain. «Il s’est fait très progressivement, au cours des années 1990», avance l’économiste Fereydoun Khavand, maître de conférences à l'université Paris-V René-Descartes et spécialiste des questions économiques de l'Iran. «Total reste toutefois présent de manière très marginale, au cas où les affaires reprendraient.»

Il faut dire que l’Iran est un marché relativement conséquent pour la France: l’Hexagone s’imposait en 2007 comme le septième fournisseur de ce pays. Mais depuis, les relations se distendent. Les entreprises françaises ralentissent même leurs investissements directs: leur stock a fortement chuté, passant de 388 millions d’euros en 2005 à 149 millions en 2011, selon les données de la Banque de France.

Le renforcement des sanctions devrait accélérer cette tendance: depuis le mois de mars, les banques iraniennes n’ont plus accès au système Swift, qui permet les transactions internationales. «Les transferts d’argent deviennent extrêmement difficiles. Lorsqu’une société iranienne se fournit en Europe, il n’est pas rare qu’elle envoie un émissaire avec une valise de billets pour régler ses achats», affirme Fereydoun Khavand. 

«On peut trouver tout ce qu’on veut sur le marché iranien»

«Evidemment, les sanctions grèvent lourdement les affaires entre la France et l’Iran, avance Roger Bacri, responsable Afrique du Nord et Moyen-Orient à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Paris. Les PME françaises ne se sont jamais massivement tournées vers le marché iranien, mais leurs demandes sont encore plus faibles aujourd’hui.» La CCI de Paris n’organise en outre aucun événement autour de ce pays. «Mais si nous sommes sollicités, nous répondons. Nous ne donnons aucune recommandation officielle, nous expliquons simplement les sanctions et le contexte. Les dirigeants font bien sûr ce qu’ils veulent. Et s’ils ont une opportunité, ils vont essayer de la saisir, malgré les difficultés. Ça, c’est certain.»

Et pour cause: avec plus de 77 millions d’habitants, l’Iran n’est pas un marché négligeable, notamment dans les domaines de la distribution, de l’agroalimentaire, des cosmétiques ou encore de l’automobile. Pour contourner les difficultés et les sanctions, certains entrepreneurs font passer leurs exportations via des pays tiers, notamment la ville de Dubaï. Une solution qui fonctionne: «Même si c’est de plus en plus compliqué, on peut trouver tout ce qu’on veut sur le marché iranien», assure Fereydoun Khavand.

Un marché de plus en plus juteux pour Renault

Par exemple des véhicules Renault. Car si PSA s’est retiré, la marque au losange –dont l’Etat est actionnaire– accroît très clairement sa présence dans le pays. En 2011, Renault y a écoulé 93.600 véhicules, contre 46.600 en 2010. Et le constructeur monte encore en puissance: sur le deuxième semestre 2012, il a déjà vendu 53.000 voitures, soit une hausse de 51.5% par rapport à la même période 2011…

«A la fin juin, l’Iran était le sixième marché de notre groupe en termes de ventes», explique à 20 Minutes une porte-parole de Renault, qui insiste: «Mais nous travaillons dans le respect des réglementations: le business de l’automobile n’est pas concerné par les sanctions.»

Mais pourquoi Renault n’est-il pas confronté aux mêmes difficultés que Peugeot en matière de financement? «Le PDG de Renault Pars [la filiale iranienne de Renault] a été interrogé le 30 juin sur cette question par le plus grand quotidien économique du pays. Si l’on en croit l’article, il aurait répondu: «Nous ne sommes pas obligés de faire un transfert direct de l’Iran vers la France, l’argent peut transiter par l’Inde ou le Maroc», avance Fereydoun Khavand. Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que le pays deviendra un marché de plus en plus capital pour Renault. 

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Date de dernière mise à jour : 07/08/2012

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