Niger, mort d'otages, la faute à qui ?

Intervention militaire au Niger : Juppé «assume»

Les deux Français enlevés ont été tués par leurs ravisseurs lors de l'intervention des forces franco-nigériennes.

Le restaurant du centre de Niamey où ont été enlevés les deux Français.

Le restaurant du centre de Niamey où ont été enlevés les deux Français. (AFP)

Le ministre de la Défense Alain Juppé a affirmé dimanche soir sur TF1 que le gouvernement «assumait pleinement» la décision prise d’intervenir militairement avec les Nigériens pour tenter de libérer les deux otages français enlevés vendredi et tués dans cette opération.

«La décision, grave, a été prise par le chef de l’Etat, chef des armées, en étroite coordination avec le Premier ministre et moi-même», a déclaré Juppé. «Ne rien faire, c’était prendre un double risque. D’abord le risque de voir nos otages emmenés par les ravisseurs dans l’une de leurs bases refuge au Sahel, et l’on sait ensuite comment ils sont traités», a-t-il dit. «Ensuite un deuxième risque, plus global: ne rien faire c’est donner un signal que la France ne se bat plus contre le terrorisme», a poursuivi le ministre de la Défense. «Voilà la décision qu’il fallait prendre, elle était grave, elle était lourde, nous l’avons prise et nous l’assumons pleinement», a-t-il déclaré.

Les deux Français de 25 ans, Antoine De Léocour et Vincent Delory, ont été enlevés vendredi soir par «quatre hommes armés», selon la Défense, alors qu'ils dînaient au restaurant dans un quartier en principe sécurisé du centre-ville de Niamey. Antoine De Léocour résidait au Niger, où il a notamment travaillé pour une ONG allemande entre 2008 et 2009 et où il comptait se marier prochainement. Son ami l'y avait rejoint pour assister au mariage. Ils ont trouvé la mort au cours d’une opération menée samedi par la garde nationale nigérienne et coordonnée par des militaires français à la frontière du Mali, au nord.

Les deux otages français auraient été tués dans l'opération militaire franco-nigérienne destinée à les libérer, a affirmé dimanche le porte-parole de la Défense, Thierry Burckhard. «A ce stade et sous réserve des conclusions d’une enquête, tout semble indiquer que les deux otages français ont été exécutés», a déclaré le porte-parole de la Défense, Thierry Burckhard.

C'est la première fois qu'un enlèvement de ce genre survient à Niamey, capitale considérée jusque-là comme sûre. Leurs ravisseurs étaients des inconnus «enturbannés et armés» et qui «parlaient l'arabe», ont précisé des témoins.

Appel à la prudence

La France a appelle ses ressortissants à «la plus grande vigilance» dans les pays du Sahel, indique dimanche le ministère des Affaires étrangères sur son site.

Dans sa rubrique «conseils aux voyageurs», réactualisé dans la nuit de samedi, le Quai d’Orsay recommande aux «ressortissants français de faire preuve plus que jamais, en tout temps et en tout lieu, de la plus grande vigilance et de la plus extrême prudence» dans trois pays du Sahel: la Mauritanie, le Mali et le Niger. «Au regard de la menace terroriste qui pèse sur la région, aucun endroit ne peut désormais plus être considéré comme sûr», a-t-il ajouté.

«Il est tout particulièrement demandé aux Français de restreindre leurs déplacements en se référant aux indications figurant dans les Conseils aux voyageurs propres à chacun des pays du Sahel (Mauritanie, Mali et Niger), ainsi que sur les sites internet de nos ambassades sur place», a-t-il ajouté.

Sarkozy : «Un acte lâche et barbare»

Samedi soir, le président Nicolas Sarkozy avait évoqué cette exécution des otages par leurs ravisseurs en condamnant «l’assassinat» des deux jeunes français, «un acte barbare et lâche», et a assuré de la «détermination» de la France à «combattre sans relâche la barbarie terroriste».

Le colonel Burckkard a confirmé que dès l’annonce de l’enlèvement, les forces nigériennes s’étaient lancées à la poursuite des ravisseurs et de leurs otages avec l’appui d’un Atlantique-2 (ATL-2), un avion de surveillance français à large rayon d’action, doté de moyens lui permettant des écoutes et une vision de jour comme de nuit. L’ATL-2 a localisé une première fois le groupe permettant une action des forces militaires, au cours de laquelle le chef de détachement de la garde nationale nigérienne a été blessé.

Ensuite, l’avion a pu à nouveau localiser les ravisseurs. S’en est suivi un nouvel accrochage. Des forces françaises étaient engagées sur le terrain. Deux militaires français ont été légèrement blessés et «plusieurs» ravisseurs tués, a ajouté le colonel Burckhard.

 Plus tôt dans la journée, le porte-parole du gouvernement nigérien Laouali Dan Dah avait fait état des échanges de tirs mais "les ravisseurs ont pu passer à travers les mailles du filet". Laouali Dan Dah ne s'est pas engagé sur l'identité des assaillants mais les soupçons se portent sur Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), mouvance qui opère dans la bande sahélo-saharienne aux confins du Niger, du Mali, de l'Algérie et de la Mauritanie. Aqmi retient déjà depuis septembre cinq otages français, salariés du géant du nucléaire Areva ou d'une filiale du groupe de construction Vinci.

Le soutien de Paris aux pays de la région dans la lutte contre Aqmi a contribué à faire des intérêts français une de ses cibles. Après la participation en juillet de militaires français à une opération de l'armée mauritanienne contre Aqmi, l'organisation avait annoncé l'exécution d'un otage français, l'humanitaire Michel Germaneau.

 Source : 


OTAGES TUÉS AU NIGER - Les dessous de l'opération meurtrière

Ce serait à l'issue d'un accrochage au Mali entre forces spéciales françaises et ravisseurs que les corps ont été retrouvés.

OTAGES TUÉS AU NIGER - Les dessous de l'opération meurtrière

C'est Nicolas Sarkozy en personne qui a donné, samedi, l'ordre d'intervenir pour intercepter les ravisseurs de deux otages français, tués dans la soirée.

C'est Nicolas Sarkozy en personne qui a donné, samedi, l'ordre d'intervenir aux unités des forces spéciales françaises pour intercepter les ravisseurs de deux otages français, Antoine de Léocour et Vincent Delory, enlevés vendredi vers 23 h 15 au restaurant Le Toulousain de Niamey, au Niger.

Samedi, vers 16 h 30, le président de la République est en Martinique. Il ouvre une table ronde à Schoelcher et déclare en préambule : "À la minute où je vous parle, il semble, je suis prudent, que la garde nationale nigérienne poursuive les terroristes dans leur progression vers le Mali. Cette opération est en cours." En réalité, Nicolas Sarkozy sait exactement ce qui se déroule de l'autre côté de l'Atlantique, dans le désert du Sahel. Il est d'ailleurs très possible qu'il sache déjà les tragiques conclusions de cette opération, dont nous avons pu reconstituer, au moins partiellement, le fil. Les militaires n'aiment jamais parler à chaud de leurs opérations, préférant attendre pour les évoquer que tous les rapports de mission soient remontés vers l'état-major des armées. Circonstances "aggravantes" dans ce cas précis : les forces spéciales françaises sont intervenues, et leurs opérations ne sont jamais détaillées ni commentées à chaud.

Échanges de coups de feu

Lorsque les deux Français sont enlevés à Niamey, l'armée nigérienne réagit rapidement, selon des sources militaires à Paris. Les Forces nationales d'intervention et de sécurité (FNIS, ex-garde républicaine) se lancent à la poursuite du véhicule des ravisseurs et les autorités nigériennes activent des postes de contrôle sur les routes allant de Niamey à la frontière avec le Mali, au nord.

Dans la nuit, vers trois heures du matin, c'est l'un de ces postes qui intercepte le véhicule en fuite. Selon nos sources, cette interception se produit vers Tillabéri, à la limite de la route goudronnée se dirigeant vers le nord. Des échanges de coups de feu éclatent, un officier nigérien est tué et les ravisseurs passent en force. Mais cette fois, le véhicule est "accroché" par un avion Bréguet Atlantique de la marine française qui, en alerte permanente, avait décollé au milieu de la nuit d'un aéroport de la région. Dès lors, les observateurs à bord de l'appareil ne lâcheront plus les ravisseurs qui poursuivent leur route vers le Mali, toujours traqués au sol par les forces nigériennes.

Deux soldats français blessés

En fin d'après-midi, les ravisseurs, qui ont fait une pause de plusieurs heures sur leur itinéraire, ont été rejoints par d'autres véhicules. Lorsqu'ils arrivent à la frontière malienne, aux abords de leur "zone refuge", ils sont nettement plus nombreux. Combien, précisément ? Impossible de le savoir à ce stade. Où se trouvent-ils vers 16 heures ? À Paris, on regarde ailleurs en affirmant : "Dans la zone frontalière entre le Mali et le Niger." En réalité, il semble bien qu'ils avaient déjà franchi la frontière et ils pouvaient donc se trouver au Mali. Ils vont avoir affaire à forte partie, car c'est alors - selon nos informations - qu'ils ont affronté les forces spéciales françaises. Des commandos du Commandement des opérations spéciales (COS) avaient, en effet, décollé de leur base non officielle de Ouagadougou (Burkina Faso) à bord de plusieurs hélicoptères. Les échanges de coups de feu ont été violents, et c'est à l'issue de cet accrochage, indique une source militaire française, que les corps des deux Français assassinés ont été retrouvés.

Du côté des ravisseurs, affirme cette même source, "plusieurs ont été neutralisés définitivement, d'autres moins définitivement et d'autres encore se sont carapatés". Du côté français, deux militaires ont été "légèrement" blessés. Terme qui, précisons-le, n'est pas ici synonyme de "superficiellement". Il signifie qu'après leur convalescence, ces blessés ne connaîtront pas de séquelles physiques.

Message aux ravisseurs

L'identité des ravisseurs n'est pas formellement établie d'après le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées à Paris. Mais d'autres sources militaires affirment qu'il s'agit de l'une des deux katiba concurrentes dans l'Aqmi, celle de Mokhtar Belmokhtar. Pour des sources proches du renseignement français, Abdelhamid Abou Zeïd (assassin de l'otage britannique Edwin Dyer en 2009, ravisseur du Français Michel Germaneau mort en juillet 2010 et geôlier des otages d'Arlit) n'est pas concerné par l'enlèvement.

Quant à qualifier l'opération, l'état-major des armées explique qu'il ne s'agit "pas d'un succès". "Notre but était de libérer les otages, pas de faire du bilan sur l'Aqmi." Une autre source militaire est plus radicale : "L'opération d'enlèvement des otages a échoué, et il faut le dire. Le risque de mort des otages a toujours été pris en compte. Mais le message qui a été envoyé aux ravisseurs était clair, fort, délibéré et voulu comme tel. Ça suffit ! Nous disons aux ravisseurs : nous vous pourchasserons et nous vous détruirons, y compris si nos otages y perdent la vie. Je suis bien sûr navré pour ces morts de deux compatriotes. Mais je le dis : c'est une opération réussie."

Selon nos informations, le général Frédéric Beth, chef du Commandement des opérations spéciales, se trouve actuellement dans l'avion qui le conduit à Niamey. Il sera rejoint lundi dans la journée par le ministre de la Défense Alain Juppé, qui a modifié l'organisation de la brève tournée dans l'Ouest africain qu'il devait démarrer dimanche.

Source :


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