La Compagnie Jolie Môme improvise une manif face à Valls

Dans le cadre de sa tournée estivale, le ministre de l’Intérieur, flanqué de son orchestre (conseillers, gardes du corps), avait mis le Festival d’Aurillac à son agenda de sorties médiatiques. Un des plus courts et des plus intenses festivals de l’été, ramassé sur quatre jours, du 21 au 24 août, et consacré au théâtre de rue.

La ministre de la Culture, qui était venue l’an dernier, à peine nommée, ne s’est pas annoncée cette année. Manuel Valls, futé toujours à l’affût, en a profité. Cravaté et en costume sombre, comme le sont les officiels et les bourgeois dans les spectacles de théâtre de rue. Et les ministres dans leur vraie vie, laquelle ne va pas sans théâtre. Valls voulait être vu dans les rues du Festival de rue. On l’a vu, et il a eu ce qu’il voulait : une petite manifestation.

La Jolie Môme sonne la charge

La compagnie Jolie Môme est une habituée du festival. Chaque année, on la retrouve au même carrefour de la vieille ville avec son drapeau rouge, ses chansons, ses hits comme « Charonne », ses nouvelles recrues et ses piliers. Le public reprend en chœur, achète les CDs, le cœur bat au fond à gauche. Et voici que le ministre croise le chemin de Jolie môme. C’est pas joli tout ça ?

Les compagnons de la chanson révolutionnaire prennent la tête de la mini manif aussitôt improvisée, haranguent le ministre (y compris en chantant en espagnol, langue des ancêtres du ministre, « El pueblo unido jamas sera vencido »), dénoncent sa politique vis-à-vis des Roms et des émigrés.

 Le ministre et sa cohorte prennent la tangente. Ni morts, ni blessés, ni prisonniers (la police avait l’ordre de ne pas bouger). Plus tard, assistant tranquillement à deux spectacles, non sans cynisme, le ministre dira être ravi de cette rencontre inopinée avec des « anarchistes » (terme équivalent à du mépris, cher aux locataires de la place Beauvau, à droite comme à gauche). Comprenez : on allait encore parler de lui dans les médias. Comme tous les jours de l’été. Une page dans La Montagne, reportage de France 3, etc.
 
 

Un dangereux directeur de festival

Le ministre n’est toutefois pas allé jusqu’à apparaître à l’une des fenêtres de la mairie lorsque le Festival a été inauguré dimanche, place de l’hôtel de ville, comme chaque année sur le coup de 12h30.

Une inauguration devenue rituelle, confiée cette année à la compagnie de théâtre Chiens de Navarre, peu habituée à ce genre de manifestation. Pari risqué, pari raté. Cela arrive. C’est même pour cela qu’on aime Aurillac. Sa façon de maintenir un seuil d’imprévisibilité. De ne pas s’installer dans le confort, le succès assuré, le pré carré.

Je ne sais pas si le ministre de l’Intérieur le savait mais quand il a serré la main de Jean-Marie Songy, le directeur du festival, il a serré la main d’un autre dangereux anarchiste. Un type qui, dans son édito [PDF], dit qu’il faut « rester aux aguets, ruser », « s’infiltrer là où on ne nous attend pas », « bousculer ». Bref un individu à surveiller. De près.

Le théâtre de rue, le festival d’Aurillac et les autres comme tout ce qui dure, sont sujets à une « lente et indicible institutionnalisation », constate l’incontrôlable directeur dans son édito. Et il ajoute, non sans clairvoyance : « Même dehors, l’enfermement guette. »

Source : http://blogs.rue89.com/balagan/2013/08/22/manuel-valls-et-les-anarchistes-du-festival-daurillac-230958

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Date de dernière mise à jour : 24/08/2013

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