Les Shadoks appliqués à l'affaire Woerth

«Il vaut mieux communiquer même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose en ne communiquant pas», «En essayant continuellement on finit toujours par réussir, donc plus ça rate, plus on a de chances que ça marche». Du Raffarin? Du Frédécric Lefebvre? Non, du Shadok. Comme quoi les sarkozystes n'ont rien inventé, nous rappelle la blogueuse Aliocha.

(couverture des Shadoks en grande pompe)

Figurez-vous que j’ai pensé à vous, Chers lecteurs de ce blog, ce matin en m’éveillant.

Et je me suis dit, ils peinent à comprendre l’affaire Bettencourt-Woerth & Co, donc, en tant que journaliste, je me dois de les aider. Car le problème voyez-vous, c’est que l’actualité n’existe plus, elle a été remplacée par la communication sur l’actualité. Or, la communication a ceci de délicieux, c’est qu’elle s’émancipe sans remords de la tyrannie des faits en tordant  la logique, non sans avoir piétiné au passage le plus élémentaire bon sens. De fait, on découvre qu’un ministre pas tout à fait indépendant, dans les apparences tout du moins, a été blanchi par un rapport lui-même pas tout à fait indépendant. De même, une vieille dame fort riche qu’on nous dit un peu diminuée intellectuellement n’en est pas moins accusée de frauder le fisc, ce qui, comme le soulignait hier un avocat fiscaliste à la télévision, serait plutôt une preuve de santé mentale, à défaut d’honnêté. On nous explique encore que cette dame soupçonnée de fraude aurait bénéficié d’un cadeau de ce fisc dont elle se serait par ailleurs moquée, ce qui est pour le moins déstabilisant. Et puis on nous dit que le Monsieur à qui elle a donné une île ne peut pas l’avoir reçue car l’île n’appartenait peut-être pas à la dame. Et je vous passe les à côtés tout aussi étranges, par exemple le fait que des politiques soient venus dîner chez la dame mais sans la connaître, ni au début du repas, ce qui est possible, ni après le repas, ce qui est tout de même plus compliqué à croire, sauf à ce qu’ils entendent « connaître » au sens biblique du terme.
Votre immense désarroi m’a profondément culpabilisée. Seulement j’étais bien en peine de vous aider, étant moi-même un peu perdue, je vous l’avoue.

Une simple histoire de passoire sans trous

C’est alors que je suis allée fouiller dans ma bibliothèque qui est toujours mon ultime recours dans les cas difficiles. Et j’ai trouvé, coincé entre Les Fondements de la métaphysique des moeurs, à l’évidence inapplicable au cas d’espèce, et La Conjuration des imbéciles (tiens, on s’approche), le livre qui allait enfin m’éclairer : Les Shadoks en Grande Pompe, de Jacques Rouxel. Eh oui, au stade où nous en sommes d’enfumage il faut, mais il suffit, de changer de paramétrage intellectuel pour que tout se mette en place miraculeusement. 

 Je vous livre l’extrait le plus adapté au cas qui nous occupe. Le problème de la communication politique contemporaine n’est plus en effet de nous faire passer des vessies pour des lanternes, mais, comme l’avait magistralement anticipé le créateur des Shadoks, de nous faire prendre les passoires pour des autobus : 
« Pour qu’une passoire complexe laisse passer l’eau et pas les nouilles, il faut et il suffit que le diamètre des trous soit notabement inférieur au diamètre des nouilles. Pour qu’une passoire complexe laisse passer les nouilles et pas l’eau, il faut et il suffit que le diamètre des trous soit inférieur au diamètre de l’eau. Quant aux passoires du premier ordre qui ne laissent passer ni les nouilles, ni l’eau, il y en a de deux sortes : les passoires qui ne laissent passer ni les nouilles, ni l’eau ni dans un sens ni dans l’autre, et celles qui ne laissent passer ni les nouilles ni l’eau que dans un sens seulement. Ces passoires-là, on les appelle casserolles. 
Il y a trois sortes de casserole. Les casserolles avec la queue à droite, les casserolles avec la queue à gauche, et les casseroles avec pas de queue du tout. Mais celles-là on les appelle des autobus ».
 
N’est-ce pas que ça va mieux ? Je vous l’avais dit. 
D’ailleurs, c’est incroyable la puissance de décryptage de l’actualité contenue dans la logique Shadok.

Précieuses maximes

 Tenez par exemple, si notre gouvernement communique trop, c’est encore par application d’un dérivé d’un principe Shadok : « Il vaut mieux communiquer même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose en ne communiquant pas ». 

 Sa politique ne vous semble pas toujours efficace, ne vous inquiétez pas, les Shadoks vous expliquent : « En essayant continuellement on finit toujours par réussir, donc plus ça rate, plus on a de chances que ça marche ». 
Vous êtes un peu surpris que Nicolas Sarkozy ne tire pas les conséquences de l’affaire Woerth ? Très simple, il faut mais il suffit d’adapter la maxime Shadok « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème », laquelle devient au cas d’espèce : « S’il n’y a pas de sanction, c’est qu’il n’y a pas de faute ». 
Le bouclier fiscal vous révolte ? C’est que vous avez oublié que les Shadoks ont inventé il y a longtemps déjà le parapluie pour temps sec. 
Et pour finir, je vous laisse méditer sur la formule la plus énigmatique et sans doute la plus profonde des Shadoks : « Avec un escalier prévu pour la montée on réussit souvent à monter plus bas qu’on ne serait descendu avec un escalier prévu pour la descente ». 
Voilà, vous êtes désormais équipés intellectuellement pour décrypter l’actualité. Ne me remerciez pas, je n’ai fait que mon métier. 
Note : ces passages sont extraits de Les Shadoks En Grande Pompe, Textes choisis et dessins de Jacques Rouxel – Circonflexe Garnier 2008, 16 euros. Un bijou !

Retrouvez les articles d'Aliocha sur son blog

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Commentaires (1)

CLODE
  • 1. CLODE | 24/07/2010

C'EST CLAIR COMME DE L'EAU....DE NOUILLES

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